L’humanité

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L’humanité est dans une mauvaise passe, pourrait-on penser, à la lecture de la presse internationale. 

Kim Jong-un a repris ses tirs de missile pour se rappeler au bon souvenir de Donald Trump et de ses alliés. Boris Johnson, élu comme Premier ministre par environ 100 000 des membres payants les plus radicaux du parti conservateur, semble de plus en plus s’acheminer vers un Brexit sans accord, même s’il faut pour cela défier le pouvoir des parlementaires «au nom de la démocratie» , disent ses conseillers les plus féroces. L’Iran a déjà arraisonné trois navires dans le golfe d’Ormuz, profitant que les Anglais aient fait de même avec un cargo iranien à Gibraltar. Pour faire sérieux, il a affiché les trois nouveaux types de missiles de son arsenal guerrier. L’accord nucléaire (INF) entre les États-Unis et la Russie sur les armements à portée intermédiaire ne s’est pas renouvelé. Il ne reste donc que l’accord START contre une nouvelle course à l’armement nucléaire. Les États-Unis plaident officiellement qu’ils se retirent parce que la Russie a triché, mais en vérité ils veulent aussi avoir les mains libres pour contrer la Chine, qui monte en puissance. Comme on le voit, il n’y a pas que la guerre commerciale ou ces deux pays promettent de se crêper mutuellement le chignon et dans les deux cas, il y aura sûrement des dégâts à prévoir ! Le Venezuela, avec les plus grandes réserves d’hydrocarbure au monde, est à genoux et son avenir va se décider… ailleurs ! On a peut-être allumé la poudrière au Cachemire. On tue par balle à El Paso et à Christchurch. Au Burundi, ce sont les moustiques qui tuent (1 800 morts depuis janvier). Au Congo, c’est l’Ébola. Sur cette planète où déambulent 840 millions d’obèses et où, pour l’année en cours, on a déjà gaspillé plus de 450 millions de tonnes de nourriture, on alignera en fin d’année, 36 millions de morts… de faim ! On nous annonce des problèmes de stress hydrique de plus en plus violents dans le sillage de l’Amazone qui s’effiloche et que Bolsonaro ne veut plus protéger. Un rapport du gouvernement indien annonce que 21 villes indiennes, dont Chennai, Dehli et Bangalore n’auront plus de réserves d’eau souterraine dès l’année prochaine ! Chennai a perdu six régions forestières dont les arbres sont morts de soif. Ajoutez-y cinq wetlands, quatre réservoirs asséchés, ainsi que trois rivières qui ne coulent plus pour agrémenter la réalité. La pollution de l’air chinois fait réagir la population et le gouvernement plus que celle de l’eau, problème moins visible et pourtant plus grave : la Banque mondiale indique que 50 % des Chinois n’ont pas accès à l’eau potable et que 2/3 du rural (500 millions de citoyens) consomment de l’eau polluée par des déchets industriels ou des eaux usées. 

Mais si quelqu’un me parle d’un retour en arrière vers un temps meilleur, alimenté en cela par le romantisme qui est généré par la distanciation des temps «bénis», alors je lui rappellerai que nos ancêtres pêchaient peut-être des babonnes de 30 livres dans le lagon, mais qu’ils étaient souvent infestés de poux et de parasites divers. La nourriture était monotone, sans le relief actuel et épisodique pour beaucoup. Au niveau de la santé, pensez à la scie du médecin, au whisky comme anesthésie et aux pinces à molaire du dentiste ! À défaut d’être «très bourgeois », les deux sexes travaillaient du matin au soir, auquel moment on se retrouvait plongé dans le noir… sans électricité, sans écran, sans portable. La mortalité infantile des moins de cinq ans était de 36 % en Suède au 18e siècle et de 50 % en Allemagne au 19e. Pour les mères qui enfantaient, c’était littéralement la roulette russe : en donnant la vie, on donnait aussi parfois la sienne ! Jusqu’à tout récemment, qui pouvait connaître et apprécier l’existence du cosmos infini, du code génétique, de l’histoire de la vie ? L’air y était sans doute plus pur, mais pour se chauffer, en Europe, en milieu rural, on se cloîtrait dans sa ferme, en hiver, avec ses animaux et leurs excréments et si on cuisait au bois, on en respirait les fumées. Tous les soirs ! Aujourd’hui, on a peut-être le napalm, les goulags et la menace nucléaire, mais à l’époque médiévale, on assassinait 30 fois plus que maintenant (*), la mortalité à la guerre était plus élevée que dans les guerres mondiales du 20e siècle et on torturait, à la moindre provocation, de manière exquise ou infâme à la fois, depuis le nez coupé des femmes adultères à la crucifixion pour vol ou pour blasphème. Chez les Romains, si un esclave tuait son propriétaire, TOUS les esclaves étaient mis à mort ! Si on crucifie encore en Arabie saoudite, on aurait maintenant au moins la délicatesse de décapiter d’abord… Quand Alfred Binet, psychologue qui fut le premier à composer un test de QI, menait une enquête, en 1905, sur la lecture à l’école, il concluait que trois élèves sur dix avaient un niveau de lecture absolument nul et que six élèves sur dix n’avaient atteint qu’un niveau de lecture «syllabique». La fessée qu’on évoque volontiers avec mélancolie, d’évidence, n’avait pas aidé à produire plus de 10 % de lecteurs fonctionnels ! 

L’humanité est une éternelle insatisfaite. Elle gigote en permanence entre un passé qu’on évoque avec nostalgie (pensez Johnson, Trump) et un présent ou l’on consomme avec avidité ce qui fait plaisir; comme des conquêtes à jamais acquises et à ne jamais céder, mais où l’on se plaint aussi de ce qui ne va pas, sans pour autant faire, soi, ce qu’il faut pour changer la donne ! Sur la question cruciale du changement climatique, où, en plus, on ne voit pas encore assez ce qui se profile immanquablement à l’horizon, l’humanité se retrouve diablement tétanisée et fonce les yeux ouverts, mais très certainement aveugle, vers sa perdition… ou du moins la perte de son paradis sur Terre ! 

Si vous aviez eu l’espoir que je parlerais du journal du parti communiste français qui, logique capitaliste oblige, vient d’annoncer la réduction de 20 % de son personnel, vous avez eu raison, même si ce journal ne nous est que d’un intérêt périphérique. Fondé par un Jean Jaurès mythique, il en est réduit à 33 000 copies par jour ce qui, avec un endettement de 13 millions d’euros, implique des pertes annuelles de 1,5 million et mène ce fier journal à quémander des dons de ses lecteurs. Il a récolté, à ce titre, depuis janvier, un peu plus de 2,4 millions d’euros, ce qui, avec la subvention gouvernementale de 4,3 millions d’euros annuellement devrait aider à trouver l’équilibre financier. Pour rappel, le prix de l’Humanité en kiosque est de 2,20 euros en semaine (Rs 88 !) et 3,50 euros le dimanche (Rs 140 !). De quoi rêver dans un pays où le gouvernement ne subventionne pas, mais au contraire boycotte ! 

Comme on le voit l’Humanité est en mauvaise posture… 

Et où va-t-on chercher de quoi se rasséréner dans tout cela ? Ces jours-ci, ce sera au Parlement de la jeunesse, en Éthiopie, où l’on a planté 350 millions d’arbres en 12 heures, et sous les pieds de Franky Zapata, pardi ! Dans le futur, quoi ! 

* THE BETTER ANGELS OF OUR NATURE- Steven Pinker- Penguin Books 

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