Stratégie: Mieux comprendre la géoéconomie

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La géopolitique occupe sur l’échiquier mondial un espace important dans les relations internationales et la géoéconomie découle de la diplomatie économique et des impératifs de la coexistence des pays auprès des puissances régionales et continentales et des grandes alliances militaires et stratégiques qui protègent ces pays contre tout acte de guerre ou d’influence sur leurs économies et garantissent leur sécurité sous leurs boucliers de dissuasion.

Dans notre région, le flux des importations et des exportations passe par les routes maritimes surtout des géants pétroliers transportant des centaines de milliers de tonnes de carburant et des navires de containers de marchandises sillonnant les mers, les détroits et canaux pour réduire les distances de leurs destinations entre océans. Rappelons la piraterie qui sévit dans la région et qui a nécessité l’intervention et la surveillance des mers par des forces aériennes et navales des nations victimes.

Dès le XVe siècle, les pays d’Europe et leurs rois finançaient des expéditions avec des flottilles de voiliers à leurs risques et périls par tempêtes et naufrages pour découvrir les routes menant à des contrées afin d’établir des comptoirs de commerce et des colonies et partager le monde qui avait déjà commencé par les guerres entre royaumes européens et la fondation des empires et par la création des Compagnies coloniales (Angleterre, Espagne, France, Portugal, Hollande, Allemagne) pour l’exploitation des ressources naturelles des pays conquis et le commerce des épices. Des puissances maritimes dessinaient la carte du monde.

Nous avons connu l’occupation hollandaise d’où le nom de Mauritius, puis française comme l’isle de France et en 1810 le nom définitif de Mauritius après le partage entre la France qui prit l’Ile Bourbon et l’Angleterre l’Ile Maurice par des traités. Maurice a été colonie britannique et cela de 1814 à 1968 après un passage à l’autonomie et de gouvernement responsable avant l’indépendance et la proclamation de la République au sein du Commonwealth (53 pays). Ceux qui avaient détenu des postes sous l’ère coloniale puis au Conseil législatif pré-Indépendance doivent le savoir.

Et les guerres mondiales étaient à l’origine des annexions de territoires, leurs occupations et l’extermination des populations juives par les forces militaires nazies. Il faut connaître l’histoire des guerres de Napoléon, de l’Allemagne contre les Alliés pour arriver à une géopolitique des puissances et des superpuissances nucléaires de notre ère.

Tous les continents et océans sont des espaces d’influence pour les plus forts et nous aussi nous n’échappons pas à ce Realpolitik des temps. L’Union africaine se compose de 55 États et l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) de 29 États européens et l’Union européenne de 28 États aussi à part d’autres blocs régionaux comme l’Organisation des États de l’Amérique latine et celui d’Asie mais c’est l’océan Indien qui nous concerne où la France a sa zone d’influence comme membre des pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) de l’Union européenne et le Département d’Outremer de La Réunion et Mayotte. Nous sommes membre de la Commission de l’océan Indien (COI) et de l’Association des pays riverains de l’océan Indien. Nous sommes aussi membre de l’Organisation de la Francophonie (88 pays). Nous bénéficions de la coopération et de l’aide au développement de ces agences multilatérales. Nous sommes à la fois francophone et anglophone.

N’oublions pas non plus que les États-Unis financent l’ONU avec une grosse enveloppe de contribution.

Dans ce concert des nations et des zones d’influence, l’Organisation des Nations unies est la plateforme politique internationale avec ses agences où les problèmes mondiaux sont soulevés et résolus mais il y a aussi l’Inde et la Chine comme pays de notre peuplement avec qui nous avons des liens privilégiés et une diaspora qui a trouvé ici un pays où s’établir et prospérer avec langues et cultures de leurs civilisations.

Mais la géopolitique, ce sont aussi les intérêts des pays et l’espace géographique d’influence à occuper par tous les moyens stratégiques. Il faut bien compter aussi les réalités où nous sommes réduits en un petit État insulaire en plein océan sans défense sur air, mer et terre tandis que les puissances militaires ont de gros porte-avions et des bombardiers, des avions furtifs et de combat et équipés de puissants rayons laser, des hélicoptères, des drones, des sous-marins avec des missiles à longue portée. Pas loin de nous se trouvent des foyers de guerre dans le Proche et Moyen-Orient, à la Corne de l’Afrique, dans le golfe Persique et des pays s’allient avec les puissants qui contrôlent l’espace aérien et maritime.

Après l’euphorie de la victoire pour notre intégrité territoriale et notre souveraineté sur l’archipel des Chagos, il y a lieu de se mettre à la table de la négociation trilatérale sans exacerber des antagonismes et promouvoir nos intérêts économiques en prenant en considération la géopolitique et la géoéconomie. Notre zone économique exclusive étendue est intacte et doit être exploitée. Nous avons des partenariats avec l’Union européenne à travers un nouvel accord qui va être mis en place en 2020 et l’AGOA (Africa Growth and Opportunity Act) avec les États Unis et nos exportations conséquentes vers l’Europe et l’Amérique. Aux Chagos il faut immédiatement entreprendre une étude des possibilités d’exploitation surtout en pêche sur les bancs, escale croisière, voyages touristiques inter îles/parc marin/ îles aux oiseaux migrateurs /flore et faune tropicales et des cocoteraies et la production de coprah et de l’huile de coco (label Chagos oil islands) qu’on importe de l’Asie avec le retour des Chagossiens dans leurs îles natales en attendant le bail à long terme avec les États-Unis et le démantèlement de la BIOT qui a un bureau à Londres avec un Commissaire à sa tête. Et quel statut donner à la population des Chagos au sein de la République ? Où concentrer cette petite population constituée d’à peine un millier d’âmes et pourvue de services et d’infrastructures de base, d’eau et d’électricité’? et quid des liaisons aériennes et installations portuaires ?

Le Premier ministre britannique Theresa May, en quittant le 10, Downing Street, éprouvée et la gorge serrée, dans la foulée de sa prochaine démission, a laissé échapper ce mot ‘Compromise’ qui, d’après elle, en toute sagesse n’est pas un vilain mot pour un Brexit final. Elle a dû affronter le Parlement maintes fois sans succès et son Brexit n’a pas abouti malgré tous ses efforts, sa détermination et sa ténacité.

Passé l’étape juridique internationale avec des jugements non contraignants mais moralement forts, il y a l’étape constitutionnelle et parlementaire pour établir la souveraineté du territoire.

Mais les Chagos sont à plus de 1 300 km de Maurice, sont terre de l’État et tout habitant doit posséder un bail en due forme et même des Compagnies de pêche pour exploiter la zone économique exclusive afin de protéger ses ressources en poissons pélagiques, requins (ailerons), tortues de mer, bambaras contre tout pillage et garder les îles dans leur état naturel sans pollution aucune comme le plus grand espace marin de l’océan Indien. La BIOT avait décrété cet archipel un grand parc marin pour protéger son écologie qui devient de nouveau prioritaire pour le gouvernement de la République entière et de la planète même.

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