Chagos: Crime contre l’humanité !

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Nul ne peut contester le fait que notre pays bien-aimé est constamment en ébullition. Les événements se succèdent à un rythme vertigineux. Pour tout observateur assidu et soucieux de suivre l’évolution des faits qui ponctuent le quotidien de la société mauricienne, après un séjour prolongé à l’étranger, comme dans mon cas, il est impératif de prendre du temps pour se mettre à niveau.

Les sujets brûlants d’actualité sont multiples dans plusieurs domaines et interpellent. Le choix est vraiment vaste. Mais un, en particulier, a sûrement interloqué et touché la fibre patriotique de tout citoyen qui se respecte.

La façon de faire des Britanniques la semaine dernière revêt d’un autre âge. Un faux pas, une honte, une aberration frisant l’insulte, venant d’un pays qui se targue d’être le défenseur incontournable et irréprochable des droits humains et le champion du fair-play et de la justice. La Haute commission britannique, après avoir dûment envoyé les invitations pour fêter, à l’officiel, l’anniversaire de Sa Majesté la reine Elizabeth II, comme elle le fait chaque année, s’est vue contrainte d’annuler la fête presque à la veille de l’événement, suscitant l’incompréhension totale des invités! Faut-il rappeler que la Reine Elizabeth a aussi été Reine de Maurice jusqu’en 1992 et est Chef du Commonwealth (position maintenant déléguée à son fils Charles) dont notre pays est membre à part entière?

Autant qu’on le sache aucun événement catastrophique, que ce soit en Grande-Bretagne ou à Maurice même, ne s’est produit qui aurait pu rendre une telle annulation compréhensible. En agissant ainsi, la Grande-Bretagne - l’est-elle toujours seraiton tenté de se demanders’est rendue toute petite dans la pratique moderne de la diplomatie. Mais, c’est leur réception et ils en sont maîtres. Comme ils le disent si bien dans leur langue: «It’s our party and we serve the refreshments! »

La résolution votée aux Nations unies sur l’avis consultatif sur les Chagos a eu comme conséquence l’annulation de l’anniversaire de la reine Elizabeth II par le haut-commissariat britannique à Maurice.

Mais vraiment, quelle hypocrisie! Quel double jeu! Au moment même où les instructions d’annulation se sont abattues sur le hautcommissaire à Maurice, (il ne pouvait qu’obtempérer) ne voilà-t-il pas que quelques jours auparavant, au fait, deux jours avant le vote des Nations unies qui a tellement secoué Londres dans sa posture contestable de droiture, les responsables politiques des affaires étrangères, en l’occurrence Jeremy Hunt et Tariq Ahmad, ont procédé à la nomination de Rita French, comme ambassadeur aux Nations unies, avec pour attribution spécifique la promotion de la politique du Royaume-Uni au sein du Conseil des droits humains à Genève et, en particulier, la cause universelle de ces droits.

Voyons, dans ses propres mots, ce qu’a dit M. Hunt en procédant à cette nomination: «As the UK enters a new chapter in its history, I will work to ensure that our values are at the heart of all we do. Ambassador French’s new role will be central to our work in defending human rights across the globe. Standing up for human rights is not only the right thing, it helps to create a stable, more prosperous world.»

«Parmi les actes définis comme constituant des crimes contre l’humanité, le déracinement d’une population y figure.»

Le nouveau chapitre dans l’histoire du Royaume-Uni dont la référence est faite par le ministre est l’avènement du Brexit. Comment réconcilier ce qu’il dit avec ce qui se fait au nom de son gouvernement ? Faut-il aussi se rappeler que Jeremy Hunt, dans le sillage de la débandade du Brexit que traverse son parti, est candidat à la succession de Theresa May à la tête des Conservateurs et, si élu, deviendra Premier ministre ?

Il est également édifiant de prendre connaissance des propos de l’ambassadeur French suite à sa nomination: «Human rights are the essential foundations for a fair, open and transparent society. It is tragic that in too many countries these rights are violated and abused. I will speak up for human rights, providing a voice on the international stage for those who are not being represented. I also wish to form stronger partnerships with states, supporting their efforts to fulfil their human rights obligations.»

La philosophie et l’objectif derrière cette nomination sont de rendre plus visible la promotion des droits humains. En tout cas, si en agissant de la façon dont il réagit depuis le soutien massif de la communauté internationale à l’avis consultatif, le Royaume-Uni entend asseoir son image de défenseur acharné de premier plan des droits humains et des peuples, alors, c’est vraiment mal parti!

La déportation, voire le déracinement de nos compatriotes de l’archipel des Chagos dans les conditions que l’on sait et que l’histoire a déjà répertoriées, est un crime, un crime contre l’humanité, que Londres se sente offusquée ou pas par une telle assertion. Le Royaume-Uni est coupable de violation des résolutions onusiennes sur la décolonisation. Amplement prouvé! Parmi les actes définis comme constituant des crimes contre l’humanité, le déracinement d’une population y figure. Différents responsables politiques britanniques ont finalement avoué que le traitement inhumain infligé aux Chagossiens est un épisode sombre de l’histoire de leur pays.

L’annulation de la réception, pour dire le moins, est mal inspirée et discourtoise. Fair-play? Tu parles! Bon, après tout c’est l’anniversaire de leur Souveraine qu’ils allaient fêter et qu’ils ont annulé. Est-ce que Sa Majesté est au courant de ce qui a été fait en son nom?

Quel déclin! Le soleil s’est définitivement couché sur l’Empire!

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