Instruments politiques

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Plus de quatre ans et demi après avoir arraché le pouvoir, le gouvernement des Jugnauth n’a toujours pas fini son exercice de nettoyage post- Ramgoolam. On rouvre des dossiers classés. On pensait, à tort, qu’après la déconstruction viendront la reconstruction et la sérénité.

La MBC, la police, l’ICAC, et, apparemment, la MRA aussi (il est intéressant de suivre, à cet égard, le procès qu’intente l’avocat Siddharta Hawoldar au fisc), sont perçues comme des outils politiques au service d’un parti, et non d’un pays.

L’appareil d’État devient, sans honte aucune, une arme pour faire taire les voix contestataires alors que des contrats des corps parapublics sont brandis pour attirer ceux qui sont achetables, dont pas mal d’hommes de loi. Ce qui donne de plus en plus cette impression que le MSM tend vers l’absolutisme, c’est le contrôle qu’il entend exercer sur toutes les institutions clés, avec leur armée de mercenaires.

Face à ces tristes actualités, il aurait fallu remettre la méritocratie, la transparence et l’équité au sein de l’action gouvernementale. Mais à l’approche des prochaines législatives, ce n’est plus envisageable. La même ambiance, malsaine pour l’investissement, va perdurer, pire, risque d’empirer. Le Budget d’ailleurs va annoncer la couleur électorale.

Pourtant, il suffit de relire le manifeste électoral de l’alliance Lepep pour savoir que nous faisons fausse route. Citons le paragraphe 3 de la page 5 : «Les institutions qui ont pour mission d’agir en chiens de garde ont été transformées en instruments politiques afin, d’une part, de persécuter les opposants au régime en place et, d’autre part, de couvrir les nombreux scandales où le PM, ses ministres et leurs protégés sont impliqués.» L’alliance Lepep parlait là de l’ancien régime de Ramgoolam. Mais aujourd’hui, cela s’applique parfaitement au régime des Jugnauth !

Ce pouvoir absolu du MSM, qui voulait se débarrasser du DPP, s’inscrit dans une logique immuable. En théorie, il signifie la possibilité légale de tout contrôler au nom d’une légitimité supérieure, sans contrepoids. Aujourd’hui, le MSM peut difficilement critiquer le deal Betamax de 2009 – après leur alliance de 2010 avec les travaillistes, au cours de laquelle le Sun Trust a défendu le deal du beau-frère de Rajesh Jeetah, au Parlement et dans la rue. Ce n’est qu’après avoir rompu que les Orange se sont mis à cracher sur leurs anciens étalons. Le MMM a aussi intérêt à ne pas trop enfoncer le clou car, en 2014, les Mauves étaient sous le charme des Rouges et ne critiquaient pas le deal Betamax.

Aujourd’hui face au MSM, l’opposition avance en rangs dispersés, incapable de rompre, elle aussi, avec le passé. Après Betamax, l’on verra bien comment l’affaire CT Power sera, elle, récupérée, de part et d’autre…

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