Et si les Britanniques adoptaient le protocole mauricien ?

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Imaginons un instant que notre estimé président par intérim Barlen Vyapoory, titularisé juste avant la visite du pape, soit invité par le gouvernement britannique pour une visite d’État et que Londres adopte le protocole qu’utilise Maurice pour accueillir des visiteurs de marque ? Le jour même de l’arrivée du président Vyapoory à l’aéroport de Heathrow, la Chambre des Lords avec ses 782 membres et la Chambre des communes (650 députés) ne siègent pas. Pour cause car leurs activités auraient été forcément perturbées par la visite du chef d’État mauricien.

Pour se mettre dans le même mood que leurs semblables mauriciens, les fonctionnaires britanniques se mettraient eux aussi à renvoyer à plus tard toute rencontre avec des membres du public, sortant la version anglaise de la phrase créole : «Nous busy avec visite officielle là. Sonnez la semaine prochaine.» Maintenant, pour l’arrivée même du président mauricien à Heathrow, le gouvernement britannique aménagerait un truc devenu populaire dans le jargon des fonctionnaires mauriciens, c’est-à-dire un «receptorium» à l’aéroport.

Le Premier ministre, tous les ministres, le chef juge, le speaker, le commandant en chef des forces terrestres, navales et aériennes de la Grande-Bretagne, le commissaire de police, des hauts fonctionnaires et le maire de la bourgade qui abrite Heathrow se tiendraient prêts sur le tarmac pour saluer le visiteur de marque. Ayant bien appris leur leçon de leurs homologues mauriciens, les fonctionnaires britanniques prévoiraient aussi un programme alternatif de «wet weather», si un temps inclément ne permette pas un accueil sur le tarmac. Dans ce cas, c’est par passage télescopique normal que le président mauricien quittera l’avion pour entrer dans l’aérogare et le «receptorium» pour y être accueilli par les VIP concernées.

Toujours suivant le protocole mauricien, le Premier ministre accompagné du commissaire de police et du commandant de l’armée britannique dirigerait le président mauricien vers la Rolls Royce blindée, modèle Wraith (littéralement spectre et successeur de la version Phantom), mise à sa disposition pour la visite d’État. Cette bête munie d’un moteur de 6,6 litres et de 12 cylindres et pouvant développer 624 chevaux démarre au quart de tour. La Wraith V12 met le cap sur Buckingham Palace, aidée en cela par deux douzaines de motards.

Yes, Buckingham Palace, no less. Car d’après le protocole mauricien, c’est au Réduit que se rend tout visiteur de marque après son accueil à l’aéroport. Rencontre incontournable aussitôt arrivé avec le chef d’État. En Grande Bretagne, malgré son système de démocratie parlementaire avec le Premier ministre comme vrai dirigeant, le chef d’État, c’est la reine. Que le visiteur à Maurice débarque à temps ou avec un retard, la destination Réduit n’est jamais remise en cause. Aussi, si l’avion d’Air Mauritius (MK) vers Londres avec son cargo présidentiel accuse un retard – c’est une éventualité plus que probable car MK c’est MK –, la reine doit nécessairement accueillir le président Vyapoory, quitte à repousser à plus tard sa séance de bigoudis, de chemise de nuit et d’un dernier breuvage bien chaud.

Dans les jours suivant l’arrivée du président Vyapoory, outre le tête-à-tête avec le Premier ministre britannique, notre no 1 reçoit à son hôtel – Le Savoy sinon Le Dorchester, à moins que le président affiche un faible pour le nettement plus cher Mandarin Oriental donnant sur le Hyde Park – le chef juge, le speaker et le leader de l’opposition. Bien qu’il serait impensable que le chef juge porte sa perruque, le speaker et le leader de l’opposition seraient bien à l’aise avec cet aspect particulier de notre protocole mauricien qui veut que le président ne boutonne jamais sa veste. Le protocole britannique ayant pris note de ce fait n’aurait pas manqué de signaler ce dress code particulier du distingué visiteur mauricien aux VIP de Londres.

Lors du banquet réunissant l’élite britannique et les grands investisseurs de la City, le président Vyapoory n’aurait pas manqué d’annoncer que Maurice est arrivé à un stade très avancé dans le domaine de la technologie et de la haute finance après avoir introduit la fin tech, la crypto-monnaie et la blockchain et déployé des robots humanoïdes comme Sophia. Le discours du président est interrompu à ce moment par une standing ovation de la part des banquiers de la City.

Toujours s’inspirant du protocole mauricien, le président est invité à planter un arbre dans le Hyde Park, arbre indigène rare récemment découvert à Plaine-Champagne et cloné aussitôt par des experts britanniques de Key Gardens. Après une acclimatation de plusieurs mois à Kew, l’arbre mis en terre à Hyde Park porte le nom de barlenius mauricianus comme pour honorer le président visiteur.

Par ailleurs, le déjeuner offert le lendemain par la reine est tellement select que même le haut-commissaire de Maurice à Londres et la MBC qui a délégué Ajagen Rungen n’ont pas accès à Buckingham Palace. Le déjeuner royal clôture la partie londonienne de la visite présidentielle. Le gouvernement britannique transporte en executive jet le président mauricien en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord pour y visiter des musées consacrés aux ancêtres des Écossais, Gallois et Irlandais. À chaque endroit, des femmes invitent le président mauricien à esquisser des pas de danse sur l’air de chansons anciennes des ancêtres de ces Britanniques non anglais.

Le président met enfin le cap sur la capitale britannique et il dispose d’une journée libre avec Rolls toujours de service. Il visite le London Eye et The Shard avant de faire du shopping à Knightsbridge, escorté de 20 gardes du corps. Il repart dans la soirée – et selon le protocole mauricien –, seen off par le Premier ministre et le Cabinet au complet, le Parlement britannique et la House of Lords ne siégeant pas à l’occasion du dénouement de cette visite présidentielle.

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