L’urgence d’une rupture annoncée

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Non-event pour certains, chamboulement pour d’autres. La désertion du navire Lepep par Vishnu Lutchmeenaraidoo alors que le gouvernement amorce le dernier virage de cette année électorale alimente la marmite politique. Dirigeants et opposants y vont d’ailleurs chacun de leurs couplets pour minimiser ou dramatiser la démission de l’ancien ministre des Affaires étrangères. De bonne guerre

Mais au-delà des chamailleries politiciennes, le départ de Vishnu Lutchmeenaraidoo est porteur d’un message très important à l’adresse de la classe politique locale : l’heure de la remise en question a sonné ! Occulter ce message, c’est non seulement refuser le droit aux nouvelles générations de prendre leur destin en main, mais cela revient aussi à enfermer le pays dans les geôles d’une époque révolue.
 

Maurice a besoin d’un engagement sincère afin de l’inscrire dans une perspective de renouvellement à tous les niveaux

Pas besoin de remonter à loin pour savoir que le peuple est constamment dans une quête de changement. Changer pour le meilleur. C’est animé de cet esprit que la grande majorité de l’électorat se rend généralement aux urnes. Il ne fait aucun doute que tel fut également le cas en décembre 2014.

Et à l’approche de la prochaine échéance, il a été observé qu’une question taraude nombre de nos compatriotes. Comment distinguer les forces en puissance puisqu’elles se ressemblent comme des sœurs jumelles ? La tâche se révèle encore plus compliquée lorsque les deux principaux adversaires, Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam, utilisent les mêmes éléments de langage en proposant une «politique de rupture» à la population. Ce qui fait qu’avant de discourir sur la philosophie politique de l’un comme de l’autre, il est d’abord nécessaire de comprendre ce qu’est vraiment la rupture.

Le dictionnaire de l’Académie française décrit rupture comme l’action d’interrompre et souvent de manière brusque et définitive le cours d’une action, voire d’une situation. Or jusqu’ici, il n’est pas encore très évident à quel type de rupture se réfèrent les deux leaders politiques.

Avec le pays s’enfonçant dans la brume de la campagne électorale dans les mois à venir, il deviendra probablement plus difficile d’identifier les propositions de rupture. Surtout lorsqu’elles seront placées dans le même registre que les arguments communautaires. Qu’à cela ne tienne, Maurice n’a plus le choix. Un changement en profondeur du modèle politique s’avère aujourd’hui une urgence nationale.

Le cas de Vishnu Lutchmeenaraidoo est là pour attester de cet impératif. Après avoir promis monts et merveilles, il a fini par se retirer sur la pointe des pieds. En cause : la faillite de Vishnunomics. Celui qui disait se fier à ses intuitions nous avait promis, entre autres choses, une croissance de 5,7 % et le plein-emploi. De telles prédictions illustrent soit une méconnaissance soit un mépris total des phénomènes de la globalisation et ses conséquences sur notre modèle de développement.

Cette situation nous impose donc d’ouvrir les yeux sur une bien triste réalité : la classe politique est en retard sur le pays. D’où à notre sens, l’urgence de la rupture annoncée. Mais attention, nous ne parlons pas ici de poudre de perlimpinpin. Maurice a besoin d’un engagement sincère afin de l’inscrire dans une perspective de renouvellement à tous les niveaux. À n’en point douter, ce sera le principal enjeu des prochaines élections générales.

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