Les nouveaux «Sans-Paul»: quel impact électoral ?

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À chaque fois qu’il y a un mouvement de dissidence au MMM, que se passe-t-il réellement en termes d’état de santé de ce grand parti ?

Des fruits pourris qui tombent de l’arbre mauve ou une couche encore qui se détache de l’oignon MMM ?

La highest watermark jamais atteinte par le MMM fut aux élections de 1987 quand ce parti seul (oublions l’appendice symbolique qui n’apporte jamais un apport quelconque) obtint 48,12 % des votes contre 49,86 % à une alliance qui regroupait le Parti travailliste, le PMSD et le MSM de Jugnauth. Depuis, le MMM a assisté à un grignotement de son électorat. Mais cela n’a pas empêché le parti de scorer de façon spectaculaire avec le MSM en 1991, le Parti travailliste en 1995, le MSM encore en 2000.

Quel impact des dissidences sur l’arbre ou sur l’oignon mauve ?

La première dissidence sérieuse notée au sein du MMM fut l’œuvre de Dev Virahsawmy à partir de 1973. Grande vedette pour avoir battu un candidat travailliste dans la circonscription de Triolet- Pamplemousses, Dev Virahsawmy était très populaire dans le pays. Il fut à la base de la revalorisation de la langue créole. Il fut aussi l’élément motivateur dans l’épanouissement du groupe Soley Ruz qui introduisit le sega engagé dans la culture mauricienne. Des Mauriciens étaient en extase devant les grandes interprétations de Bam Cuttayen, principal interprète de Soley Ruz.

Dev Virahsawmy devait créer un nouveau parti politique pour combattre la déviation idéologique et l’embourgeoisement du MMM. Ce parti prit pour nom le Mouvement militant mauricien socialiste progressiste (MMMSP). On ne tarda pas à expliquer que le SP dans ce nouveau parti voulait dire Sans Paul (SP).

Aux élections de 1976, à la toute première participation du MMM à des élections générales mais aussi celle du MMMSP, le parti dissident présenta des candidats dans plusieurs circonscriptions dont un dénommé Showkutally Soodhun à Triolet-Pamplemousses où il récoltait 490 votes contre 12 460 à sir Seewoosagur Ramgoolam.

Tous les candidats «SP» furent battus. Mais, selon les spécialistes, la campagne menée par le MMMSP contre le MMM de Paul Bérenger aurait dû avoir un impact quelconque auprès de certains partisans du MMM. Ce qui les aurait peut-être poussés à voter «utile» (probablement travailliste) pour empêcher le MMM de gagner les élections. Dans un cas au moins, le MMMSP fit chuter un candidat du MMM. En effet, dans la circonscription de Vacoas-Floréal en 1976, la différence de votes entre le dernier élu travailliste (Angidi Chettiar) et le premier battu MMM, Dooshiunt (Hamid) Jhuboolall, fut de 428 voix. Or le candidat MMMSP Ranjit Foogooa recueillit 479 voix à cette élection. Ce qui veut dire au fait que si 429 militants pro-Virahsawmy avaient reporté leur vote sur Dooshiunt Jhuboolall, ce dernier aurait battu Chettiar et augmenté les chances du MMM de constituer le gouvernement. Le MMM aurait remporté 31 sièges contre 24 aux Travaillistes. Symboliquement et psychologiquement, en franchissant la barre de 30 députés, le MMM se serait mis en situation de force pour former son tout premier gouvernement.

Le «SP» devait disparaître par la suite – un autre fruit pourri parti – et ce n’est qu’en 1982- 83 que le MMM devait connaître une nouvelle dissidence. Cette fois-ci, une bonne partie de la power base hindoue du MMM devait basculer vers le tout nouveau MSM créé par Anerood Jugnauth. Aux élections de 1983, le MMM ne put faire élire le moindre candidat dans les régions rurales. Ce ne fut pas un fruit pourri qui tomba de l’arbre du MMM. Mais c’est l’oignon qui perdit toute une couche.

Nouvelle dissidence en 1993-84, avec la création du Renouveau militant Maurice (RMM). Cette dissidence n’ébranla nullement les assises du MMM en alliance avec les travaillistes. À l’élection partielle de janvier 1995 et aux générales de décembre 1995, le RMM fut littéralement foudroyé et disparut par la suite. Le MMM se débarrassa d’un fruit pourri.

Le MMM connut une dissidence qui lui causa bien de dégâts en 2014. En effet loin d’être un feu de paille, la dissidence anti-Bérenger menée tambour battant par Ivan Collendavelloo causa un tort immense au MMM. Il ne manqua que 330 votes au candidat PMSD Ramalingum Maistry pour qu’il ne batte Paul Bérenger lui-même dans le n°19. Toutefois, il reste difficile de quantifier le following actuel du parti de Collendavelloo. À première vue, probablement une couche d’oignon partie qu’un fruit pourri à terre. Toutefois on s’interroge sur la force réelle des lieutenants de Collendavelloo, dont Anil Gayan et Eddy Boissézon. Anil Gayan se présenta seul devant l’électorat lors de la partielle du n°8 en 2009. Il récolta 202 votes, soit 0,67 % du total.

Encore un mouvement de dissidence cette fois en 2015 avec la création du Mouvement patriotique d’Alan Ganoo, jusqu’à ce moment un fidèle parmi les fidèles de Bérenger.

Nouveau mouvement «Sans Paul» dirigé par Pradeep Jeeha et Steve Obeegadoo qui vont créer la Plateforme militante. Et maintenant les Ganoo, Jeeha, Obeegadoo et Françoise Labelle vont combiner leurs forces respectives. De par le poids des individualités dans ces deux formations et leur accès à la base du MMM, ce regroupement devrait en principe causer davantage de dégâts à ce qui reste du parti mauve que l’équipe de Collendavelloo.

Les différents coups de vent ont certainement fait chuter bien des fruits pourris. Que reste-t-il maintenant de l’oignon mauve ?

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