Système éducatif mauricien, de la poudre aux yeux…

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Lors d’une conférence de presse le vendredi 1er mars, Kadress Pillay, le nouveau président de la Commission de l’éducation du Mouvement militant mauricien(MMM), a déclaré que le mal de l’éducation mauricienne en est le «système». Citant quelques chiffres éloquents, il annonce que lors des examens du School Certificate 2018, 11 800 jeunes sur 15 400 n’ont pas pu décrocher les quatre credits nécessaires pour poursuivre leurs études. Parmi ceux-là se trouvent ceux qui, après deux tentatives, ne pourront accéder à la première année du Higher School Certificate (HSC). Quel sera l’avenir de ces jeunes ? se demande la Commission de l’éducation du MMM.

Si le «système» est effectivement le problème majeur de l’éducation à Maurice, il existe avant tout un élément majeur qui fausse le débat sur l’éducation : l’idée qu’ont les parents que pour réussir dans la vie, leurs enfants doivent absolument obtenir un «White Collar Job». Les travaux manuels étant devenus le fameux «sot métier»… Et cela, malgré l’expression qui veut qu’il «n’existe pas de sot métier».

Résultat : la mécanisation et, aujourd’hui, la technologie ont pris la place des ouvriers. Et l’on s’étonne que le chômage, comme un cancer, réduise les familles les plus vulnérables à la misère déshumanisante. N’est-il pas plus qu’impérieux que les dirigeants de notre société cessent de prendre la population pour des imbéciles avec une réforme de quatre sous à chaque fois que le constat du système actuel nous éclate à la face.

Avant Kadress Pillay, le maître de l’éducation au MMM était Steven Obeegadoo, ancien ministre de l’Éducation (de 2000 à 2005). La cerise sur le gâteau qu’Obeegadoo offrit à la population durant son mandat, fut l’élimination du rat race connue alors comme le CPE. L’encensement du ministre par son parti d’alors, le MMM, fut éclatant. Quelque 36 nouveaux collèges pour faire de la place aux nombreux écoliers qui entraient au secondaire furent construits à travers l’île. L’objectif étant de porter l’école à proximité des étudiants et de leurs parents.

Cette réforme fut comme toujours contestée par les opposants politiques. Toutefois, la réussite de certains de ces collèges éloignés des collèges champions en nombre de lauréats, suite aux examens du HSC ces deux ou trois dernières années, prouve bien que Steven Obeegadoo avait raison dans sa démarche. Ces étudiants de Roche-Bois et de Goodlands qui ont réussi là où ceux des star schools ont échoué le prouvent bien.

Aujourd’hui, Steven Obeegadoo s’est retiré du MMM dont il subit les foudres. Du meilleur parmi les qu’il était, il est devenu le traître qui mérite les foudres de son ex-parti. Kadress Pillay aura, quant à lui, à convaincre les étudiants et leurs parents qu’il ne faut pas confondre éducation et instruction. C’est l’éducation associant socialisation et savoir-vivre qui inculque les valeurs d’éthique et de citoyenneté. C’est l’instruction qui apporte une culture, un métier, un savoir-faire. C’est en associant les deux que l’on donne les moyens aux futurs adultes que sont nos enfants de devenir des Hommes.

Qu’en est-il dans notre système actuel ? Comme les ministres de l’Éducation ont toujours ignoré, depuis l’Indépendance, que l’instruction doit s’accompagner de l’éducation, on connaîtra encore de nombreuses réformes sans que le système ne soit amélioré pour le bien-être des apprenants. Quelqu’un de bien instruit peut bien devenir ministre, président du Parlement ou directeur de la Banque centrale. Mais s’il n’est pas pourvu d’un iota d’éducation, il peut faire honte autour de lui. Et cela, nous, les Mauriciens, le savons très bien. Quand on suit un résumé d’une séance parlementaire à la radio ou à la télévision et qu’on assiste au langage et comportement, bref au niveau d’éducation, on a envie de zapper illico presto.

Au niveau du primaire, selon Kadress Pillay, 2000 à 2500 enfants échouent aux examens de fin du cycle primaire. De ceux qui réussissent, seulement 35 % accéderont au HSC. On ne dit pas combien parmi ceux qui réussissent y arrivent «on the border line». Et dire que nos écoles sont censées dispenser l’instruction aux adultes de demain.

Si la faute revient au système, elle l’est surtout au niveau de la pédagogie avec ses «multiple choice» qui invitent l’apprenant à se fier sur le hasard, et autres absences de réflexion, l’enfant apprenant comme un perroquet. Pourtant, à la veille des élections de 1976, sir Seewoosagur Ramgoolam, sentant le pouvoir lui échapper des mains, offrit le bribe de l’éducation gratuite sans étude préalable aux électeurs.

Qu’est-ce qui a changé depuis au niveau des enfants les moins fortunés ? Sont-ils mieux instruits et surtout mieux éduqués ? Depuis janvier dernier, le Premier ministre actuel veut tenter le même coup avec l’université gratuite. Comment cette mesure pourra-t-elle faire des étudiants les moins doués sur le plan académique de brillants étudiants. N’est-ce pas là de la poudre jetée aux yeux des plus pauvres d’entre nous ?

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