Le MSM ou la culture de la transgression

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Plus de quatre ans au pouvoir

Cela va faire bientôt cinq ans que le Mouvement socialiste militant (MSM) gère les affaires du pays comme s’il s’agissait d’une société privée lui appartenant. Alors qu’il ne reste que quelques mois avant que son mandat ne s’achève, il persiste et signe dans sa manière d’institutionnaliser le népotisme et l’affairisme et s’offusque que la presse, les internautes et les citoyens en général dénoncent ses malversations scandaleuses.

Albert Einstein a donc eu raison de définir la folie comme étant l’état de quelqu’un qui refait toujours la même chose tout en s’attendant à des résultats différents ! Face à cette levée de boucliers, le MSM, prenant le peuple pour une nation de demeurés, persiste dans ses discours de négation et de rejets de responsabilité. Qui sont ceux qui refusent d’admettre qu’aucun gouvernement depuis l’accession de l’île à l’Indépendance n’a autant démérité que le MSM ?

Ce sont ceux qui jouissent grassement d’une manière ou d’une autre de leur proximité avec le pouvoir, ceux qui par nécessité ne peuvent faire autrement que se contenter de petits gains immédiats, ceux qui par manque de clairvoyance ne voient pas qu’on fonce droit dans le mur et ceux qui en bons opportunistes revendiquent en toute connaissance de cause leur part du gâteau. En se disant «après moi, le déluge».

Les débats de l’Assemblée nationale, retransmis à la télévision, nous permettent de constater de visu la petitesse des gens que nous avons élus pour nous représenter. S’ils tombent autant et aussi souvent dans la grossièreté, c’est qu’ils sont entrés dans la politique pour de mauvaises raisons et sont incapables d’apporter une quelconque contribution à de vrais débats d’idées. La retransmission des débats parlementaires à la télévision nous permet maintenant de prendre conscience de l’étendue de la vacuité de nos élus.

Les invectives injurieuses et les caquètements de basse-cour deviennent un moyen facile de masquer leur incompétence en tant que Premier ministre, speaker, ministre et député. La performance de Maya Hanoomanjee en tant que speaker est aux antipodes d’un Harilall Vaghjee, qui inspirait naturellement le respect de par sa grande érudition et sa connaissance des exigences attachées à sa fonction.

Pravind Jugnauth, entouré de son état-major et de ses fervents partisans, s’est
laissé aller à l’euphorie après le verdict du Privy Council, le 25 février dernier.

Nous n’allons certainement pas dire que cet état de choses ne s’applique qu’à la majorité. L’opposition parlementaire aussi contribue à porter atteinte au décorum du Parlement. Cependant, du moment que c’est le MSM qui est largement majoritaire et qui régente la vie parlementaire, il faudrait faire l’effort de comprendre l’origine du mal.

Lâchés par Bérenger au dernier moment, les Jugnauth ont réuni quatre ans de cela une bande de pseudopolitiques hétéroclites, écartés de la scène politique pour des maldonnes de toutes sortes. Parmi les plus célèbres, Lutchmeenaraidoo, entre deux crises de mysticisme, s’est senti apte à accomplir un ultime miracle économique.

Plus tard, face à l’incompétence de son armée de dupes, Pravind Jugnauth dira dans son cercle intime que les hommes gravitant autour du pouvoir lui ont été imposés. Maintenant revigoré grâce à sa double victoire (Privy Council et Chagos), sa marche vers la conquête du pouvoir s’avère des plus prometteuses. Surtout s’il se débarrasse des poids lourds hérités de son père et s’entoure de jeunes au parcours académique et professionnel rutilants.

Tout un programme ! Cependant, l’esprit de clan est si viscéralement inscrit dans l’ADN du MSM que les professionnels, vu la manière dont la famille Jugnauth gère les affaires publiques, réfléchiront à deux fois avant de sauter le pas. Comment pouvoir se faire entendre en tant que professionnel au sein d’une famille politique qui, une fois au pouvoir, ne semble pas faire la différence entre biens publics et biens privés, entre intérêt général et intérêt privé ?

Comment réconcilier son intégrité professionnelle face à une situation où toutes nos institutions servent de sinécures à des proches de la famille Jugnauth ? Le sort d’Air Mauritius, avec sa figure emblématique, Mike Seetaramadoo, au profit duquel Megh Pillay a été sacrifié, témoigne bien du fait que notre pays n’a rien à envier aux républiques bananières ! Il s’avère alors intéressant de voir la nature du sang neuf que Pravind Jugnauth serait en mesure d’apporter à son parti !

Le parcours des Jugnauth illustre bien le fait que le MSM n’a jamais hésité à franchir la ligne rouge. Ce n’est pas seulement le Parlement qui est régulièrement profané, mais aussi nos valeurs républicaines, à travers un népotisme qu’on ne cherche même plus à cacher. La MBC, outil de propagande gouvernementale, avec son intrusion dans le caveau de Père Laval, ne peut tomber plus bas qu’elle ne l’est actuellement.

Et que dire des tentatives de violer le caractère sacré de notre liberté d’expression. Ou les atteintes répétées à notre vivre-ensemble, afin d’en tirer un capital politique. Ces quatre dernières années, le MSM a eu beaucoup de mal à cacher le fait que pour le parti, rien n’est sacré et que la fin justifie les moyens.

Il s’agit donc pour Pravind Jugnauth de redonner confiance à la population en lâchant ceux qui ont contribué à ternir l’image du parti. Vu le grand nombre de scandales, il risque cependant de faire place nette autour de lui. Pravind Jugnauth possède cependant un joker que Ramgoolam et Bérenger doivent beaucoup lui envier : Soodhun.

Fin stratège, doté d’un charisme qui fait qu’on se l’arrache à l’international, Soodhun est le fleuron du MSM et devrait occuper les premières lignes aux côtés de Pravind Jugnauth dans sa quête d’une prochaine victoire. Chaque apparition de Soodhun et chaque prise de parole augmentent le capital sympathie envers Pravind Jugnauth et le MSM.

En 2014, c’est le MSM qui a gagné et ce n’est ni le PTr ni le MMM qui ont eu à en payer les frais, mais c’est nous électeurs de tous bords qui avons eu le plus à perdre. Si le MSM gagne à nouveau, ce parti continuera à faire ce qu’il fait si bien : profiter du pouvoir pour enfreindre les règles en toute impunité, afin de spolier les biens publics.

Eric Ng, l’économiste, face à des signaux qui ne trompent pas, prévoit des temps difficiles pour les plus vulnérables d’entre nous. N’empêche, Jugnauth, obnubilé par l’obsession du pouvoir, fera tout afin de maximiser ses chances de gagner les élections. Au risque même de voir sombrer le pays dans une récession semblable à celle de la Grèce.

En ces temps qui s’annoncent précaires, surtout pour les plus démunis, il ne faudrait pas que les élections deviennent une opportunité pour une catégorie de citoyens de hausser les enchères, au point de mettre en péril notre économie déjà fragilisée. Au cas où la pression serait au rendez-vous, cela ne ferait que confirmer l’adage : «toute nation a le gouvernement qu’elle mérite».

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