À chacun sa bataille

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À chaque dirigeant politique, sa bataille. À chaque pays, ses combats. À chaque réunion du Conseil de sécurité, ses profonds clivages sur comment résoudre les conflits. Les objectifs ne sont pas toujours réconciliables tant les intérêts des uns divergeront de ceux des autres.

Cette semaine au Brésil, le chef de l’opposition au Venezuela, Juan Guaido, à l’issue d’une rencontre avec le président brésilien Jair Bolsonaro, a claironné qu’il retournerait dans son pays «malgré les menaces» contre sa personne. Au-delà d’une querelle de personnes ou d’une simple lutte de pouvoir entre le poulain de l’Occident Juan Guaido et le président socialiste Nicolas Maduro, il y a tout un système de lobbies internationaux qui tente d’arbitrer ce duel et de tirer les ficelles dans ce pays qui dispose de l’une des plus importantes réserves de pétrole au monde. Fort du soutien d’une cinquantaine de pays qui l’ont déjà consacré président par intérim, Guaido a bravé l’ordre d’interdiction qui pèse contre lui et a quitté le Venezuela le 22 février dernier. Il n’a pas peur d’être arrêté. Au contraire, cela va booster sa popularité, estime son entourage. Chez nous, toutes proportions gardées par ailleurs, non seulement on voit mal Ramgoolam prendre un tel risque, mais on ne le voit pas aller quémander une levée d’interdiction, même temporaire, de voyager afin d’alerter l’opinion internationale.

Entre-temps, au siège de l’ONU à New York, le Conseil de sécurité a rejeté les deux projets de résolution du conflit au Venezuela (l’un porté par les États-Unis et l’autre par la Russie). Si la Russie et la Chine ont opposé leur véto au projet US appelant à une élection présidentielle «libre, juste et crédible» au Venezuela, Moscou a échoué à faire adopter une résolution visant à dénoncer «les menaces de recourir à la force» contre Caracas, qui n’a obtenu l’appui que de la Chine, de l’Afrique du Sud et de la Guinée Équatoriale. En bref, Guaido a le soutien des États-Unis, du Brésil, de la Colombie et d’une majorité des membres de l’Union européenne, alors que Maduro reste soutenu par la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie ou Cuba… Comment s’en sortir alors ?

Il faut, au moins, remonter à 1999 lors de l’accession de feu Hugo Chavez pour cerner les prémisses de la crise existentielle au Venezuela. Celui-ci, prenant quelque part le relais des frères Castro, s’était érigé comme le porte-parole mondial de la contestation anti- US. Selon Washington, D.C., Chávez cultivait des relations avec «l’axe du mal», mais selon les politologues de l’Amérique latine, «la politique extérieure du président H. Chávez s’inscrivait comme une continuité du début de la période démocratique, c’est-à-dire à partir de 1959. Contrairement au Cuba où Fidel Castro en 1960 menaçait le capital national et américain, puis nationalisait leurs avoirs [...] au Venezuela rien n’a changé, la droite serait le pouvoir économique alors que la gauche tente de gérer la cité. Chávez ayant voulu inventer «le socialisme du XXIe siècle» et «s’éloigner du capitalisme», en se rapprochant des idées originelles de Karl Marx et Friedrich Engels… Suivant cette doctrine, le Venezuela voulait abandonner la démocratie représentative pour construire une démocratie participative. En politique extérieure, l’objectif du socialisme du XXIe siècle cherchait à rompre le cycle du colonialisme et du néocolonialisme… Ce qui n’est pas, sans rappeler, notre combat pour récupérer les Chagos des mains des Britanniques et des Américains, champions du monde de la «démocratisation» post-guerre froide.

En Algérie, un parfum de printemps arabe flotte dans l’air. Des dizaines de milliers d’Algériens sont dans la rue pour dire non à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle. Les manifestants ne veulent pas que ce dernier, devenu un légume aux mains des militaires, brigue un cinquième mandat consécutif. Comme en 2011, ce mouvement de contestation est né et s’organise sur les réseaux sociaux. Les messages sont relayés sans qu’il y ait un acteur majeur derrière. Ce qui est notable avec cette contestation, c’est qu’elle est plus ou moins anonyme, on ne sait pas vraiment d’où elle est partie. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui ‘l’appel du peuple’, même si forcement il doit y avoir une stratégie bien huilée derrière, de la part de ceux qui ne veulent plus de mandats à vie…

Chez nous, les flagorneurs des Jugnauth veulent nous faire croire que ces derniers sont si forts qu’ils ne contemplent plus aucune alliance politique. Alors dans les camps travaillistes et du MMM, on est contraint d’abonder dans le même sens, même si dans les coulisses les consultations se multiplient. Il n’y a que la «joli mamzel» qu’est le PMSD qui avoue son désarroi de n’avoir pas encore trouvé un bon partenaire, pour le prochain bal des élections générales, qui consentirait à lui offrir «20 tickets».

«Donn mwa gato-la net, ler la mo manz li tou sel.» Cette phrase, souvent ressassée par nos leaders politiques, est au premier degré une supplique : Pour ne pas faire de concession à un «partenaire» ou à une «béquille». Dans le passé, bien avant Pravind Jugnauth, Navin Ramgoolam avait déjà demandé ce type de mandat, mais, malgré sa grande popularité, il ne l’a jamais obtenu seul. Parce qu’en démocratie, toute la population ne pense pas qu’il n’a que des qualités ni sous la cape «ramgoolamienne» ni sous celle des Jugnauth. À chaque pouvoir, il faut un contre-pouvoir. En fait, la seule fois où Ramgoolam était à la tête d’un gouvernement commandant trois quarts des sièges au Parlement fut en 1995, en alliance avec son «meilleur ennemi», le MMM. Cette phrase est vraiment malheureuse, parce qu’elle suggère, au mieux, au deuxième degré, que le pouvoir n’est pas un sacerdoce, un devoir, une croisade pour l’avancée du peuple, mais un repas ! Avec les seuls siens, si possible !

Pour plaire aux dirigeants du jour et se faire voir sur la MBC, on aurait pu, comme certains le font par opportunisme, afficher un optimisme béat, à l’image d’un Sesungkur, d’un Tarolah, d’un Gungah, d’un Soodhun ou d’un Yerrigadoo, un lundi 25 février au Sun Trust, mais on a choisi la langue de vérité dure, sans détours, sans rien attendre en retour. Même pas une licence de radio, ou de télévision privée… On préfère laisser cela aux rabatteurs de service.

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