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Le jugement du Privy Council est à l’horizon et même sous embargo… tout le monde en parle évidemment ! Maurice c’est un véritable plaisir, n’est-ce pas ?!

Si l’on en croit les médias, Pravind Jugnauth aurait «gagné». Tant mieux pour lui et tant mieux pour le pays, sans doute, car être citoyen d’un pays dont le Premier ministre est condamné par son ultime cour d’appel, ça n’aurait pas été bien gai ! On a beau n’avoir rien à faire, soi, personnellement, avec MedPoint et/ou tous les autres scandales qui essaiment notre histoire de pays libre et indépendant, il reste que l’on a honte quand lesdits scandales explosent, notamment à cause de l’image négative que cela transmet sur le pays et ses citoyens. Vous avez un doute et vous vous sentez à l’abri des retombées de ce que font nos dirigeants ? Alors, dites-moi que Trump n’est pas en train de solidement changer l’image des Américains ces jours-ci !

Le jugement détaillé ne sera reçu que dans la semaine, mais au-delà de la «victoire» de l’une ou de l’autre partie, il faut se souvenir que nous vivons quand même dans un pays où Pravind Jugnauth avait eu l’élégance de démissionner quand il avait été condamné en première instance et que nous avons un DPP suffisamment libre pour aller demander des éclaircissements au Privy Council sur l’interprétation des articles 13(2) et 13(3) de la PoCA ! Il faut les remercier tous les deux car ils ont ainsi aidé à sauver un peu de notre dignité en tant que nation.

Par contre, la tentative du gouvernement (avortée grâce à XLD, qu’il faut remercier aussi) d’utiliser sa majorité de trois quarts au Parlement pour faire voter le Prosecution Commission Bill, avec l’objectif à peine voilé de contrôler les décisions du DPP d’inculper et notamment son devoir de faire appel dans le cas de MedPoint, est à consigner au musée des horreurs de ce pays. Dans la même section qui contient, d’ailleurs, les nominations de consigliere politiques dans des institutions dont le fondement même est pourtant d’être «libres et indépendantes» ! De la MBC à l’ESC, de l’ICAC à l’IBA, de…

J’écrivais à ce propos dans «Démocratie en ballotage» ( 20 janvier 2019) que : «Si Pravind Jugnauth s’en sort devant le Privy Council, il serait seyant de sa part qu’il réfléchisse à nouveau aux bénéfices d’institutions libres et indépendantes et dirigées par des individus compétents qui ne sont motivés que par leur conscience et leur ‘own deliberate judgement’ ! Les Law Lords sont des hommes libres. Sûrement pas infaillibles, ils sont néanmoins libres de leur jugement, sont serviteurs des faits et guidés strictement par les pratiques et codes de leur métier. S’ils n’étaient pas des hommes libres, ils auraient sans doute pu recevoir une petite missive de Whitehall leur suggérant une approche “appropriée” au vu du culot de cette ex-colonie, tant insignifiante qu’ingrate, dans l’affaire Chagos ?»

Je l’invite, humblement, à relire cette opinion avec attention. Et, espérons-le, avec l’intention qui convient…

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Dans la semaine qui arrive, il y aura d’abord la publication du jugement détaillé du Privy Council dans l’affaire MedPoint, ensuite l’opinion de la Cour internationale de justice sur le cas mauricien sur les Chagos et l’on parle aussi de la publication du rapport de Robert Mueller, l’ex-directeur du FBI qui enquête, depuis 21 mois, sur les interventions russes dans la campagne présidentielle américaine de 2016 «and other matters». Après la guéguerre de concerts artistiques, Branson v/s Maduro à la frontière Venezuela/Colombie, ce vendredi, on peut prédire que le tintamarre va se prolonger ! Mueller, quant à lui, a déjà traduit beaucoup de monde en cour (le général Flynn, l’avocat personnel de Trump, Michael Cohen, 11 Russes, le directeur de campagne Manafort, par exemple), et d’autres procédures peuvent suivre, mais il n’est pas du tout certain que le rapport Mueller soit publié, intégralement ou pas, ce privilège relevant du nouveau directeur nommé au département de la justice, Bill Barr.

Alors que Trump ne lâche pas l’objectif d’une dénucléarisation de la péninsule coréenne, chatouillé en cela par l’idée d’un prix Nobel de la paix comme Obama, relevons cependant qu’au-delà de l’enquête Mueller, il est empêtré dans de nombreuses enquêtes et de cas en cour qui ne lui laissent que peu de sérénité. Ce qui est certain c’est qu’en amont des décisions de Bill Barr, Mueller a déjà pris l’initiative de déposer de multiples inculpations «scellées» en cour. Que contiennent ces dossiers, nul ne sait pour le moment, mais les mèches de ces bombes potentielles ont déjà été allumées et nul ne saurait maintenant les éteindre. En vrac, rappelons que si Pravind Jugnauth avait le procès MedPoint aux chevilles, Trump a , lui, connu le procès en diffamation de Stormy Daniels (qu’il a gagné), mais qu’il fait face aux enquêteurs fédéraux de New York sur le financement de sa campagne électorale, les cas instruits par le Maryland et le district de Columbia sur des recettes provenant de gouvernements étrangers dont il aurait indirectement bénéficié, les cas de «silence acheté» par Michael Cohen et le National Enquirer, ainsi que les enquêtes et les subpoenas à venir du Congrès, désormais démocrate, sur ses déclarations fiscales et la Fondation Trump, apparemment souvent utilisée à des fins personnelles et politiques plutôt que seulement… caritatives !

Ça promet !

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Il y avait une bonne nouvelle cette semaine : Rodrigues est désormais connectée… à Mars ! Souhaitons-leur bien du bonheur et des retombées économiques positives plutôt que de la simple distraction !

 En contrepartie, le groupe Palmar fermait ses portes après 35 ans d’existence dans le sillage de l’annonce récente d’Air Mauritius de pertes de presque Rs 1 milliard sur les 9 mois, au 31 décembre 2018. Ce n’est pas très réjouissant tout cela, y compris pour les partisans de la croissance par la consommation qui devront quand même se réconcilier, un jour, au fait, que pour consommer, il faut d’abord produire. Et produire du résultat positivement ! Sauf si l’on croit pouvoir vivre, sans conséquences, du travail des autres…

 Comme nous le rappelait l’économiste Eric Ng récemment, les cigales du gouvernement ont privilégié la dépense, l’endettement et la consommation. Pas l’épargne et la production. Le financement bancaire d’une maison à 100 %, le salaire minimum, l’augmentation des pensions, la dette publique qui grimpe, qui grimpe (au point où le remboursement de nos dettes – à Rs 16,7 milliards en 2020-21 – dépassera alors de Rs 3 milliards le seul budget de la santé ! ), le gouvernement qui emprunte pour financer non plus seules les dépenses d’investissement, mais désormais même une partie des dépenses courantes – pour Rs 6,9 milliards à ce stade, une balance des comptes courants déficitaire à 5,8 % du PIB; tout cela c’est théoriquement supportable si la productivité, la croissance , la production surtout pour l’exportation et éventuellement l’épargne, tout ce qui est plus difficile, quoi… suivent ! En volumes suffisants !

Peu importe l’identité du nouveau gouvernement après les prochaines élections, ce ne sera pas, de toute manière, du gâteau ! Une consolation possible même si improbable : si le Privy Council aura alors suffi pour ramener Pravind Jugnauth au pouvoir, ce sera quand même lui qui devra, à ce moment-là, manger son pain noir ! Avec nous, bien entendu !

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