Air Mauritius : le Panadol ne suffit plus

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Rs 1 milliard. Les pertes enregistrées sur neuf mois par la compagnie d’aviation nationale donnent le tournis à tous les étages du Paille-en-Queue Court.

Les tablettes de paracétamol, mieux connu sous la marque Panadol à Maurice pour sa prescription très répandue surtout dans le service public, ne provoquent désormais aucune réaction chez le patient Air Mauritius (MK). C’est ni plus ni moins que la direction elle-même qui s’en est rendu compte.

Pour empêcher MK de piquer du nez, les capitaines estiment qu’il faudra un remède de cheval. La prescription devrait venir de deux firmes : Capa et PwC. Elles ont été chargées d’ausculter le malade et de venir avec des recommandations. Pour le sauver d’une mort certaine ? Aussi simple que cela ? C’est ce qu’on aurait pu penser. Mais l’histoire et le fonctionnement d’Air Mauritius nous forcent à être plus clairvoyants.

Ce n’est pas gagné d’avance car d’autres avant l’actuelle direction ont été confrontés aux mêmes problèmes. Ce n’est certainement pas la première fois que MK perd de l’altitude. Les bilans financiers sont là pour en témoigner. L’on se souvient qu’en juin 2014, Air Mauritius renouait avec la profitabilité pour la première fois en trois ans.

Le drame, c’est qu’à chaque fois que de tels problèmes ont surgi, les dirigeants de l’entreprise se sont contentés de soins palliatifs. Le fameux 7-Step Plan élaboré avec l’expertise du cabinet américain Seabury pour redresser la barre pas plus tard que cinq ans de cela est là pour nous le rappeler. Pourtant, ce programme avait été présenté comme étant très complexe et avait semble-t-il été décliné en plusieurs phases sur une diversité de services et départements avec pour objectif d’optimiser le réseau de dessertes, les ressources, les actifs et les coûts, ainsi que la qualité du service et la flotte d’avions.

Ne préjugeons pas des recommandations qui seront soumises au conseil d’administration d’Air Mauritius en avril prochain, mais une chose est sûre, et à ce titre Somas Appavou, l’actuel CEO de la compagnie, a raison : le Panadol n’a plus d’effet. Le mal qui ronge le transporteur national est beaucoup plus profond. Et on aurait tort de chercher uniquement du côté des facteurs comme le carburant, le taux de change ou encore la concurrence.

Certes, l’environnement est devenu beaucoup plus imprévisible qu’il ne l’était auparavant – c’est également le cas pour d’autres opérateurs économiques – et la compétition s’est accrue dans le sillage de l’ouverture du ciel, mais à Maurice nous sommes confrontés à un phénomène particulier : l’ingérence politique. Chercher à minorer son impact sur la gestion de MK, c’est condamner la compagnie à vivre éternellement des zones de turbulences.

Eu égard à l’influence de l’État, le principal actionnaire, sur la compagnie, il serait naïf de croire que le conseil d’administration sera en mesure d’assurer sa pérennité rien que sur la base du rapport des consultants. La survie d’Air Mauritius ne sera pas assurée aussi longtemps que les vrais professionnels seront privés de leur liberté d’agir.

Au lieu de politiser les malheurs de MK, une société que les gouvernements n’ont pas manqué de traire comme une vache à lait durant leurs mandats respectifs, il serait temps que tous les partenaires se mettent à assumer pleinement leurs responsabilités. Et partant, trancher une fois pour toutes sur la stratégie de la ligne aérienne nationale afin d’éviter qu’elle ne continue de voler à vue. De toute évidence, cela ne lui réussit pas du tout !

Pour l’État, assumer sa responsabilité pourrait se traduire par un passage en caisse rapidement après que la firme PwC aura examiné les finances d’Air Mauritius. Car il est un secret de Polichinelle que le principal actionnaire n’a pas injecté de capitaux dans la compagnie depuis un quart de siècle.

Du coup, il n’y a pas trente-six solutions. Dans le milieu de l’aviation, les spéculations vont bon train et quatre possibilités paraissent plus évidentes, en attendant bien évidemment le rapport des experts. La plus drastique serait d’envisager carrément la fermeture d’Air Mauritius. La dissolution du holding avec l’État remettant les clefs à un autre actionnaire pourrait également se révéler une option dans la conjoncture actuelle. Tout comme il est possible de réfléchir à une sortie de MK de ses opérations long-courriers avec un recentrage sur le régional. Mais il reste aussi l’option d’une recapitalisation de la compagnie dans le cadre d’un nouveau business model.

Le choix de permettre à la compagnie de poursuivre sa mission de service public, s’il est retenu, coûtera pas moins de Rs 10 milliards car le renouvellement de sa flotte a pris MK à la gorge. Si l’État décide de prendre le pari d’une intervention financière, sa démarche sera viable à moins d’être également le détonateur d’une remise en question du rôle de tout un chacun, étant donné qu’il s’agira ni plus ni moins que de deniers publics. Et personne n’acceptera que l’argent des contribuables soit confié à des administrateurs choisis plus pour leurs affinités qu’autre chose.

Réfléchir à l’avenir de MK, c’est aussi analyser les changements au niveau de l’écosystème local. Il est un fait que pas mal de décisions prises au fil des années ont impacté négativement les revenus additionnels générés par les activités connexes au sol.

Tous, du dirigeant politique aux opérateurs économiques en passant par le public voyageur, ont leur avis sur la meilleure façon de gérer la compagnie d’aviation national. Mais au-delà des clivages, un observateur nous faisait remarquer récemment qu’Air Mauritius est «l’assurance tous risques du tourisme et de la continuité territoriale de Maurice». Vu sous cet angle et face à l’énième crise qui secoue le transporteur national, une question majeure se posera dans les jours à venir dans les plus hautes sphères du pays : Maurice peut-il se passer d’Air Mauritius ?

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