Rivier-Nwar is ‘beautiful’

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Combien d’hôtels encore ? Combien de plages et combien d’espace pour le touriste versus l’habitant ? Quand Monsieur Ivan Collendavelloo traite des militants écologistes du parti progressiste Rezistans ek Alternativ de «saboteurs des projets de développement», ce n’est pas exact, ni correct. Quand, en dangereux manipulateur, le leader du ML salue l’action musclée d’un groupe de soi-disant représentants de Rivière-Noire qui «finn lev ar bann kontestater» du projet hôtelier de NMH à Les Salines, il devient irresponsable et antidémocratique. Les militants de Rezistans ont quand même le droit de s’exprimer si tant qu’on vit toujours dans une démocratie. Venant d’un ancien militant, Collendavelloo s’enfonce dans la mare de ses contractions. Tant pis ou tant mieux !

Qu’on soit d’accord ou pas avec les méthodes et les combats de Rezistans, il faut reconnaître et encourager sa contribution au dialogue nécessaire pour un développement durable chez nous. Puisqu’on ne peut pas compter sur ces politiciens qui ont une durée de vie de seulement cinq ans, il s’avère nécessaire de laisser s’exprimer les sphères et les voix citoyennes. Après leur mandat, les politiciens, disons d’un parti-croupion comme le ML, vont s’en aller, le pays, lui, sera toujours là, dans la même merde. Nos citoyens ne sont plus que des observateurs; ils sont devenus des commentateurs qui dénoncent, sur la Toile et dans la rue, une situation où les inégalités économiques, les injustices sociales, la détresse écologique, semblent pires que jamais. Ces crises exacerbent les tensions, comme on a vu la semaine dernière à Rivière-Noire. De ces échanges, des questions existentielles, par exemple quand un des agitateurs a lancé à Kugan Parapen et ses amis : «Zot ki pou vinn kré lanplwa isi ?!» (Dans un communiqué, Beachcomber parle de création de plus de 600 emplois directs et 2 000 emplois indirects dans les villages de cette partie de l’Ouest.) Le débat autour des wetlands doit cadrer avec nos besoins en développement. Pour cela, il nous faut intégrer les diverses perspectives qui s’affrontent.

Pour gérer les défis communs qui nous guettent c’est-à-dire définir concrètement le type de développement souhaité, la politique sur les wetlands, la surface et le taux de croissance à être attribués aux hôtels par rapport à la population locale en quête d’espaces de loisirs – il faut regrouper, et mettre autour d’une table, non pas sur un ring de boxe comme semble le souhaiter Collendavelloo, des gens de bonne volonté, qui se rendent disponibles pour la société. Lokal, nous dit-on, ne devrait-il pas être beautiful ?

Nous sommes devenus des cigales ! Constat d’un fils du sol. «Baisse du taux d’épargne – faut-il s’en inquiéter ?». Reprenant le titre de l’un de nos articles, publié le 13 février 2014, Eric Ng postule dans son dernier livre, Maurice la cigale, que le point d’interrogation est superflu et qu’il y a tout lieu de s’inquiéter sur notre faible taux d’épargne (un sujet selon lui pas assez traité dans la presse locale), surtout eu égard à la situation en 2019. Faisant des parallèles ludiques mais aiguisés avec les fables de La Fontaine, l’observateur économique fait ressortir que ceux qui ambitionnaient de créer une nation d’entrepreneurs dans le sillage du boom économique des années’ 80, doivent constater, quelque trois décennies plus tard, que «l’île Maurice est devenue plutôt une nation de consommateurs».

Eric Ng précise que «la consommation en elle-même n’est pas un problème, mais c’est le trop qui nuit». L’analyse de notre compatriote est intéressante dans la mesure où il explicite comment le manque d’épargne ne peut être le seul responsable des difficultés économiques actuelles. «La fragilité de l’économie mauricienne est due aux politiques favorisant systématiquement la cigale par rapport à la fourmi. Le pays ne sortira de l’ornière qu’avec une relance de l’épargne, car une reconstitution du stock d’épargne est une condition nécessaire, il est vrai non suffisante, de retrouver une croissance pérenne supérieure à 4 %. Il convient de revenir à une économie fondée sur l’épargne, qui constitue le véritable capital du système économique.»

Le gros du livre d’Eric Ng demeure un réquisitoire, sans concession, qu’on pourrait presque reprocher à l’économiste d’appuyer une politique économique anti-GM : «...l’État ne rate pas une occasion d’écraser les fourmis épargnantes au profit des financiers amoureux de l’argent facile, de sacrifier la poule aux oeufs d’or au détriment des emplois, de jouer au despote bienveillant pour mieux embrigader la liberté d’entreprendre avec ses politiques centralisatrices et interventionnistes, sans pour autant traiter la question environnementale en accord avec l’économie...» Un livre visiblement à contre-courant du discours gouvernemental, une oeuvre engagée, donc forcément subjective, à découvrir, surtout en cette période pré-électorale, où l’économie est rangée aux oubliettes, y compris, peut-être, par la presse…

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