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Le lion n’est pas mort, titre de notre dernier éditorial, publié le 6 février, qui a généré plus de 140 commentaires sur lexpress.mu, et bien plus sur les réseaux sociaux, continue à agiter la Toile mauricienne. Davantage que les débats soutenus sur le nombre de «credits» en SC ou la place des lauréats dans un système éducatif qui exclut, sur le cannabis qui est embarqué sur un «Legalize Tour» de par le monde, ou sur l’interdiction des cigarettes aux prisonniers locaux, ou encore sur le CEB ou la politique énergétique, davantage que la croissance économique ou la «beautiful» initiative de la MCB, le mood dans le monde des affaires, pourtant tous des sujets d’importance nationale, voire capitale, le duel au sommet entre Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth, pour le poste de Premier ministre, vole la vedette et atteint des pics révélateurs de la soif du public. Et provoque surtout des commentaires non inintéressants sur l’avenir politique du pays.

Un régulier commentateur explique d’ailleurs qu’il est tout à fait normal que «la Toile soit en ébullition après un article aussi provocant» car la politique a toujours eu préséance sur les autres dossiers ; c’est elle qui dicte tout : la gouvernance et les scandales, les chasses aux sorcières ou nominations, les projets de loi et règlements, les taxes impopulaires ou les mesures populistes. La politique demeure perçue comme une force pouvant solutionner des problèmes qui nous affectent individuellement (gaspillage des fonds publics, corruption, drogue, law and order, absence d’égalité des chances, développement sauvage). Ils sont de plus en plus nombreux aussi à vouloir se réapproprier la chose politique, «qui permet de libérer le potentiel du collectif et qui nous a été confisquée par ceux qui ont choisi d’y faire carrière et racines».

Bien sûr, parmi les dizaines de commentaires des lecteurs-citoyens, il y a ceux des fans déréglés du leader du PTr ou de celui du MSM, qui, à l’instar de ceux de Liverpool ou de Manchester United, vont voir, crier, boire rouge, peu importe les arguments, bons ou mauvais, mis en avant. Ceux-là sont des die hard, des inconditionnels ou des irrationnels. Ils nous encensent si nos propos leur semblent favorables à leur leader et n’hésitent pas, surtout sous le couvert de l’anonymat, à nous descendre en flèche si nous osons critiquer leur dieu. Ils méritent certainement leur surnom de «dépôt fixe». On ne va pas s’attarder, ici, sur leur cas pathologique. Un exemple : « Your lion is more like a hyena (…) »

Même si elles ne peuvent pas prétendre être issues d’une quelconque étude scientifique, en tant qu’observateurs, les tendances citoyennes nous intéressent, au-delà des individus ou des positionnements ponctuels. Elles nous donnent une indication de ce que pense notre électorat hétérogène, volatil et qui fonctionne souvent par le principe des vases communicants (surtout eu égard au réservoir de votants du PTr et à celui du MSM). Il y a, nous l’avons noté, de plus en plus d’inconditionnels de Ramgoolam qui avaient pris leurs distances du leader des Rouges mais qui, après quatre ans de règne des Jugnauth, préfèrent rentrer au bercail travailliste – en arguant qu’une demi-législature des Jugnauth se révèle pire que deux mandats consécutifs de Ramgoolam sur le plan de la moralité publique. Ceux-là trouvent que le népotisme et l’état de l’économie (d’autant que la promesse d’un second miracle ne s’est pas matérialisée) sont intimement liés. Un internaute, hier pro-Lepep, aujourd’hui anti-Lepep, compare Soornack à Sumputh – et avance que Gayan a fait pire que Navin Ramgoolam qui ne prenait pas l’argent public pour «grassement » payer son amie. Un autre va plus loin en se demandant si Collendavelloo, en nommant Christelle Sohun en Australie, n’est pas allé bien plus loin que Ramgoolam ? À ceux-là, les fans de Jugnauth rappellent les valises remplies emportées par Soornack le soir des résultats en décembre 2014.

L’internaute Rabin, lui, ne partage pas du tout notre avis et lance : «I am ashamed and disgusted to read your piece. With these kinds of promotion we will always have a Jugnauth/Ramgoolam PM or a particular community to rule and divide.» King en rajoute une couche : «On a l’impression que vous sombrez dans le fatalisme. La presse n’estelle pas supposée se comporter en contre-pouvoir et alimenter le débat pour déboucher sur une société meilleure ?» Tandis que Mooroogen postule que «Nad is absolutely right : this is real politics. You can be in illusions, have utopic visions, but the reality on the ground is absolutely different»; ce qui rejoint notre réponse : «Stating realpolitics to explain the angle of this op-ed does not mean that we are for that type of politics. Realpolitics refer to politics based on the practical rather than moral or ideological considerations.»

***

Pourquoi devrait-on s’intéresser à la politique quand c’est toujours la même chose ? Plusieurs internautes ont compris que dans le sens large du terme, la politique permet de nous évader de notre situation insulaire avec nos petits princes et dynasties locaux. Elle permet aussi de relativiser l’exercice du pouvoir tel qu’il se pratique chez nous depuis, disons, ces 50 dernières années. Ainsi cette question revient sans cesse : avons-nous réussi notre parcours ou processus de décolonisation ou sommes-nous tout simplement en train de reproduire la recette du divide and rule que nous ont léguée nos anciens colonisateurs ?

À Maurice comme ailleurs, nos citoyenscommentateurs observent et dénoncent une situation où les inégalités économiques, les injustices sociales (qui favorisent le trafic de drogue et la mise en place des réseaux mafieux), la détresse écologique sont devenues pires que jamais. Ces crises exacerbent les tensions – et la Toile reflète bien cela. Pour affronter les défis, il existe, certes, sur la Toile et dans la rue, des gens de bonne volonté, qui pourraient se rendre disponibles pour la société. Pour cela, il faut impérativement repenser la politique et réformer le système, au-delà des clichés. Dommage que la motion d’Alan Ganoo sur le nombre de mandats du Premier ministre n’ait pas provoqué davantage de débats. Pourtant, c’est la base même du problème politique de chez nous. Le hic : les propriétaires de partis ne veulent pas remettre en question leur modus operandi. Et c’est ainsi que l’on se retrouve en campagne électorale de manière quasi permanente. «Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.» Ces mots de Jean Jaurès, rappelés par un lecteur, ponctuent bien les commentaires de bien d’autres, qui oscillent, dans leurs propos, entre réforme et révolution, misant souvent sur la première pour atteindre la seconde. Et au lieu de ressasser notre déficit de vision stratégique, nos éditoriaux tentent de proposer, humblement, des clefs pour réinventer la façon de faire la politique en nous basant sur trois piliers institutionnels : la légitimité de la fonction politique, son rapport à l’économie et son rapport aux citoyens…

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