Notre beautiful panier percé

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La MCB serait-elle devenue poète ? Notre économie serait, dit-elle dans son rapport Lokal is Beautiful, un «panier percé». Nous travaillons. Nous vendons. Les devises à peine entrées dans les caisses repartent bien trop tôt, dit-elle.

Au niveau du pays, des fuites de devises, il commence à en avoir un peu trop. Ce n’est pas qu’il n’y en avait pas autrefois. Mais qu’on s’en souciait moins. Le pays avait souscrit sans réserve à un modèle de croissance par les exportations. Les entreprises qui vendaient sur le marché local étaient, quant à elles, priées de faire aussi bien que leurs concurrents étrangers; ou de fermer boutique. Si bien que les anciens champions de la diversification de l’économie des années 70 sont allés au Sir Harilal Vaghjee Hall à la veille des budgets dans les années 90-2000 comme on va à confesse : avouer leurs péchés, demander des dérogations pour mieux recommencer au sortir du confessionnal.

Et voila qu’on leur découvre à nouveau des airs de sainteté. N’est-ce pas merveilleux ? Surtout quand le consultant qui le dit s’appelle Utopies.

Mais d’utopie, il n’y en a point. Ce changement de cap dans le discours est davantage à mettre en relation avec la «nouvelle réalité» que les économistes de la MCB évoquaient en novembre dernier. Quand ils disaient que le pays était confronté à des «insuffisances non-négligeables qui portent sur la résilience, la qualité et la durabilité de sa trajectoire de croissance».

Le calcul est vite fait. Une croissance de 3-4 %, cela voudrait dire doubler la taille de notre économie d’ici 2035. Si le prix du t-shirt n’augmente pas, si le prix de la nuitée en chambre d’hôtel n’augmente pas, si les prix des services financiers internationaux sont plafonnés, cela veut dire qu’il faut produire deux fois plus en quantités physiques. Deux fois plus d’usines, deux fois plus d’hôtels, deux fois plus de bâtiments à Ébène, deux fois plus de catamarans sur les îles, deux fois plus de voitures sur les routes, deux fois plus de maisons pour les étrangers.

Dans ce rapport, la MCB a le mérite de poser la question : «Is Mauritius able to double industrial exports, tourism flows and financial activities in a few years?».

Si la réponse est non, cela veut dire que notre système économique ne marche plus. Qu’il a atteint ses limites. Qu’il faut en inventer un autre. En d’autres temps, ça s’appellerait faire la révolution. Mais ce serait de mauvais goût pour une banque...

Pour autant, les appels au changement, la MCB les entend malgré elle. À chaque lecture des rapports macroéconomiques qui nous disent que notre balance commerciale est dangereusement déficitaire : 6,5 % du PIB en 2017. Un déficit compensé, pour l’heure, par des flux de devises offshore. Ils pourraient s’assécher dès avril 2019, quand les dernières gouttes des avantages du traité de non-double imposition avec l’Inde seront distribuées.

Alors oui, il y a des réserves en devises. De l’équivalent de près de neuf mois d’importations. Bien suffisantes pour éviter un crash brutal, soutient la Banque de Maurice. Mais des réserves restent des réserves : épuisables, par définition. Utiles pour une transition, le temps de réinventer un nouveau système.

C’est ce que propose la MCB : reconstruire l’économie sur un concept de la localité, du circulaire. Un concept qui maintiendrait les devises dans le système économique pour plus longtemps. Souhaitons-lui bonne réussite, le pays lui en serait reconnaissant.

Reste à convaincre les décideurs. Pour l’heure, l’ancien modèle est encore tenace. Si bien qu’à l’aune du beautiful, le soley lokal et labriz lokal ne brillent pas autant que le gaz naturel du Mozambique. Et que nous nous apprêtons à investir Rs 8 milliards pour percer le panier d’une fuite de devises.

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