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Le CEB a été au centre de l’actualité ces dernières semaines pour deux raisons. D’abord à cause des grandes chaleurs, doublées d’humidité élevée, qui auront mené à des pics d’utilisation d’énergie, notamment par climatiseurs interposés. Ainsi le pic de 492,7 mégawatts (MW) atteint le 22 janvier dernier. Ensuite, à cause du projet LNG (Liquid Natural Gas) dit de «combined cycle» (CCGT) estimé à Rs 8 milliards, qui a d’abord vu l’allocation du contrat à la firme grecque Metka, décision renversée par la suite, sur protestation des concurrents et une «réflexion» après coup, quelque peu suspecte, au PMO. Deux ans après pour être exact !

Se pose ainsi à nouveau toute la question des besoins énergétiques du pays qui ne peuvent s’analyser qu’en tenant en ligne de compte que le CEB doit à la fois assurer les besoins «fermes» (base load) grandissants, les pics d’utilisation, tout en atteignant l’objectif, à l'horizon 2025, de 35 % d’énergie renouvelable ! L’équation n’est déjà pas simple, mais il semblerait que l’on soit parfaitement capable de la rendre plus compliquée grâce à des bagarres d’influence de toutes sortes et une absence de rationalité rigoureuse au profit du pays.

D’abord quelques faits incontournables. Les projections du CEB (IEP 2013-2022) faisaient voir une estimation de demande de 574 MW en 2022. Nous ne savons pas si ces chiffres ont été révisés depuis, le dernier bilan sur le site du CEB datant de… 2015. Cependant, la capacité actuelle de production du CEB est de 441 MW et les IPP ont des capacités de 164 MW après l’arrêt de la centrale de 22 MW de Beau-Champ. Il y a donc, a priori, plus de 600 MW de capacité disponibles, mais il est nécessaire, par prudence, de ne pas compter sur ce chiffre puisqu’il faut y retrancher une centaine de MW pour anticiper les pannes possibles et les travaux de «maintenance» nécessaires aux centrales. Il resterait alors 500 MW disponibles de manière fiable, ce qui est bien proche des pics d’utilisation que l’on connaît ces jours-ci.

Cependant, avant d’en arriver à la nécessité ou non des 70 MW du CCGT – qui est un projet a priori intéressant, puisqu’il recycle sa chaleur produite – il est permis de poser deux questions. D’abord, pourquoi ne pas avoir renouvelé le contrat de fourniture de l’IPP de Beau-Champ (Alteo) de 22 MW ? Leur a-t-on fait une offre qu’ils ne pouvaient pas accepter ? Ensuite, pourquoi refuser d’envisager la suggestion de l’ingénieur Jean Roland Fayolle qui soulignait (l’express du 26.12.2018) que l’industrie et l’hôtellerie mauriciennes ayant investi, par nécessité cyclonique, dans des générateurs de dépannage de quelque 100 MW qu’il faut occasionnellement faire rouler de toute façon, auraient pu être sollicitées de manière utile, d’autant plus logiquement aux moments de pointes d’utilisation ! Peut-on nous rassurer que ces options rationnelles n’aient pas été, une fois de plus, écartées sur des arguments émotionnels du type «bann-la» et de «nou bann» qui finissent, bien évidemment, par plomber la productivité nationale en favorisant la sous-utilisation des capacités déjà disponibles et donc… le gaspillage ? Où est l’analyse «Cost/Benefit» de la Banque mondiale ? Encore des rapports confidentiels que, ô miracle, seuls peuvent comprendre ces humains que nous transformons en surhommes, chaque cinq ans, grâce à la potion magique de nos votes ?

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Deux thèses s’affrontent sur toute cette question de résultats du SC. Celle du lobby cœur du «maximum de chances à tous» et celle qui, plus cartésienne, constate les dégâts et le gaspillage d’une politique générale de 3 «credits» au SC et prône une approche de «horses for courses». Entendons-nous. L’égalité n’existe pas. L’égalité des chances est souhaitable en toute circonstance. La discrimination positive pour compenser les défavorisés est recommandable, au moins périodiquement, mais n’est pas sans conséquence.

Les examens sont prescrits pour faire le tri. C’est leur raison d’être. Ils ne s’inscrivent pas dans la philosophie du dodo dans Alice aux pays des merveilles, qui, après son «Caucus race» où tous les concurrents couraient dans toutes les directions, en s’arrêtant là où ils voulaient, quand ils le voulaient, décrétait magistralement : «Ils ont tous gagné, ils méritent tous un prix !» D’ailleurs, les candidats qui obtiennent 8 «crédits» sont bien mieux cotés que ceux qui en obtiennent, disons, 3, et les probabilités sont très élevées qu’ils auront, par la suite, plus de chance de décrocher un bon HSC et un diplôme de bonne facture dans une université mieux notée. Le problème avec la démocratisation de l’éducation c’est l’illusion que nous serons tous logés à la même enseigne ! Or si 8 «credits» valent mieux que 3, il est également vrai qu’un BSc 2(2) de l’UTM, mettons, ne vaut pas un BSc 2(2) de LSE ! Alors, des aspirations comme «un diplômé par famille» ou l’université pour tous, valent-elles le coup si le tri va se faire de toute façon, si tous les diplômes ne se vaudront pas et s’il fallait comptabiliser les déceptions de ceux qui ne «réussiront» pas, malgré les espoirs engendrés ?

The Economist rappellait récemment que l’université française qui est la plus «ouverte» d’Europe, et ce depuis Napoléon, n’assure pas plus de mobilité sociale que des universités dont l’accès est plus compétitif, comme ceux de la Norvège. Un des problèmes qu’il ne faut pas négliger, c’est que la quantité ne peut pas remplacer la qualité et que dans la démocratisation de l’éducation, il est difficile d’assurer le même niveau d’éducation partout, voire même improbable d’offrir une meilleure éducation là où les élèves sont plus faibles, ce qui aurait été pourtant logique ! Notons aussi que la révolution des MOOC (Massive Online Open Courses) existe déjà. Une éducation universitaire de première qualité, ouverte à tous, pareils, gratuitement, c’est déjà une réalité et n’importe qui (3,5 millions l’on déjà fait !) peut accéder, par exemple, à bien plus que 100 cours du MIT, la toute meilleure université du monde ! Alors de qui se fout-on dans les guéguerres de clocher et de gratuité qui nous occupent alors que l’on peut déjà, directement et gratuitement, accéder à tous les meilleurs savoirs du monde ?

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Le 1er «commandement» du manifeste de Lepep, présenté en novembre 2014, se lit comme suit : «Nous gouvernerons pour le peuple, avec le peuple et dans l’intérêt de toute la nation, pas pour nous, ni pour un petit groupe d’amis, d’agents politiques, de copains ou de copines.» On en a eu les larmes aux yeux. Ça allait donc être différent !

Après Sumputh, Choomka, Boygah, Hanoomanjee, Bhujohory, Teeluckdharry et tant d’autres, on a eu droit cette semaine à la visite d’Akilesh Deerpalsingh, bras droit de Roshi Badhain, à l’ICAC. Il y racontait le recrutement de 24 personnes sous contrat au ministère de la… Bonne gouvernance : «C’est comme la nomination du directeur de l’ICAC, nommé sous l’autorité du PM, sans aucun exercice de sélection» rappelait-il. Et toc ! Pour faire bonne mesure, il déclarait que Pravind Jugnauth, alors ni PM, ni ministre des Finances, était intervenu «dans son dos» pour caser le fils du ministre Gungah, le gendre de l’ambassadeur Khemloliva (membre du MSM) et la belle-fille de l’actuel secrétaire du Cabinet, Ballah, proche de la famille Jugnauth. Vishnu Lutchmeenaraidoo y rajoutait apparemment sa nièce. C’était à peine quelques semaines après la parution du manifeste ! 

Et c’est qui les pourritures, déjà?

La presse qui relaie ces informations ?

Oui, il faut les boycotter, ces salauds ! 

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