Les ‘sachants’ se reconnectent

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«Partout dans nos démocraties, la tension des peuples qui monte est une insatisfaction sociale, économique, morale et démocratique.» Ces propos d’Emmanuel Macron, du Caire du Caire, où il se trouvait, dimanche dernier, intriguent.

Est-ce un tournant dans la conception du pouvoir par le président français ? Les questions fusent. D’autant plus qu’il avait émis le souhait, alors qu’il n’était qu’un simple candidat, d’incarner «ce président jupitérien dont la France avait besoin». Or, les gilets jaunes sont passés par là, forçant le dieu romain à redescendre sur terre.

Nouveau coup de com de la macronie ou réelle prise de conscience ? Ceux qui s’interrogent toujours devraient s’attarder sur cette autre phrase du chef de l’État français : «Je prends très au sérieux ce moment que nous vivons. Je ne sais pas aujourd'hui ce qu'il donnera. Ce que je sais, c'est que j'en tirerai des conséquences profondes». Clairement, nous assistons à un changement de trajectoire. Bien évidemment sous la contrainte, non pas par les forces armées mais tout simplement par la pression de la rue.

De plus en plus, les populations à travers le monde sortent les crocs et obligent leurs dirigeants à se reconnecter avec une réalité qu’ils ont eu tendance à ignorer une fois aux affaires. Même les institutions multilatérales ont senti le danger. Vous l’aurez certainement remarqué : les discours sur l’austérité ont pratiquement disparu des prompteurs. Désormais, il est question de favoriser, urgemment de surcroît, une croissance plus inclusive.

Cette posture trouve écho même à la London School of Economics. Pas plus tard que décembre dernier, Nemat Shafik soulignait avec raison que «nous traversons une époque d’insécurité et les valeurs que sont la démocratie libérale, le libéralisme économique et un système international fondé sur des règles suscitent le rejet, alors même qu’elles ont été un vecteur de progrès pour l’immense majorité de la population».

Et de remarquer que «le mécontentement s’est nourri des peurs engendrées par le ralentissement du progrès économique, en particulier dans les pays avancés, la stagnation de la productivité et la mobilité sociale, tandis que les évolutions démographiques et technologiques alimentent les craintes pour l’avenir».

Face à la colère populaire, la directrice de la London School of Economics and Political Science plaide donc pour un nouveau contrat social. Cela, afin d’apaiser les tensions, de redonner confiance et finalement de permettre au citoyen de s’adapter dans cette ère nouvelle.

La défiance à l’égard des ‘sachants’ ne date pas d’hier. France Stratégie s’est même permis d’analyser la méfiance que suscitent les élites. La conclusion du think tank, selon un rapport consulté par Libération, est simple : il faudrait composer avec la défiance au lieu de chercher à la combattre.

À Maurice, nous n’avons malheureusement pas encore compris l’enjeu. Pourtant, il est évident : le citoyen a le droit de savoir. Il est dans l’ordre des choses en démocratie que le peuple réclame plus de transparence et de redevabilité de la part de l’élite dirigeante.

Certes, nous n’avons pas connu des épisodes comme les gilets jaunes, mais il ne faut pas tenter le diable!                                                                                                                                                                               

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