Lokal is nécessaire !

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L’initiative de la MCB de réfléchir à ce qui peut aider à la dynamisation du pays et au progrès «beyond numbers» de sa population est une véritable avancée.

Au-delà des mots galvaudés que sont nos prétentions de «hubs» ou «pillars» ou les débats de clochers sur le taux de croissance exact, le rapport du cabinet Utopies, commandité par la banque principale du pays, rappelle quelques vérités fondamentales et suggère une piste réaliste. Ce rapport est sans prétention non plus dans le sens qu’il ne propose pas une alternative à l’action gouvernementale, mais juste un complément, en faisant un diagnostic implacable : l’effet multiplicateur local qui découle des revenus extérieurs du pays est en baisse de 25 % entre 1995 et 2015 et de 35 % sur 20 ans et s’accélère donc.

Cela n’est pas directement écrit dans le rapport, mais si cette tendance est maintenue, il va évidemment devenir de plus en plus difficile d’améliorer nos ordinaires, et d’aspirer à des PIB/tête élevés, grâce au seul effet des revenus générés en devises par le pays ! (3,42 Mds USD en 2015, hors revenus offshore) 

En effet, nos principales sources de devises sont toutes, à divers degrés, en difficulté relative ou pas loin de l’être.

Le secteur sucrier respire très mal. Si le gouvernement a fait de bien belles acrobaties pour garder les revenus des petits planteurs au moins au-dessus de leurs coûts de production (vote rural oblige), le traitement n’est pas étendu à tous et ce ne sera pas sans conséquence pour les gros producteurs, dont les usines saignent de lourds déficits, à moins que le masochisme ne soit devenu la dernière initiative du management tropical. D’autant que les concurrents, européens, brésiliens, indiens ou australiens, sont plus efficients à cause des économies d’échelle ! Un espoir demeure, cependant, du côté des sucres spéciaux, encore que l’avance actuelle dans les techniques de production ne sera pas éternelle.

Pour la pêche, il faut reconnaître que nous sommes encore à l’économie de la cueillette dans des océans qui sont encore très largement pillés, comme l’ont toujours été les biens communs (commons). Le résultat ? De plus en plus de surpêche et des risques grandissants de ressources inadéquates ou imprévisibles. «Lokal is Beautiful» souligne à cet effet qu’en 2015, 88 % des 111 M USD de poissons exportés étaient en fait… réexportés et que seulement 25 % des besoins de l’île sont couverts localement !

Le secteur textile a cessé de croître depuis un temps déjà et si c’est probablement le secteur où les gains de productivité, notamment de la main-d’oeuvre, ont été les plus importants du pays, cela n’a pas toujours été suffisant pour assurer une compétitivité digne de ce nom face à la concurrence. La roupie relativement forte n’a pas aidé. On peut actuellement difficilement décrire ce secteur comme un secteur d’avenir. D’ailleurs, les plus gros groupes locaux, Floréal, CMT et autres, se sont déjà largement externalisés vers d’autres pays incluant l’Inde, le Bangladesh et Madagascar, à la recherche du Graal compétitif que notre pays n’assure plus suffisamment.

Hors offshore, qui a ses propres épiphanies à l’horizon, la 4e source de devises du pays est le tourisme qui carbure bien en chiffre d’affaires et en nombre de touristes mais moins bien au niveau de la rentabilité. Le secteur fait aussi face aux défis neufs et non négligeables d’Airbnb et voit monter la pression locale pour la préservation d’un maximum de nos ressources côtières, dont les limites d’absorption ont été plusieurs fois déjà évoquées. À ce titre, est-ce vraiment bien avisé cette récente invitation à projet du gouvernement pour les 410 arpents de Palmar, dont la beauté sauvage fait encore actuellement partie des rares atours immaculés du pays ?

Ce qui semble évident, surtout avec en toile de fond une productivité nationale à la traîne des avancées salariales, c’est que les grosses tétines de l’économie qui nous alimentent en devises pour que l’on puisse continuer à vivre au niveau actuel n’ont pas des avenirs particulièrement roses, si rien n’est fait.

Ce qui est certain, par contre, c’est qu’une économie se nourrit mieux de ses cohérences que de ses incohérences et que les maîtres mots de nos avenirs communs devraient donc tous s’aligner et ne pas contredire la méritocratie, le moins d’inégalité, de la meilleure gouvernance à la tête politique du pays, des institutions libres, audacieuses et agissantes et l’ouverture du pays sur l’immigration à bonne valeur ajoutée plutôt qu’à une démographie locale accélérée. En effet, importer des compétences et des pouvoirs d’achat déjà faits nous évitera au moins d’encore dépenser socialement dans des services qui sont loin d’avoir fait leurs preuves, 50 ans après l’Indépendance, comme typifiés par l’éducation à 3 SC credits ou l’hôpital «tir kart». Sans compter que cela devrait permettre de mieux se focaliser sur ceux à qui il faut évidemment offrir de bonnes échelles de sortie de leurs conditions précaires présentes.

La piste suggérée par la MCB est de favoriser plus de «maillage» local et ainsi d’encourager une île plus «fabricante», plus «circulaire» et plus digitale. Ce n’est pas gagné d’avance, mais il faut essayer. Car, comme souligné, si l’on veut doubler le revenu/tête avec la tendance actuelle de l’effet multiplicateur, il faudra plus que doubler nos exportations, nos flux touristiques et nos activités financières jusqu’en 2030-35. Par contre, à horizon 2025, seulement 50 % d’augmentation de ceux-ci serait requis si le multiplicateur local peut être amélioré de 25 %… Bénéfices subsidiaires : moins d’inégalités et moins d’empreintes carbone liée notamment aux importations.

En lisant ce rapport (lokalisbeautiful.mu), on nous souligne aussi quelques vérités oubliées. Par exemple, que nous POUVONS faire plus pour réduire notre dépendance sur quelques-unes de nos plus grosses importations. Le métro devrait d’ailleurs, si ça marche, déjà aider à réduire notre note pétrolière ainsi que les importations de voitures. Cette note pétrolière baissera encore plus si l’on accélère rapidement la production d’énergie renouvelable. On aurait peut-être aussi intérêt à freiner le béton et favoriser le bois dûment adapté pour les défis climatiques qui arrivent . Autre vérité : nos exportations n’ont pas tous le même degré de valeur ajoutée locale. Parmi les industries faiblardes à ce niveau, le textile, puisque nous ne produisons ni coton, ni laine. Et si on réfléchissait sur une industrie textile en partie basée sur le chanvre ? Ce serait un «plus» lokal conséquent qui serait en phase avec des marchés intéressants en quête de nouveautés et de distinctif !

Je me permets d’insister. Si nous sommes agiles, une industrie du chanvre nous ouvrirait les marchés qui dépénalisent le cannabis, ceux qui, de plus en plus, s’activent sur son utilisation médicale (avec ses labos d’extraction et ses usines d’empaquetage), remplacerait utilement les terres plus marginales abandonnées par la canne, fournirait la lignine renouvelable qui aiderait à produire l’énergie du pays, éviterait ainsi des importations coûteuses d’huile lourde, de charbon et de gaz… Et si, en plus, le chanvre nous apportait plus de valeur ajoutée à nos exportations textiles (des variétés de chanvre à faible teneur de THC existent et se plantent déjà ailleurs* !), qui sommes-nous pour cracher dessus ?

L’alternative, c’est quoi pour nous ? Plus de «maillage» avec les Sobrinho de ce monde ?

Espérons que le Premier ministre, de retour de son Mêla, ait – et soit – bien inspiré ! 


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