Republic is banana Justice, Privy Council

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Le mardi 8 janvier 2019, le jour même où l’express annonça en primeur que l’Independent Commission against Corruption (ICAC) avait fait une «indécente volte-face» dans l’affaire MedPoint, des médias pro-gouvernementaux glamourisaient un certain Rikesh Ballah, nommé consul de la Moldavie à Maurice.

L’ICAC qui avait soutenu les poursuites contre Pravind Jugnauth dans l’affaire du décaissement de fonds à l’intention des propriétaires de la clinique MedPoint dont la sœur du Premier ministre, Shalinee Malhotra, a décidé au dernier moment de soutenir le Premier ministre devant le Conseil privé de la reine. Pour nombre d’observateurs, cette volte-face de l’ICAC à moins de deux mois avant que l’affaire ne soit entendue à Londres était digne d’une république bananière.

République bananière mais le dernier recours juridique reste le Privy Council de la reine. C’est un paradoxe inégalé parmi les pays pour qui le Privy Council reste l’instance d’appel primordiale. Finalement, si Maurice n’avait pas un Directeur des poursuites publiques (DPP) indépendant et le droit de contester des jugements auprès du Conseil privé de la reine, le pays aurait complètement basculé dans la catégorie des républiques bananières du tiers-monde. Toutefois, l’édification d’une république bananière se fait inéluctablement et systématiquement. Sinon comment expliquer cette nomination diplomatique de Rikesh Ballah comme consul honoraire ?

Cette république d’Europe orientale n’a-t-elle pu trouver un autre Mauricien compétent pour ces fonctions sur une population de 1,3 million ? À l’occasion de cette nomination du consul de la Moldavie, le ministre des Affaires étrangères de ce pays, un certain Tudor Ulianoschi, de passage à Maurice, a organisé une réception à l’hôtel La Pirogue. Le ministre mentor et lady Jugnauth ont assisté à la réception. Aussi présents, les ministres Vishnu Lutchmeenaraidoo et Anil Gayan. Si le ministre des Affaires étrangères avait l’air cool – il est après tout un adepte de la méditation –, le ministre du Tourisme ne semblait pas être dans son assiette. On peut comprendre son attitude. Ce n’est pas tous les jours que le majestueux Gayan est contraint de se déranger pour faire plaisir à ce qui semble, à première vue, n’être qu’un petit consul. Mais ce n’est pas un consul comme les autres. Il a toute la puissance du clan royal derrière lui, au point de foudroyer l’arrogance habituelle d’un Gayan.

Ce Rikesh Ballah, tout comme l’autre Ballah, Nayen Koomar, est un cousin de lady Sarojni Jugnauth. Nayen Koomar, lui, occupe la position la plus importante dans la fonction publique. Il est le chef des 83 000 Mauriciens qui sont employés par l’État ou les entités publiques. En tant que secrétaire au cabinet, Nayen Koomar Ballah joue aussi le rôle de courroie de transmission entre les différentes institutions de l’État et le Conseil des ministres. Toutes les décisions ministérielles passent par lui.

La Moldavie n’est pas une superpuissance mais dénicher un consul si important constitue un exploit pour ce pays relativement arriéré d’Europe. Le cas Rikesh Ballah illustre parfaitement ce phénomène sans précédent d’accaparement des institutions par un clan. Un autre cousin de lady Jugnauth occupe les fonctions de haut-commissaire de Maurice à Londres. Il s’agit de Girish Nunkoo. C’est le poste le plus prestigieux dans le service diplomatique mauricien. Inutile de revenir avec tous les cousins, cousines, neveux et nièces qui ont été introduits comme décideurs dans les institutions et compagnies d’État les plus stratégiques du pays. La speaker elle-même est une cousine.

République bananière avec le népotisme sans complexe comme moteur mais le Conseil privé comme dernier recours juridique. Un événement historique va se produire devant cette instance judicaire, le mardi 15 janvier, quand elle décidera du sort du Premier ministre, du véritable détenteur du pouvoir de cette République. Comme pour boucler la boucle, l’affaire même a pour toile de fond un cas de népotisme allégué. Cela concerne une transaction financière entre l’État et deux proches du Premier ministre, propriétaires effectifs d’une clinique privée acquise par le gouvernement. Que le Premier ministre sorte grand vainqueur de cette épreuve – ce qui semble de plus en plus plausible – ou qu’il affronte un verdict défavorable, on réfléchira longtemps encore sur le phénomène du népotisme dans les mœurs d’une république bananière.

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