Vision étriquée

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Le 14 décembre 2006, le défunt Board of Investment et le Mauritius Research Council dévoilèrent les contours de la Land-Based Oceanic Industry au centre de conférence Swami Vivekananda à Pailles. L’objectif : développer une nouvelle industrie génératrice de richesses à partir de l’océan afin de créer des emplois directs et indirects.

Douze ans après, nous guettons toujours l’horizon dans l’attente de voir le début des travaux d’une industrie dont on nous disait à l’époque que les produits seraient destinés principalement à l’exportation, mais aussi aux touristes et au marché local.

Calqué sur le modèle d’Hawaï, le projet mauricien se voulait plus novateur. Du moins selon ce qui nous avait été expliqué en 2006. D’ailleurs, la Newsletter du 23 mai 2007 du Mauritius Research Council était très explicite : «… the innovation in the proposal for Mauritius lies in the manner in which the various applications can be integrated such that the resulting system is technologically synergistic and highly profitable, while remaining environment friendly, and creating significant employment both upstream and downstream».

En dépit d’aucune avancée majeure, l’espoir était toujours de mise. Surtout lorsqu’une filiale de Sotravic, Urban Cooling Ltd, obtint en 2015 une concession du gouvernement pour mettre en chantier le projet Deep Ocean Water Applications (DOWA). Le Premier ministre d’alors, sir Anerood Jugnauth, devait d’ailleurs dire tout le bien qu’il pensait du DOWA estimant qu’il changera non seulement le paysage du développement durable à Maurice, mais aussi qu’il permettra la création d’un secteur économique à part entière.

Avec l’engagement du gouvernement de réduire les gaz à effet de serre de 30 % d’ici à 2030, ce projet ne pouvait pas mieux tomber. D’autant plus qu’il aurait aidé, selon les calculs datant de trois ans, à réduire l’émission de carbone du pays de 41 700 tonnes par an ainsi que la dépendance de l’énergie fossile. Car le but consistait à climatiser quelque 65 bâtiments de la capitale. À terme, le DOWA aurait permis à l’État d’économiser Rs 175 millions annuellement.

À l’image de la Land-Based Oceanic Industry qu’on nous avait vendu à grand renfort médiatique, notre structure économique est aujourd’hui dans la même impasse. Elle n’a pratiquement pas évolué durant la dernière décennie. Cela en dépit des beaux discours et de la fameuse analogie de Rama Sithanen avec la table à plusieurs pieds. De pieds, il n’y en a pas eus de nouveau. En revanche, certains secteurs traditionnels ont été contraints de s’ajuster pour ne pas disparaître de la scène économique. Le sucre, pris dans la tourmente actuellement, et le textile-habillement en sont des exemples.

Aussi longtemps que nous n’aurons pas un cadre régulateur approprié et la volonté politique nécessaire, nous continuerons à contempler l’océan à la recherche de baleines. C’est triste d’avoir à le dire, mais c’est ce que nous avons été réduits à faire car celui qui est supposé structurer et piloter toute la stratégie sur l’économie bleue est en panne d’inspiration. À se demander si le ministère de l’Économie océanique ne devrait pas finalement rependre son appellation initiale, soit celui de la Pêche !

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