Attirer des compétences ?

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La nouvelle est tombée la semaine dernière. Sridhar Nagarajan, celui-là même que le board de la MauBank a contraint au départ le 24 août dernier comme Chief Executive Officer, a été nommé directeur exécutif de SGG Mauritius, la multinationale luxembourgeoise qui a racheté l’année dernière Cim Global.

Simple nomination comme on en voit tous les jours diriez-vous, mais qui se veut un «blessing in disguise» pour ce banquier de réputation internationale qui, aux yeux de certains au ministère des Finances, n’était pas à la hauteur pour poursuivre la restructuration de l’ex-MPCB, étranglée sous le poids des prêts toxiques.

On ne saura peut-être jamais les vraies raisons ayant motivé des proches du Bâtiment du Trésor à convaincre le Grand argentier que cet homme doit quitter la MauBank Tower. Est-ce qu’il est devenu subitement incompétent aux yeux du pouvoir ? Ou serait-ce pour d’autres raisons inavouables ?

Sacrifié aujourd’hui par le gouvernement pour des raisons encore obscures, Nagarajan est aujourd’hui récupéré par le privé où il pourra exercer ses compétences à Maurice et en Afrique. Un exemple parmi tant d’autres qui traduit l’incompréhension, voire l’irrationalité de certaines décisions pouvant, certes, apporter quelques votes aux princes du jour mais qui, au final, privent le pays de compétences rares, mais nécessaires pour propulser Maurice à un nouveau palier de développement.

Elle est longue la liste de ceux ou celles qui ont été contraints, sous différents régimes, à débarrasser le plancher ces dix dernières années, voire plus. Souvent pour des raisons politiques où les intérêts des uns ne rejoignent pas forcément ceux des autres.

On a tous en mémoire les conditions de l’exit de Megh Pillay du Paille-en-Queue Court en octobre 2016. Ce fin gestionnaire a dû subir l’humiliation de certains sbires du Board, devenu aujourd’hui une boîte de résonnance pour l’alliance Lepep. Parce qu’il a osé mettre au pas des hauts cadres, proches de l’entourage du Premier ministre, qui voulaient s’octroyer certains pouvoirs.

Résultat des courses : Megh Pillay a dû partir, humilié et frustré, sans avoir pu mettre à exécution son plan de restructuration qui aurait permis à MK de faire face à la concurrence de certains opérateurs, devenus entretemps des prédateurs pour la compagnie aérienne au lieu d’alliés stratégiques. Aujourd’hui, il voit impuissamment l’institution sombrer dans des zones de turbulence, perdant tout le prestige et l’auréole d’une compagnie qui faisait jusqu’à tout récemment la fierté de la région. La compagnie nationale est prisonnière d’une petite clique de nominés politiques manquant cruellement de vision et de sens de leadership qui lui aurait permis d’opérer dans un environnement hostile à l’échelle régionale et internationale.

Avant Megh Pillay, il y a d’autres fils du sol qui ont été appelés à plier bagage sous des pressions sociales, voire électoralistes. Ali Mansoor, secrétaire financier au ministère des Finances en octobre 2013 avait été contraint de démissionner pour sa politique économique, jugée trop libérale aux yeux de certains syndicalistes qui avaient trouvé grâce auprès des dirigeants de l’époque. En 2010, quelques mois avant les élections, Rama Sithanen, ministre des Finances, l’architecte de la grande réforme économique de 2006, dont on récolte encore les fruits, avait été contraint de quitter son parti.

On peut se poser la question de l’agenda de ceux qui ont pu faire partir Mansoor. Ce dernier est venu à Maurice en 2006, sacrifiant sa carrière internationale au FMI, à la requête de son camarade de fac, Rama Sithanen, pour y être son secrétaire financier. Ils se connaissent pour avoir été ensemble à la London School of Economics. On peut ne pas être d’accord mais il y a économiste et économiste et tous ceux qui ont connu les bancs de cette prestigieuse université britannique n’ont pas nécessairement la clarté d’analyse d’un Sithanen ou d’un Mansoor.

On peut tout aussi s’interroger sur les raisons ayant pu forcer le gouvernement d’alors à révoquer Jyoti Jeetun comme Chief Executive Officer du Sugar Investment Trust en août 2005. Puis, il y a Karuna Bhoodjedur- Obeegadoo qui, dégoûtée par les pressions politiques en 2015 pour que la SICOM soit l’actionnaire de certains canards boiteux, a décidé de tirer sa révérence en 2017. Aujourd’hui, elle met ses compétences actuarielles au service d’une brochette de clients canadiens.

À un moment où le pays multiplie les démarches pour s’ouvrir aux étrangers, l’histoire retiendra aussi que le pays a connu, comme Nagarajan, d’autres étrangers valables pour redresser les institutions du pays. À l’image de Bert Cunningham (douane), Conrad Morgan (UoM), Lance Wickman (EM), Bill Duff (prisons), Philip Cash ( AML) ou encore Donna Leclerc au CEB. Ils ont dû partir parce qu’ils faisaient de l’ombre à ceux qu’ils avaient remplacé ou parce qu’ils devaient subir la mafia institutionnalisée.

Et l’on se demande pourquoi certains veulent garder Maurice prisonnier du «Middle Income Trap».

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