Leurre de vérité à Madagascar et ailleurs

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Ce titre nous a été soufflé par notre confrère Eric Ranjalahy, responsable de l’Hebdo de Madagascar. Ici, dans la Grande île, tous les regards se tournent, une fois de plus, vers la Haute cour constitutionnelle (HCC) qui doit incessamment prononcer les résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle malgache.

Sauf un invraisemblable retournement de situation, un second tour se tiendra le 19 décembre. Mais entre- temps, les partisans d’Andry Rajoelina, qui estiment encore possible la victoire d’entrée de jeu (c’est-à-dire sans le 2e tour), et ceux de Marc Ravalomanana se préparent à toute éventualité. La tension est palpable dans les rues de Tana. Le président Hery Rajaonarimampianina, ancien ministre des Finances de Rajoelina au sein du gouvernement soi-disant de transition (2009- 2014), sait qu’il n’a pratiquement aucune chance mais s’est repositionné, en bon opportuniste, comme le «king maker». Entre-temps, il ne pipe pas mot et attend que les résultats soient proclamés afin d’afficher son allégeance - qui aura, certes, un prix d’or alors que le peuple, lui, s’appauvrit, selon plusieurs indicateurs économiques des agences internationales.

Si Rajoelina a joué gros pour gagner d’emblée, la stratégie du camp Ravalomanana est peu claire. Il a retiré, cette semaine, ses vives protestations devant la HCC bien qu’il ait dénoncé de graves irrégularités relatives au scrutin du 7 novembre dernier. «Afin de ne pas bloquer le processus electoral». Le camp Ravalomanana ajoute qu’il n’est plus pour une annulation des résultats du premier tour et, encore moins, pour un report du second tour. Ce qui fait dire à l’homme de la rue qu’undeal entre Hery et Marc aura déjà été conclu afin de contrer les 39,5 % crédités à Rajoelina, gagnant du premier tour (selon les résultats provisoires).

Il est clair que Marc Ravalomanana, qui a été forcé à l’exil en Afrique du Sud par le régime quasi-militaire de Rajoelina, réunit de sérieux atouts, outre le soutien officieux de Hery. Ravalomanana, selon les observateurs que nous rencontrons sur place, réunit le plus grand nombre de votes dans les régions les plus densément peuplées sur les Hauts Plateaux - ce qui constitue une indication claire parmi les Merina qui contrôlent, d’une main de fer, le pouvoir politique depuis la fin de règne du nationaliste Didier Ratsiraka. «Ravalomanana a aussi eu des positions nationalistes car il se réfère à l’histoire du royaume davantage que Rajoelina. Le fait aussi qu’il soit un dignitaire de l’église protestante calviniste, que les évangéliques et les Américains soient derrière ces églises le regardent d’un bon oeil, constitue sa force», analyse Olivier Vallée, essayiste, qui a publié une analyse intéressante de «La société militaire à Madagascar». Si Marc Ravalomanana est devenu le favori c’est en raison de la mauvaise performance de Hery et des relations pourries entre ce dernier et Rajoelina. Hery n’était pas le candidat de Rajoelina en 2013 et il a dû s’imposer par un coup de force face au leader de son parti pour devenir président.

Entre-temps, le BIANCO (genre d’ICAC malgache) fait tout pour discréditer certains bailleurs de fonds des candidats. Cette institution est devenue encore plus un instrument politique pour éliminer les adversaires politiques en déterrant de vieux dossiers. Et entre-temps aussi, les tentatives de kidnapping se suivent avec pour principales cibles les «Indo-Pakistanais» et les étrangers, dont des Mauriciens. Les forces de l’ordre n’arrivent toujours pas à interpeller les cerveaux de ces kidnappings en série. On dit que des gendarmes seraient eux-mêmes les cerveaux et agissent aussi comme enquêteurs. Et les familles traumatisées, par crainte de représailles, ne pipent pas mot… Les ravisseurs pouvant faire grimper les demandes de rançon à plusieurs millions d’euros.

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Aux States, l’incendie qui dévore le nord de la Californie a déjà fait plus de 70 morts et un millier de disparus. Les causes sont connues et vont à l’encontre des contre-vérités du climato- sceptique Donald Trump, qui a claqué la porte du COP 21. Sècheresse chronique, hausse des températures, dessèchement des sols. Il ne fait plus de doute que le réchauffement du globe, ou le changement climatique, est le coupable de ces catastrophes naturelles. Sur la dizaine d’incendies depuis les années 1930 en Californie, pas moins de huit se sont produits depuis l’an 2000. Et dire que nous subissons les effets de seulement 1 degré celsius de réchauffement…

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Tremblement de terre au Japon… dans l’industrie de l’automobile. Carlos Ghosn, l’homme fort de l’alliance Renault-Nissan, est accusé de fraude fiscale. Le puissant patron a été placé en garde à vue dès sa descente d’avion sur le tarmac de l’aéroport de Tokyo. Il est accusé d’avoir utilisé l’argent de Nissan à des fins personnelles. En cause : la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul individu pour une longue période : depuis 1999 (Nissan) et 2005 (Renault). C’est rare, dans les annales du capitalisme japonais, que la police se mêle de cette façon des affaires d’enrichissement personnel. L’affaire est de ce fait devenue hors-norme et devra faire remonter à la surface les dessous des grandes entreprises internationales et leurs liens incestueux avec les dirigeants politiques…

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