Maneesh Gobin ment pendant une heure

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Ce n’est pas que les journalistes, triés sur le volet, n’ont pas essayé de taper fort. «Choisis» par Maneesh Gobin, ils n’avaient d’autres options – au risque de passer, aux yeux des confrères et de la population, pour des complaisants – que d’être vigoureux dans la forme et dans le fond. Ainsi, nous avons vu un Nawaz Noorbux insister machinalement pour obtenir «un oui ou un non» à une de ses questions. Mais taper fort ne veut pas dire taper juste, et vigoureux ne veut certainement pas dire rigoureux.

Tout au long de l’émission, Maneesh Gobin n’avait qu’un seul argument pour démentir que ses changements à l’ICT Act restreignent la liberté d’expression : «On fait une fixation sur les termes annoyance et inconvenience, alors que la loi stipule qu’une publication doit d’abord être obscène, abusive, insultante, mensongère ou menaçante pour être annoying.» «J’insiste là-dessus», a martelé l’Attorney General. «Un post annoying à un autre sur Facebook n’équivaut pas à un délit. Ceux qui disent cela font de la démagogie. Il y a d’abord le test de l’obscénité, de l’insulte, etc.» Or, c’est un grossier mensonge et une vilaine manipulation sur lesquels aucun des journalistes présents n’a rebondi.

En avançant, un tel argument, Maneesh Gobin se référait au paragraphe 46 (ga) qui stipule effectivement : «Any person who (…) (ga) uses telecommunication equipment to send, deliver or show a message which is obscene, indecent, abusive, threatening, false or misleading, which is likely to cause or causes annoyance, humiliation, inconvenience, distress or anxiety to any person.» Or, l’Attorney General a méticuleusement évité d’aborder le paragraphe (h), qui se lit comme suit :

«Any person who (…)

(h) uses, in any manner other than that specified in paragraph (ga), an information and communication service, including telecommunication service, -
(i) for the transmission or reception of a message which is grossly offensive, or of an indecent, obscene or menacing character; or
(ii) which is likely to cause or causes annoyance, humiliation, inconvenience, distress or anxiety to that person.»

Ici, malgré tous les soubresauts mensongers de Maneesh Gobin, l’«annoyance» ressentie même si le post n’est pas «menaçant, obscène, etc.» suffit pour que l’auteur soit passible d’une arrestation. Et cela – le centre même de la contestation populaire de la loi Gobin – n’a pas été souligné une seule fois au cours de l’émission. On ne sait pas ce qui est plus grave pour les journalistes : ne pas savoir que Maneesh Gobin mentait ou ne pas avoir osé le lui dire au visage !

Du moment que cette couleuvre était avalée par tous ceux sur le plateau, il n’y avait rien à faire. Insister sur le fait que la Cour suprême de New Delhi ait annulé la version indienne de la loi Gobin, ou même la tentative de placer une question sur l’utilisation du mot «cholo» par le Premier ministre – que Maneesh Gobin a attribué à la couleur «fleurie» de notre langue kréol – ne pouvait aboutir à rien.

Essayer de le coincer sur les possibles arrestations arbitraires résultant des amendements à l’ICT Act a, au contraire, abouti à un autre mensonge de Maneesh Gobin. L’Attorney General a prétendu que pour toute arrestation, la police consulte toujours au préalable le bureau du DPP et la Police Prosecution Unit.

À partir du moment où Maneesh Gobin a sciemment centré le débat sur le paragraphe (ga) et leurré ses interlocuteurs loin du paragraphe (h), la messe était dite pour les trois journalistes. Maneesh Gobin, dans notre langue «fleurie» les a «ployé ek met dan pos» !

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