Le coming out du «communalisme»

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Trop longtemps considéré comme un sujet tabou par les citoyens et des politiciens à Maurice,le communautarisme (ou «communalisme» comme on l’appelle chez nous) fait en ce moment enfin son coming out : il a été pratiqué, parlé et vécu par tous mais bien rarement assumé par qui que ce soit de peur d’être taxé par les préjugés. Or, il existe trois situations qui ont été relayées par la presse durant la semaine du 17 au 22 septembre 2018, qui démontrent que les langues se délient sur le «communalisme».

1re situation : Rama Sithanen, dans une émission en date du 22 septembre, sur les ondes de Radio Plus. Cet expert en réforme électorale, qui détient d’ailleurs une thèse sur le même sujet, avait déclaré qu’une grande majorité de pays, pour certains figurant parmi les plus avancés démocratiquement, se reposent sur le «communalisme» pour maintenir l’harmonie et la cohésion sociale dans un pays.

2e situation : Me José Moirt, dans l’émission «Face-à-Face», de Radio One. Il nous a révélé une formule qu’il qualifie de «magique», stipulant que la liste électorale reposait sur une répartition de tickets de 36 hindous, 16 population générale, 9 musulmans et 1 sino-mauricien et ce depuis 1967 !

3e situation : Pravind Jugnauth, dans sa conférence de presse. Il répondait au journaliste Axel Chenney que ce serait hypocrite de sa part (ou de n’importe quel autre leader politique) de ne pas utiliser ce système dit «communal» pour proposer un candidat sur une liste électorale.

C’est désormais un fait ! Le «communalisme» est bel et bien assumé. La question maintenant est «qu’est-ce qu’on fait avec ?»

  1. Soit nous maintenons cette idée désuète que le «communalisme» ne peut qu’accentuer la division et qu’on continue de le cacher ;
  2. Soit nous adoptons une position d’acceptation et l’assumons pleinement. Et nous l’utilisons à l’avantage de tous.

Avec cette proposition de réforme de l’actuel gouvernement, tout laissecroire que nous penchons plus sur la première option. Pour ma part, je propose que nous nous attardions plutôt sur la seconde option, «assumons le communalisme pleinement».

Ma proposition pour la réforme électorale

Admettons que notre but, après les élections, est que l’on puisse atteindre la proportionnalité de 36 : 16 : 9 : 1. Avec cette formule, d’après les experts, la paix, la diversité, le réalisme mauricien vont prévaloir à leur juste titre dans le pays. La vraie réforme consiste donc à ce que les électeurs votent avec conscience pour arriver à cela et non par des calculs Einsteiniens des leaders politiques. Le tableau en haut (Tableau 1) est une représentation fictive des élus de chaque circonscription pour finir à 36 : 16 : 9 : 1.

Pour y arriver, je propose le bulletin d’élection comme suit. Je prends l’exemple de la circonscription no1 (Tableau 2). Un autre exemple : la circonscription no3 (Tableau 3). Selon la mixité ethnique qui existe dans chaque circonscription, cela déterminera le contenu du bulletin.

NdlR : Comment établir le 36 : 16 : 9 : 1 au départ sinon en faisant un recensement «communal» ?
NdlR : Comment établir le 36 : 16 : 9 : 1 au départ sinon en faisant un recensement «communal» ?

Les avantages de cette proposition

Pour les besoins de représentativité des communautés, il ne sera plus nécessaire d’augmenter le nombre de députés.

Le citoyen n’aura plus la possibilité de voter en bloc pour sa communauté. Donc, il sera encouragé à prendre en considération le candidat, même si ce dernier est d’une autre communauté. Ainsi, le choix sera plus rationnel qu’émotionnel.

L’actuel Best Loser System (BLS) n’arrive pas toujours à corriger à 100 % la sous-représentativité, tandis que le système proposé le fera à 100 %. L’actuel BLS produit des élus qui sont perçus comme des représentants d’une communauté. C’est un fardeau lourd à porter pour les élus et une attente surdimensionnée des électeurs. C’est une relation malsaine. Le système proposé abolira cette situation.

Les candidats non classés

Les candidats peuvent aussi ne pas adhérer à une liste basée sur la communauté. Les électeurs auront donc le choix de «sacrifier» leur croix d’en haut, pour choisir un candidat dans la liste des non classés. Les élus non classés seront en compétition avec la liste des seconds best pour la proportionnelle.

La proportionnelle

Le BLS n’ayant plus sa raison d’être, les huit candidats seront donc les candidats sur la liste de la représentation proportionnelle. Ainsi, plus besoin d’augmenter le nombre de députés, ce qui est une pilule dure à avaler pour les citoyens.

Pérennité du système proposé

Paradoxalement, le système proposé va aider à augmenter le mauricianisme : les citoyens qui auront l’obligation de voter pour des candidats d’une autre communauté apprendront à écouter la personne en tant que tel et à apprécier ses idées pour le vivre ensemble. D’un autre côté, le candidat qui doit obligatoirement convaincre l’électeur d’une autre communauté, apprendra à écouter et à comprendre les réalités de la personne.

Donc je propose que le système soit appliqué sur un moratoire de 10 ans, pour être à la fin remplacé par des choix non communautaires sur le bulletin de vote, car on aura appris à vivre le mauricianisme à 100 %. Ce sera l’héritage qu’on léguera à nos enfants.

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