Si près, mais pourtant si loin

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Huit ans bientôt depuis que Maurice n’a pas été en mesure d’afficher une croissance économique de 4 %. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque. Mais entre les voeux pieux et la réalité, il y a des fossés souvent énormes.

Il faut remonter à 2010 pour voir une croissance de 4,2 %. Cette performance n’a pu, toutefois, être soutenue car l’année suivante, l’économie devait subir un net ralentissement. En dépit de l’objectif de 4,1 % annoncé dans le Budget, la croissance chutera lourdement à 3,6 % en 2011. Depuis, on peine à remonter la pente.

La dernière mise à jour des prévisions de Statistics Mauritius est venue nous rappeler en ce début de quatrième trimestre, à quel point il est difficile de sortir de cette phase creuse. Même la relance publique, jugée essentielle pour booster l’activité durant un cycle de morosité, semble avoir un impact mitigé.

Du coup, il est difficile d’entrevoir une croissance de 4 % d’ici à la fin de l’année. Cela en dépit du choix de l’institut des statistiques de maintenir ses estimations à 3,9 % pour 2018. Notre analyse tient compte du fait que le deuxième trimestre, jugé comme étant meilleur que l’an passé par nombre d’observateurs, dont le gouverneur de la Banque de Maurice, pour expliquer les projections de 4 % pour cette année, s’est finalement révélé moins positif qu’attendu.

Au final, l’expansion économique durant les trois mois se terminant en juin 2018 n’a été que de 3,4 % comparé à 4,1 % lors de la période correspondante, en 2017. La raison est simple : les traditionnels moteurs de l’économie mauricienne continuent de s’essouffler. Il n’y a qu’à voir les chiffres pour se rendre à l’évidence. Le sucre et le textile, par exemple, sont passés d’une croissance de 2,4 % et 6,4 % respectivement au deuxième trimestre de 2017 à une contraction de 16,4 % et 8,7 % cette année. Même l’hébergement et la restauration n’a pas échappé à cette baisse de régime. La croissance dans ce secteur n’a été que de 1,5 %, contre 9,2 % un an auparavant.

Sans tomber dans la sinistrose, un tel tableau soulève pas mal d’interrogations quant aux moyens qui sont déployés par les secteurs public et privé pour atteindre les ambitions que nous nous sommes fixé en tant que pays. Il interpelle encore plus lorsqu’on considère le taux d’investissement qui continue de stagner autour de 17 % depuis qu’il est descendu de son niveau de 26 % en 2009.

Le principal danger dans un tel environnement, c’est la complaisance. Plus particulièrement lorsqu’elle consiste à se dire que tôt ou tard, on finira par atteindre l’objectif de 4 % de croissance. Et le pire, ce serait de croire que c’est la panacée à tous les maux dont souffre l’économie mauricienne.

Se fixer des objectifs c’est bien, mais y travailler pour les réaliser c’est encore mieux. Surtout lorsque nous sommes confrontés à des défis d’ordre structurel, à l’instar d’une démographie chancelante, un recul de la productivité et des investissements insuffisants dans l’innovation et dans la recherche et le développement.

Huit ans à voir une économie piétiner autour d’une croissance moyenne d’environ 3,5 %, n’est-il pas temps de commencer sérieusement à se poser les vraies questions ? Pour s’en convaincre de l’urgence, il suffit de tourner le regard vers le Rwanda (lire notre dossier plus loin).

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