Qui choisit le monarque?

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Toute l’attention de la classe politique semble actuellement dirigée vers un seul et même dossier : la réforme du système électoral. Quoi de mieux pour divertir la population des ennuis de l’offshore, du sucre, des changements climatiques qu’une bonne réforme des règles du sport politique.

Donnons une chance à cette réforme. Disons qu’elle marchera. Nous aurons quelques députés de plus, de quoi alimenter le business de politi-tainment (contraction de politique et de divertissement) dont les Mauriciens sont friands pour briser la monotonie des jours.

Donnons à cette réforme une chance. Histoire qu’on n’en parle plus. Puisqu’une fois le dossier clos, on puisse enfin faire l’inventaire de ce qui n’aura pas changé.

Justement, qu’est ce qui ne changera pas?

Bon an, mal an, nous aurons élu des députés et des ministres qui estiment qu’être élus c’est avoir gagné pour cinq ans le privilège de ne parler que devant la MBC, de ne rien répondre aux parties prenantes qui pourraient s’opposer à leurs projets, de laisser planer le flou le plus total sur leurs intentions, de ne pas se précipiter pour publier les comptes des institutions publiques et de sortir comme un lapin d’un chapeau des mesures «populaires». Des mesures qui rapportent des votes.

Si bien que tous les cinq ans, le jeu électoral se répétera. Plutôt bien d’ailleurs. On élira des députés qui seront moins fidèles à leurs électeurs qu’au leader qui leur aura donné leur ticket et, mieux encore, un poste ministériel. Et voilà que, à l’issue de cette élection, nous aurons un nouveau premier ministre. Ou plutôt un nouveau monarque car c’est bien lui qui décide de tout ou presque. Pour cinq ans seulement. Bien content de ces cinq ans de monarchie. Si bien que notre démocratie pourrait s’appeler celle du «one election, one king».

Avec ou sans dose de proportionnelle aux élections, qui décide du choix du nouveau roi?

Le peuple, me direz-vous. Celui qui lit les journaux, va aux meetings, vote et se déplace le jour des élections. Sauf que ce peuple ne lit plus autant les journaux qu’il ne se partage des
informations sur les téléphones intelligents. Il va moins aux meetings qu’il ne commente les posts de ses amis que d’autres voient à leur tour. Il est sur ces plateformes digitales où le monde se réinvente au gré des passions, des thèmes d’intérêts particuliers. Ces réseaux sur lesquels s’échauffent des débats publics auxquels les élus ne participent pas, laissant la place aux prétendants élus. Pour y faire leurs armes ou pour y perdre des plumes, puisque les échanges y sont souvent aussi crus que sur places de camions et publiquement relayés.

Ce sont sur ces réseaux que se vit, au XXIe siècle, le débat démocratique. Ce sont sur ces réseaux que se tiennent les meetings. Là aussi que se construisent les opinions, les appartenances de même que les distorsions et les dérapages.

Quelles sont les règles du jeu du processus démocratique sur ces réseaux ? Le sait-on seulement ? Comment sont construits les algorithmes qui dictent qui voit quoi ? Nous donnons-nous les moyens de le savoir ? Et qui s’assure de leur fonctionnement équitable ?

Il est arrivé dans le passé que des forces obscures interviennent dans le jeu démocratique. Celles-là ont prouvé que lorsqu’elles avaient un intérêt à promouvoir un monarque plutôt qu’un autre, elles savaient y mettre les moyens. Le scandale Cambridge Analytica a démontré que l’ingérence n’avait pas peur de la taille, que même les États-Unis n’y étaient pas protégés.

Si nous pensons que nous sommes trop petits pour intéresser ces marionnettistes du web, nous oublions un peu vite les forces derrière Cambridge Analytica. Ces forces internationales qui s’intéressent aux Chagos, à Agalega et à la pêche…

Plutôt qu’une dose de proportionnelle, ne serait-il pas temps de rafraîchir notre système électoral d’une dose de réflexion sur la transformation digitale de la vie politique ?

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