Haro sur le clientélisme

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Alors que l’on tergiverse sur la réforme électorale et que l’on atermoie sur le redécoupage électoral, une enquête de l’express est venue révéler, lundi, que deux des 21 circonscriptions du pays, nommément les numéros 13 et 19, se taillent la part du lion des recrutements à la Central Water Authority – devenue, tout comme le Central Electricity Board, la chasse gardée d’Ivan Collendavelloo.

Il ne faut pas se voiler la face. Le recrutement par piston s’avère une pratique politicienne bien établie dans les moeurs mauriciennes (et rodriguaises) tant dans le secteur public que dans le privé. Ce type de recrutement n’a rien d’éthique et va à l’encontre des principes de méritocratie et d’égalité des chances, que la Public Service Commission (PSC) aurait dû faire respecter.

Les termes «clientélisme» et «corruption» sont connexes. Ces deux phénomènes de notre système politique possèdent une forme de légitimation sociale. Une première à Maurice : en 2005, l’embauche des Health Care Assistants avait pourtant mené à l’invalidation de l’élection au numéro 8 du ministre MSM de la Santé Ashock Jugnauth à la suite d’une plainte du travailliste Raj Ringadoo, selon laquelle Jugnauth avait utilisé sa position pour commettre un bribe électoral. C’est Ringadoo luimême qui avait apporté les preuves ; l’Electoral Supervisory Commission n’y avait vu, comme à l’accoutumée, que du feu. Mais ce verdict n’a pas changé les dérives du système. Ainsi, depuis le début de 2017, un fort parfum de clientélisme politique flotte dans l’air avec le recrutement annoncé d’environ 3 000 General Workers au sein de la fonction publique, directement par les ministères, en contournant la PSC...

Toute embauche due au clientélisme politique ne peut que provoquer des dysfonctionnements. Car l’individu n’est pas recruté pour ses compétences, et la méritocratie s’en trouve court-circuitée. Cela peut aussi engendrer le problème de discipline : qui pourrait réprimander sans risque un employé peu motivé mais qui a le backing, disons, du fils du ministre mentor ?

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Après une défaite (en 1987) due au remodelage de la circonscription n° 18 (devenue moins urbaine et plus rurale), Paul Bérenger a migré au n° 19 (en 1991), où il avait l’assurance d’être élu précisément à cause du phénomène de «dépôt fixe». D’ailleurs, le leader mauve n’hésitait pas à se bomber le torse, en 2014 : «Je suis le seul à avoir participé à neuf élections générales, là ce sera la dixième fois !»

Accrochés aux basques des propriétaires de circonscription, il y a aussi toute une série d’autres petits chefs au bout de la chaîne d’une campagne électorale. Il y a des chefs agents, des chefs tapeurs, des chefs colleurs d’affiches, des animateurs d’autobus loués pour remplir les meetings, etc. Ces chefs profitent tous de l’économie occulte des campagnes. Des centaines de millions de roupies changent de mains : du propriétaire de parti au propriétaire de circonscription, du chef agent au président du club de 3e âge, les millions ne se comptent pas. Et une fois les élections terminées, il faut caser tous ces agents (qui finissent dans des ambassades ou des parapublics aux frais des contribuables).

Une des façons de lutter contre les pratiques opaques entre les élus et leurs mandants pourrait précisément bien être l’interdiction du cumul des mandats. Ailleurs, dans d’autres pays, cela a permis de diminuer la dépendance des élus vis-à-vis des électeurs. L’impossibilité d’aller de réélection en réélection diminue l’emprise du clientélisme. Et donnera un peu plus l’apparence qu’on est tous plus ou moins égaux face à un job...

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