Réforme électorale: autopsie avant la mort et illusion

Avec le soutien de

Il faudra un soutien de l’opposition pour que la réforme électorale recueille la majorité nécessaire pour amender la Constitution. Valeur du jour, cette majorité ne sera pas acquise. Toutefois, même si les débats ne sont qu’académiques, ils auront quand même servi à provoquer une réflexion sur le mode électoral mauricien et, surtout, sur ses défauts.

Dans un système de démocratie parlementaire, réformé ou pas, c’est le gouvernement du peuple par un petit groupe de privilégiés, appelés députés, qui disent agir pour le peuple, souligne l’auteur.
 © Krishna Pather

On reconnaîtra que c’est la première fois en 50 ans qu’un gouvernement propose d’aller de l’avant avec une réforme électorale. Peu importe la qualité de la proposition faite, il nous faut reconnaître au moins une initiative concrète, intégrant la notion de proportionnalité de la représentation et l’augmentation du nombre de femmes au Parlement. On relèvera de plus cette invitation faite pour des contre-propositions, ce qui augure une ouverture donc aux idées pour améliorer la proposition faite.

Critiques évidentes

La proposition, puisqu’elle touche à la possession, voire l’accaparement du pouvoir politique, va soulever plein d’émotions, des critiques que l’on peut sommairement regrouper en : 1) celles liées à la stratégie des partis politiques qui vont faire leurs calculs pour voir ce que la réforme leur rapportera ; et 2) celles qui se rattachent au système politique en place, y compris la valeur ajoutée de la réforme à l’état de notre démocratie.

Une troisième catégorie de critiques portera sur le coût d’avoir tant de députés en plus. Cette critique que notre élite politique va considérer comme insignifiante est pourtant utile et réaliste. Elle est plus terre à terre. Elle viendra de la rue. Ce sera la voix du peuple, lui qui se demandera en quoi une augmentation du nombre de députés à 85 est justifiée ; alors qu’à aucun moment, pendant plus de 50 ans, personne n’a vu que notre Parlement ne pouvait travailler ou que notre démocratie en souffrait parce qu’il nous manquait de députés. Ils sont déjà de trop : 70 députés, dont un bon tiers sommeillant dans l’anonymat. Et qu’ils ne sont au Parlement que 25 à 30 jours par an, alors qu’ils sont payés pour travailler pendant 13 mois.

On expliquera au peuple que la réforme, c’est pour réduire l’écart entre le pourcentage de votes qu’obtient un parti politique aux élections générales et le nombre de sièges qu’il y a au Parlement. Mais le peuple ne comprendra pas cet argument lorsqu’il entend le Premier ministre dire que l’écart entre les vainqueurs et vaincus du First Past the Post (FPTP) restera inchangé.

Réforme restreinte

Le mot réforme se définit comme un changement pour une amélioration. Une réforme électorale ne peut donc être proposée que pour améliorer le mode électoral en assurant qu’on ait une représentation plus juste des électeurs à l’Assemblée nationale. Mais la réforme qui nous est proposée comporte des limites car elle ne s’intéresse nullement aux autres maux qui affectent également la représentation, tel le nombre inégal d’électeurs dans les circonscriptions qui rend les défauts du système encore plus visibles.

De quelle représentation égalitaire et juste peut-on parler lorsqu’une circonscription de plus de 50 000 électeurs se voit représentée au Parlement par trois députés au même titre qu’une autre qui n’en a que 25 000 ? Ceci n’est qu’une illustration d’une question de fond : peut-on valablement parler de réforme électorale sans la placer dans un cadre plus large qui englobe tous les déterminants qui assurent une représentation plus équitable du peuple au parlement, une démocratie représentative plus réelle ?

Système politique

La réforme proposée ne revoit pas l’ensemble du système politique, et non plus s’intéresse-t-elle aux autres causes de déficience de notre démocratie parlementaire. Or, une telle réforme doit aussi pouvoir réaliser l’objectif d’améliorer l’état de la démocratie, le niveau de démocratie, la place du peuple, dans le système politique en place. Le peuple est le fondement de la légitimité politique. Améliorer la démocratie serait d’accroître le «pouvoir du peuple», et non propager un système où le pouvoir reste hors de la portée du peuple.

Si par une révision du mode électoral, le peuple n’aura pas plus de pouvoir qu’il en avait avant, ce n’est pas une réforme, puisque le mot réforme veut dire changer pour améliorer. Si ce ne sont que quelques politiciens qui vont bénéficier de plus de pouvoir, la réforme électorale serait en fin de compte la réforme des appétits pour le pouvoir !

Illusion

L’avocat et le 16e président des États-Unis, Abraham Lincoln, disait que la démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Or, dans un système de démocratie parlementaire, réformé ou pas, ne nous faisons pas d’illusion : c’est le gouvernement du peuple par un petit groupe de privilégiés, appelés députés, qui disent agir pour le peuple.

L’ajout d’une dose de proportionnelle pour pallier les tares du système FPTP,jugé inique à juste titre, ne change rien dans l’affaire !

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Maurice est bel et bien engagé pour réformer son système électoral, tout en introduisant la proportionelle. C’étaient les propos de SAJ en 2015. Trois ans plus tard, le gouvernement a soumis ses propositions. Elles devront être validées au Parlement par une majorité des trois-quarts.  Ce qui est loin d’être gagné car la quasi-totalité des partis d’opposition se sont déjà prononcés contre.

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