Au cœur de la jeunesse !

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Il y a deux regards sur la jeunesse mauricienne. Le premier compare deux époques : 1969 -75 et aujourd’hui, sans apprécier l’histoire de ces derniers 50 ans : les avancées, les reculs et régressions ainsi que les transformations et mutations profondes que le pays a connues. Il n’est de ce fait pas juste. Le second réduit la jeunesse à sa présence sur les réseaux sociaux, surtout à ses travers : selfies, culte de l’image, l’éphémère, pour ajouter que les jeunesaujourd’hui ne seraient nullement concernés par la société et ses problèmes, encore moins par la politique. Et si la réalité de la jeunesse était toute autre ? Si nous n’allions pas vite en besogne pour critiquer et blâmer et essayions de comprendre ce que ces constats révèlent ?

Plongeons d’abord dans l’écosystème numérique de la jeunesse[Selon la définition des Nations Unies, les jeunes constituent la tranche d’âge comprise entre 15 et 24 ans. Cette définition varie cependant.  A Maurice, les données officielles indiquent qu’en 2017 le nombre de jeunes âgés entre 15 et 29 ans s’élevait à 290 000 et que celui de jeunes garçons et filles admis dans les écoles secondaires se chiffrait à 110 500.]. 

L’écosystème numérique

On ne peut plus penser l’avenir de la jeunesse sans une compréhension de l’écosystème numérique et des dynamiques qui l’animent. Être adolescent est déjà assez difficile, mais les pressions auxquelles sont confrontés les jeunes en ligne sont sans doute uniques à cette génération numérique. Les résultats d’études d’impact sur la santé mentale des jeunes sont préoccupants. Le défi consiste à développer une utilisation positive de la toile.

La place du numérique dans la vie quotidienne de la jeunesse et de la population en général ira en s’amplifiant. Les jeunes qui y ont accès sont incapables de vivre une journée sans internet. Alors que les médias sociaux imprègnent presque tous les aspects de la vie du grand public, nous commençons seulement à faire le point sur son impact sur nos vies. Le changement dans l’utilisation des médias sociaux par les adolescents évolue chaque jour. Les médias sociaux sont devenus un espace dans lequel nous formons et construisons des relations, façonnons l’identité de soi, exprimons et apprenons le monde qui nous entoure. Par ailleurs, ces plateformes peuvent nuire aux relations, et entraînent des interactions humaines moins significatives, les Millennials (16-30 ans) qui disposent d'un smartphone, passent en moyenne 3,2 heures par jour dessus (rapport de Kantar TNS au niveau mondial).

A Maurice, sur un échantillon de 600 000 à 700 000 utilisateurs mauriciens de Facebook, il y aurait plus d’hommes -  soit 54% - que de femmes. Par tranches d’âge (hommes et femmes confondus), les utilisateurs âgés entre 25 et 34 ans constituent le plus gros contingent d’utilisateurs (source : Panda & Wolf Advertising Agency Mauritius).

Hétérogénéité

Les jeunes ont comme point commun le passage de l’adolescence à l’âge adulte, période qui varie selon les sociétés. C’est l’âge de la découverte du monde faite de rencontres et d’espaces communs, dont les groupes, les communautés et les plateformes sur la toile. L’écosystème des jeunes s’est mondialisé avec l’envahissement de la culture de masse. La réflexion qui suit est pertinente : “Le développement de la culture de masse a entraîné l'érosion des formes autonomes de culture populaire et  la dissolution des liens sociaux au profit d’un monde artificiel d’individus isolés, fondement de la société de consommation... Cette uniformisation des comportements et des aspirations se présente comme l’affranchissement de toutes les contraintes (sociales, spatiales, temporelles, etc.). Survalorisée et triomphante, la culture de masse (séries américaines, nouvelles technologies, football, jeux vidéos, etc.) » trouve ses  défenseurs même chez les intellectuels dits  contestataires. Avec comme interrogation sur la façon dont « notre civilisation du loisir participe de la domestication des peuples. »[Dans Divertir pour dominer : La culture de masse contre les peuples, revue Offensive libertaire et sociale, Editions L’Echappée, 2010]

Les jeunes ont droit à un système éducatif qui permet de leur assurer un minimum : une activité économique basée sur un savoir-faire, des revenus qui permettent d’avoir une qualité de vie décente et de l’espoir dans l’avenir, une vie digne. Notre jeunesse constitue une population hétérogène qui reflète les structures sociales de notre société avec ses inégalités et discriminations. Il y en a parmi qui sont (et seront) sur le marché du travail en tant que recalés du système scolaire. Le « gender divide » traverse toute la jeunesse.

D’autres vont poursuivre le cursus scolaire jusqu’à la fin du secondaire et parmi eux, un groupe va faire des études tertiaires, soit à Maurice ou à l’étranger. Le pays souffre actuellement du problème des gradués-chômeurs. Actualisons rapidement la politique de « matching » en intégrant les tendances et les potentiels à être identifiés rapidement. 

Valeurs et perspectives d’avenir

L’étude MORISCOPIE, publiée par Transparency Mauritius en septembre 2013, souligne des faits intéressants sur le comportement des jeunes et leur perception de l’avenir. D’abord, elle relève une déconnexion des jeunes de la réalité locale. Seuls 19% d’entre eux suivent  régulièrement les actualités et ils sont 58% à exprimer un désintérêt pour la politique. Cette étude souligne qu’ils sont 7% seulement les jeunes Mauriciens à se sentir proches d’un parti politique, et 15% à avoir sollicité le soutien d’un politique pour obtenir un emploi. Entre 33% et 37% des jeunes sont prêts à travailler pour un parti politique contre une promesse d’emploi ou d’avantage professionnel. La plupart  des jeunes qui ont participé à l’enquête plébiscitent  la transparence dans le financement des partis.

52% des jeunes interrogés dans le cadre de l’enquête estiment que la cause principale des difficultés d’embauche est l’absence de « backing » politique. Ils sont seulement 27% à penser qu’ils ont un avenir à Maurice. Les demandeurs d’emploi âgés entre 25-29 ans sont les plus pessimistes, avec 30% qui pensent qu’ils n’ont aucun avenir. Au total, 72,7 % des jeunes affichent un certain pessimisme par rapport à leur avenir La jeunesse mauricienne vit actuellement une situation paradoxale. D’un côté elle déplore les effets néfastes de la corruption en politique, et de l’autre, elle se tient éloignée des enjeux politiques qui pourraient lui permettre de transformer la situation.

Dans un article paru dans Mauritius Times en mars 2018[http://www.mauritiustimes.com/mt/que-pensent-les-jeunes-mauriciens-2/], la chargée de cours à l’Université de Maurice, Vina Ballgobin avance que les jeunes vivent bien leur identité ethnique dans un contexte multiculturel et déplore l’absence d’éducation citoyenne. Pour une très large majorité (89 %) selon l’enquête qu’elle a menée, Maurice est un pays où il fait bon vivre car il y existe une culture de tolérance et de paix. Les préoccupations de la jeunesse portent sur le niveau de corruption, l’absence de méritocratie, la discrimination, le racisme et le communalisme ; on peut en constater l’ampleur, écrit-elle, dans la crise de confiance dans les institutions. Et toujours selon cet article, 77% des jeunes sont disposés à émigrer pour des raisons diverses – mieux-être personnel, avantages économiques et opportunités. 

Il y a donc urgence d’assainir l’environnement global, avec ses institutions et ses entreprises/corps publics et privés. 

Politique et société 

Le rajeunissement et le renouveau de la classe politique et des dirigeants à la tête des entreprises et instituions est à l’agenda. La plupart des partis traditionnels, y compris les dissidents, ont une aile jeune. Les autres, plus ou moins nouveaux, animés par des jeunes, veulent placer la jeunesse au centre de leur démarche politique pour dire non aux « dinosaures ». La jeunesse ne se retrouve pas dans le spectacle de trop nombreux hommes et femmes politiques qui auraient des liens incestueux tantôt avec le monde de la finance tantôt avec les mafias de la drogue où trône la corruption.

La politique aussi connait une profonde mutation. Il est question de repenser sa place, son rôle, ses formes et structures, et dans le même temps ses rapports avec la société civile dans la quête d’une démocratie à inventer. Dorénavant, l’écosystème numérique va articuler le réel et le virtuel, y compris dans l’espace politique. Le numérique change les rapports sociaux car le principe de l’horizontalité prend graduellement le dessus sur la verticalité dans ces rapports. Il s’agit là d’une transformation profonde où la jeunesse va trouver sa place pour jouer son rôle et développer ses rapports avec cette politique à réinventer.

A Maurice, des centaines, voire des milliers, de jeunes qui ont l’intelligence du cœur trouvent du temps et de l’énergie pour s’engager concrètement car préoccupés par ce qui se passe dans notre société. Ils sont à l’œuvre sur plusieurs fronts : lutte contre la pauvreté, les fléaux de la drogue, la maltraitance ; aide à la créativité artistique, la conscientisation et la protection de l’environnement, pour ne mentionner que ceux là. 

Axes prioritaires

Voici ce qui selon nous sont les axes prioritaires d’une politique pour la jeunesse :

L’emploi

La situation de l’emploi, ou plutôt du chômage, des jeunes est très préoccupante ; en effet, le taux de chômage des 16 à 24 ans est de  24,9 %. Le dernier budget prévoit Rs 1 milliard à une politique de formation ciblant 14 000 jeunes (dont 3000 sous le National Skills for Developement Programme axé sur les soft skills ; 3 000 autres sous le National Apprenticeship Programme ; 3500 sous le Youth Employement Programme (YEP) et 1000 sous le SME Employment Scheme. Veillons à l’efficacité réelle par rapport aux objectifs fixés car les avis divergent sur leur impact réel et selon certains, ne serviraient qu’à baisser les chiffres du chômage. 

Les jeunes qui sont les exclus et laissés-pour-compte du système scolaire demandent une attention particulière en termes de soutien et d’accompagnement pour développer et valoriser des talents autres qu’académiques dans les domaines des arts et du sport par exemple. Les exemples abondent dans de nombreux domaines, le potentiel est réel. Encore faut-il ouvrir les yeux et tendre l’oreille ! 

La drogue 

Le rapport de 2014, Determinants of Youth Behavior, produit par le ministère de la Jeunesse et des Sports, nous apprend qu’entre 23 et 30%  des jeunes ont consommé de la drogue : marijuana (23,8%), drogues dures (entre 23% et 35%). Aujourd’hui, ce qui est appelé « synthétique » fait des ravages chez les jeunes ; beaucoup à partir de 15 ans, et certains autour de 13 ans en ont consommé. Ce fléau concerne toute la jeunesse. Le bon sens et un peu d’intelligence sont une urgence pour faire les distinctions nécessaires concernant la dangerosité des différentes drogues. Il y a des pays qui ont réussi leur politique, il faut s’en inspirer et ne pas avoir l’esprit bloqué. 

Sport, loisir et mode de vie 

Une qualité de vie saine est une des solutions pour combattre des fléaux comme la drogue. D’où la nécessite d’une politique des sports et des loisirs revisited. Il y a besoin de doter le pays d’espaces loisirs locaux et régionaux dans le cadre de l’aménagement du territoire. Développons des smart places pour promouvoir la convivialité, tant pour les communautés virtuelles que réelles. Pas seulement des complexes sportifs mais aussi des espaces de découvertes, de partage et de création artistique et culturelle.

Les jeunes et la toile 

L’écosystèmenumérique dans lequel les jeunes évoluentest un champ stratégique. Investissons-le pour prendre conscience de sa portée, de ses menaces et dangers mais aussi de ses potentiels et possibilités positives.Les nouvelles technologies et leursmerveillespeuvent ouvrir le champ des possibles pour tous nos jeunes.

Au diable le regard et le discours qui font nos jeunes se sentir comme des aliénés. Et si c’étaient ceux qui portent ce regard qui sont les vrais aliénés de la société actuelle et à venir ? Le défi c’est de faire confiance aux jeunes dans la perspective de belles initiatives à développer, démultiplier, avec comme objectif et finalité qu’ils deviennent des élites de cœur pour réaliser le rêve mauricien.

(i) Selon la définition des Nations Unies, les jeunes constituent la tranche d’âge comprise entre 15 et 24 ans. Cette définition varie cependant.  A Maurice, les données officielles indiquent qu’en 2017 le nombre de jeunes âgés entre 15 et 29 ans s’élevait à 290 000 et que celui de jeunes garçons et filles admis dans les écoles secondaires se chiffrait à 110 500.

(ii) Dans Divertir pour dominer : La culture de masse contre les peuples, revue Offensive libertaire et sociale, Editions L’Echappée, 2010

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