Encore un rendez-vous manqué ?

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Les partis de l’opposition expriment leur (fausse, vraie ?) colère, les partisans de l’élimination de la déclaration de l’appartenance ethnique sourient, certains y voient un pas vers la représentativité féminine – on ajoutera que si pas il y a, il est tout petit –, et le gouvernement se flatte de respecter une promesse électorale. Cette réforme proposée par Pravind Jugnauth et son équipe, dont les débats démontrent, malgré nos nombreux travers, la bonne santé de la liberté de dire des uns, des autres – politiques, experts et Mauriciens ne se gênent pas pour partager le fond de leur pensée, avec souvent des arguments et suggestions valables, enrichissants, progressistes –, laisse un arrière-goût de regret. 

Parce qu’une fois de plus, nous avons raté une occasion, en amont, de réunir des compétences citoyennes et des politiques de tous bords, indépendamment de leur couleur, sur un sujet capital, qui aurait pu marquer une page d’histoire de notre pays. Faut-il préciser qu’il est de ces questions d’intérêt national qui dépassent les petites considérations politiques et qui devraient pouvoir rassembler les différents courants et personnes engagées autour d’une table, sans démagogie, et en toute honnêteté et franchise ? N’aurait-il pas été salutaire d’avoir des politiciens de multiples tendances, des femmes et des hommes ayant à cœur l’avancement du pays, ensemble autour d’une même cause, bien que les positions et opinions divergent ? Notre classe politique est-elle de trop petite mentalité pour ne pas être capable de s’autoriser une certaine hauteur en discutant en intelligence collective, sur une question qui, pour une fois, justifie cet intérêt supérieur de Maurice, brandi trop souvent pour de mauvaises raisons ?

La réforme électorale – bien qu’il faille saluer le gouvernement pour son ouverture aux débats, en espérant que les propositions pertinentes seront prises en compte – est bien trop sensible, complexe et sérieuse pour être le doing d’un seul parti, sans susciter une certaine méfiance. D’autant que l’on sait que, chaque cinq ans, l’alternance permet souvent à l’équipe gagnante de profiter de sa position au pouvoir pour apporter des changements qui ne peuvent que garantir ses intérêts. D’ailleurs, pour ne prendre qu’un seul exemple, combien de commentaires enflammés n’entendons-nous pas depuis la proposition d’octroyer davantage de pouvoir aux leaders, en leur permettant de choisir des candidats additionnels ? Pourtant, cette mesure part, semble-t-il, d’une bonne intention qui est celle de corriger le système de Best Loser, longtemps décrié comme étant un communalisme institutionnalisé. Sauf qu’on a l’impression de corriger une anomalie par un autoritarisme de chef celui-ci qui, non seulement pourra se choisir lui-même en cas de non-élection, mais qui aura  le loisir de se servir de cette carotte-là sous forme d’un «Sois mon yes-man et tais-toi», en désignant, selon son bon vouloir, les hommes et les femmes qui feront partie de son équipe.

De là à penser que cette mesure est incluse pour servir Pravind Jugnauth, il y a un pas que certains ont déjà franchi allègrement. En clair, alors même qu’il y a un manque de démocratie à l’intérieur des partis, voilà que nous nous enfonçons davantage dans l’ère de la dictature des leaders. D’où l’importance et la nécessité d’avoir une contribution d’idées, d’opinions contraires, qui ne peuvent que nous faire avancer dans le bon sens, si tant est que nous voulions vraiment donner une chance à une réforme juste. Pravind Jugnauth aura beau se défendre, pour l’heure il est difficile de comprendre comment ses propositions viendront parfaire notre système et diminuer les injustices. La question est pourtant simpliste : pourquoi a-t-on besoin d’une réforme électorale ? Réponse basique : parce que le système actuel ne donne pas le reflet réel des votes. Et qu’une réforme permettrait de diminuer des injustices quand elle ne donnera pas la possibilité d’une meilleure pluralité, que ce soit en termes de voix ou de genre.

Or, si toute cette mascarade ne servira qu’à accentuer davantage la force du parti vainqueur, ce qui semble être le cas, il y a là une incohérence incompréhensible. Conclusion bête : on a du mal à croire que Pravind Jugnauth et sa troupe n’y ont pas pensé. À moins que cette présentation ne soit que le prétexte d’une rhétorique stérile et un semblant de bonne foi. Dommage !

Encore un rendez-vous manqué ?

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