Pseudo-réforme électorale et poudre de perlimpinpin

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Il devient de plus en plus difficile de suivre les zig-zags de Pravind Jugnauth. Celui qui n’a pas été élu pour occuper le poste de Premier ministre et qui a fait campagne en 2014 pour le maintien du Best Loser System a tenté hier une opération de com qui s’apparente surtout à de la poudre de perlimpinpin jetée aux visages des journalistes.

Raisonnons : le propre d’une réforme électorale avec une dose de proportionnelle est précisément de rétablir le déséquilibre entre le pourcentage de votes et le nombre de sièges au Parlement. Le fameux 60-0 représente le summum de notre système disproportionnel; système décrié à juste titre. Or, dans sa sagesse, Pravind Jugnauth insiste pour le maintien de cette différence mathématique entre le bloc gagnant et les perdants. Pourquoi alors faudrait-il ajouter davantage de députés si on veut conserver l’écart établi par le FPTP ? Est-ce pour caser des proches ? Est-ce pour qu’un leader comme Pravind Jugnauth puisse se repêcher ? Est-ce pour dilapider (davantage) les caisses de l’État ?

Il n’y a pas lieu d’être mathématicien ou docteur en systèmes électoraux pour se rendre compte que les 12 sièges sous la proportionnelle ne peuvent pas effriter la majorité du bloc gagnant sous le FPTP. À chaque élection que nous avons connue jusqu’ici, le parti qui rafle le plus grand nombre de sièges s’avère aussi celui qui récolte le meilleur score en termes de votes. Par conséquent, le bloc gagnant aura, selon la formule de Pravind Jugnauth, dans le pire des cas, le même nombre de sièges que le groupe ou parti qui arrive en deuxième position (chacun aura donc six sièges) quand les résultats sont serrés comme, disons, en 1983, 1987, 2005.

Dans la plupart des cas (1982, 1995 et 2014 par exemple), le bloc gagnant va rafler le maximum de sièges sous la proportionnelle. Rama Sithanen le démontre en page 11. Ce qui fait que l’écart en termes de sièges reste, au mieux, identique et, au pire, il se creuse davantage ! Avec de tels résultats, et un principe «fondamental» que seul Pravind Jugnauth semble saisir la portée, pourquoi cette réforme alors ? C’est illogique dans le fond et illusoire dans la forme - d’autant que l’esprit ethnique derrière le Best Loser System va tout simplement perdurer avec les Best Loser Seats. Et c’est un véritable recul démocratique en plus : le propriétaire d’un parti disposera de davantage de pouvoirs et ceux à la recherche d’un ticket devront se prosterner encore plus.

Pourtant, le voeu du peuple est clair : diminuer le nombre de députés, décentraliser le pouvoir politique, et moins de gaspillage de fonds publics (pension, duty-free, per diem, etc.). Le tandem Ramgoolam-Bérenger avait mordu la poussière en 2014 sur toile de fond d’une réforme constitutionnelle et électorale. Pravind Jugnauth, lui, a proposé une formule qui n’est pas acceptable intellectuellement. Cette pseudo-réforme mérite d’être une mort-née.

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Maurice est bel et bien engagé pour réformer son système électoral, tout en introduisant la proportionelle. C’étaient les propos de SAJ en 2015. Trois ans plus tard, le gouvernement a soumis ses propositions. Elles devront être validées au Parlement par une majorité des trois-quarts.  Ce qui est loin d’être gagné car la quasi-totalité des partis d’opposition se sont déjà prononcés contre.

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