Réforme électorale: «Aucun des quatre groupes n’est défini par l’ethnie…»

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Depuis l’indépendance de Maurice, en 1968, le système électoral a bien protégé les minorités. Et toutes les quatre communautés énumérées dans l’article 3 (4) du First Schedule de la Constitution, à savoir : «For the purposes of this Schedule, the population of Mauritius shall be regarded as including a Hindu community, a Muslim community and Sino-Mauritian community; and every who does not appear, from his way of life, to belong to one other of those 3 communities shall be regarded as belonging to the General Population, which shall itself be regarded as a fourth community.»

En bref, sont reconnus comme communautés, quatre groupes, incluant une communauté fourre-tout pour tous les autres Mauriciens n’appartenant pas à ces trois catégories et qui fut alors inventée et baptisée «population générale». Aucun des quatre groupes, excepté les sino-Mauriciens, n’est défini par l’ethnie comme le font, par honnêteté et rigueur scientifique, les anthropologues. D’où le «malaise créole» qui a mené aux injustices dénoncées par Affirmative Action auprès des Nations unies. Je cite ici l’importante déclaration du père Jean-Claude Veder, Créole comme moi, faite dans une interview à l’express:

«Une abolition brutale du BLS se fera aux dépens des quatre communautés.»

«Même si la constitution de ce mouvement est récente, la réflexion est là depuis longtemps et porte sur la prise de conscience de la discrimination, notamment envers les Créoles. Cette discrimination existe, est latente, larvée. Tout le monde en parle. À moi qui suis prêtre, des gens viennent me voir et me parlent de discrimination dans le regard, des préjugés à propos de cette ethnie ainsi que certaines autres composantes de la population. On en a beaucoup parlé dans l’église. On a parlé du malaise créole et beaucoup d’études ont été faites à ce sujet par des prêtres et des laïcs chrétiens. Beaucoup d’efforts ont été faits pour l’éducation, pour l’éradication de la pauvreté. Il y a une prise de conscience aujourd’hui du fait créole et on en parle.

Autrefois, on avait peur d’utiliser le mot créole. Aujourd’hui, je sens comme une affirmation du fait créole. Avant, lorsque l’on mentionnait le Créole, on disait “Attention, ne sois pas communaliste”. Aujourd’hui, il y a une fierté, une affirmation de soi, de l’identité créole. Les Créoles aujourd’hui ont pris conscience de leur valeur et du fait qu’on ne doit pas les traiter comme des moins que rien. Ils sont aujourd’hui diplômés. Les parents font d’énormes efforts pour que leurs enfants aient accès à l’éducation, pour qu’ils fassent des études supérieures. Affirmative Action a commencé dans le sillage de cette réflexion.

En 2017, il y a eu les propos de l’ancien ministre Showkutally Soodhun concernant les maisons de la NHDC et les Créoles. J’ai suivi tous les commentaires qui en ont découlé sur Facebook. À ce moment-là, tout ce qui se disait tout bas sur les Créoles a éclaté au grand jour. On disait que Créole est égal à problèmes sociaux, prostitution, drogue et j’ai vu comment on les dénigrait sur les réseaux sociaux. Je me suis dit, en tant que prêtre, ai-je le droit de me taire ? J’ai écrit sur Facebook en me référant à la lettre de 2008 du cardinal Maurice Piat qui disait que la cause créole est juste et qu’on ne peut se voiler la face car il y a de la discrimination envers la communauté créole. Dans cette lettre, le cardinal exhortait tout le monde à travailler ensemble pour la cause créole.

J’ai écrit et ça a fait le buzz. Radio One m’a appelé et j’ai dit que je ne peux admettre que l’on dénigre une communauté quelle qu’elle soit. Chacune d’entre elles a droit au respect, surtout si elle est la plus pauvre.»

Mais en tant que politicienne, j’attends le projet de loi que le gouvernement proposera avant de faire connaître ma position. Cependant, une abolition brutale du Best Loser System (BLS) constitutionnel, qui est une formule de représentation proportionnelle, se fera aux dépens des quatre communautés. Les Hindous, Musulmans, Sino-Mauriciens et Population générale ayant tous bénéficié du BSL. C’est dans ce contexte que le gouvernement propose une nouvelle formule de proportionnelle pour remplacer le BLS.

Mais le gouvernement devrait mettre en place des mécanismes pour mettre fin aux pratiques discriminatoires qui affectent les Créoles. Notamment celles de Soodhun, lorsqu’il était ministre du Logement, selon sa déclaration sur l’attribution des logements publics. Ces mécanismes à mettre en place devraient interdire au gros secteur privé de continuer une discrimination qu’il pratique depuis 250 ans ; alors que dans les secteurs public et parapublic, cela dure depuis 50 ans.

Je ne peux pas, en tant que Créole, accepter cette discrimination anti-créole contre laquelle Maurice devrait ériger une politique qui faciliterait le travail des commissions des droits humains et des equal opportunities. C’est pourquoi il est du devoir du gouvernement et des partis au Parlement de tenir compte de la position d’Affirmative Action pour une communauté exclue de la Constitution et qui représente presque 400 000 personnes qui au recensement religieux de 2011 se déclinaient comme Chrétiens.

Ce serait très dangereux et explosif que de maintenir le malaise créole.

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