L’après Hulot

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«Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation de pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non.» C’est le constat de l’ancien ministre français Nicolas Hulot qui démissionne car il «ne peut plus mentir».

Il démissionne, en dépit d’un fort capital médiatique. Comme quoi l’image n’est pas toujours un atout pour la mise en oeuvre de ses projets. Les agriculteurs, les chasseurs, toute la chaîne agroalimentaire s’est liguée contre lui. Et le parlement a cédé à la pression des lobbies. Pourtant, Hulot ne les accable pas.

Il sait bien que l’agriculteur n’est pas un benêt qui nie le désastre écologique. Loin s’en faut. Il n’est qu’un acteur économique qui sait que, sans herbicides et pesticides, il devra désherber son champ à petites mains, payer des ouvriers pour cette tâche, surveiller son champ, ce qui lui coûtera plus cher. Et que s’il veut facturer le juste prix de son légume, il pourrait ne pas trouver à le vendre. Il pourrait même trouver, dans l’étal d’à côté, des légumes venant de pays voyous de l’environnement, vendus à meilleur prix. Au nom du système, les voyous seront champions et lui sera perdant. Pourquoi le serait-il ?

« On s’évertue à entretenir, voire à ranimer, un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres», déplore Nicolas Hulot.

Ce modèle économique marchand qui fait que l’agriculteur continue, comme avant. Et que Macron continue de satisfaire le citoyen-consommateur, d’attiser son envie de consommer pour en faire un électeur heureux.

À Maurice aussi, on voit bien les ficelles de ce système marchand. La même connivence entre les consommateurs-électeurs et les politiciens tient les Hulot locaux à l’écart. Si bien que le littoral, déjà bien emmuré, continue de s’habiller de béton au nom du profit. Les baleines sont livrées aux Japonais au nom de quoi, on n’en dira rien. Les pesticides dans les légumes sont protégés par une nouvelle loi sans que le système ne permette aux planteurs de vendre leurs récoltes à un prix plus juste. Et pour les déchets, les recycler coûte bien trop cher… on verra bien.

Or, la possibilité de vivre ainsi durablement tient de la pensée magique… d’une idée de l’esprit, pas d’une réalité matérielle. Cette idée tient à une hypothèse : il y aurait assez de ressources sur la planète pour que tout le monde consomme ainsi. Ce n’est qu’une hypothèse qui a été depuis longtemps invalidée.

Deuxième hypothèse : la technologie règlera tout. Elle nous permettrait, par exemple, de remplacer la voiture essence par la voiture électrique (sauf que celle-ci pollue différemment), de produire des légumes sans pesticides cancérigènes. Ce postulat semble s’éloigner de nous de jour en jour. Cette technologie miracle, on la promet pour demain. Elle viendra, nous dit-on. On voudrait bien y croire, mais ce n’est qu’une croyance, comme le Messie et les ovnis.

Puis vient la troisième hypothèse : il serait possible à la science économique de produire une croissance illimitée. Que le chiffre de la croissance (qui n’est qu’une abstraction pondue de la réflexion humaine) serait ‘découplée’ de la consommation de biens physiques. On produirait ainsi 4 % de croissance économique par an sans consommer 4 % plus d’essence, sans utiliser 4 % plus de béton, sans importer 4 % plus de viande et de légumes, sans générer 4 % plus de déchets. Allez donc raconter cela aux habitants de Mare-Chicose…! Sauf que les économistes, eux, la croissance illimitée dans un monde de ressources limitées, ils y croient encore. Et dur comme fer !

Pourtant, on sait depuis longtemps que ces hypothèses sont fallacieuses. Dès 1970, des économistes du Club de Rome les avaient dénoncées. Depuis 48 ans, le système économique mondial les a fait passer pour des Charlots. Ils ont été bannis des universités, des manuels scolaires, des ministères, des organisations internationales… Quand, en 2018, Nicolas Hulot accuse le système marchand qu’il n’a pu influencer de l’intérieur, il fait écho à ces économistes. Il les réhabilite. Il met le doigt sur ce qui fâche.

Quand Hulot franchit les limites du politiquement correct, ce n’est pas le gouvernement Macron qui cède. C’est la science économique qui craque. Ce sont les gouvernements du monde entier qui perdent de leur crédibilité. Puisque leurs programmes sont bâtis sur des hypothèses et des croyances. Jusqu’à ce que la nature reprenne ses droits.

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