Le monogame et l’écolo

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«Mwa, mo éna enn sel fam!»

Ah bon ? Et alors ?

Effet boomerang ! Pravind Jugnauth a été plutôt mal inspiré de venir clamer haut et fort sa monogamie – qu’il érige comme sa marque de fabrique.

Dans sa tentative de se démarquer de son challenger direct, le Premier ministre s’est attiré les foudres et est devenu la risée de nombreux lecteursinternautes, qui s’expliquent mal son obsession, voire son «complexe» vis-à-vis de Navin Ramgoolam.

Alors que le pays est traversé par de multiples crises politiques, économiques et financières, alors que les Nations unies nous mettent au pied du mur sur les questions de protection des minorités et de réforme électorale, alors que les commissions d’enquête s’enchaînent, Pravind Jugnauth veut se muer en monsieur propre (sur le plan moral s’entend !). En fait, il est tombé dans le piège du politiquement correct : il démonise ceux qui ont plus d’une femme, ou, par extension, ceux qui ont plus d’un(e) partenaire. Ce faisant, il a aussi, à des fins purement politiques, peint son prédécesseur comme un phénomène marginal aux moeurs débridées et insolubles dans les valeurs mauriciennes. Si cela avait pu marcher – l’usure du pouvoir ramgoolamien aidant – en décembre 2014, force est de constater que ce n’est plus le cas en 2019 ; la preuve, c’est Pravind Jugnauth qui subit les contrecoups par rapport à sa vie privée, alors que Navin Ramgoolam devient, lui, une «victime».

Bien avant Jugnauth et Ramgoolam, il y avait dans l’Antiquité, dans cette même logique du bon contre le mauvais, ce dérapage de l’historien grec Hérodote qui, pour justifier une infériorité supposée des Africains, avait affirmé que ceux-ci «copulent en public comme les bêtes». Ce propos n’avait rien d’innocent. Il fallait, à tout prix, pour Hérodote et ses contemporains, fausser les aptitudes intellectuelles et morales de l’homme africain, en le réduisant à sa plus «sexe expression», afin de faire oublier qu’il avait été, avant d’être vaincu, bâtisseur...Ce serait bien que Pravind Jugnauth ravale ses propos – si d’aventure Maurice a besoin du soutien de dirigeants polygames à La Haye, par exemple...

***

Nicolas Hulot a démissionné, cette semaine, comme ministre-star du gouvernement d’Emmanuel Macron. Pour beaucoup, ce départ équivaut à un échec du «nouveau monde» tel que l’avait peint Macron.

Trois ans après la COP 21 de Paris, on assiste, encore et toujours, à la désillusion de ceux qui tentent de sauver la planète et de freiner le réchauffement climatique. «Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur les enjeux écologiques», a soutenu Nicolas Hulot, dans un véritable cri du coeur sur France Inter.

Même s’il n’a pas su convaincre ses pairs au gouvernement sur comment réussir la «transition écologique», Hulot part avec un certain panache malgré son aveu d’échec. Il est le premier à évoquer son incapacité à changer la donne et n’a pas attendu qu’on réclame sa tête – (bien des ministres mauriciens gagneraient à s’inspirer de lui, en commençant par le premier d’entre eux, impotent qu’il est de tenir certaines promesses électorales).

Comme ses douze prédécesseurs depuis 20 ans, Hulot n’a pas pesé lourd contre les puissants lobbies, et, par conséquent, n’est pas parvenu à modifier en profondeur l’action de l’État face aux défis climatiques, environnementaux ou sanitaires du monde actuel. «Avons-nous commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Non. Avons-nous commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? Non. À enrayer l’érosion de la biodiversité ? Non», martèle Hulot depuis qu’il n’est plus ministre. Il dénonce aussi «l’entêtement» des pouvoirs publics à préserver la filière nucléaire : «cette folie inutile». Tout cela, résume Hulot, demeure, d’abord et avant tout, «un problème de démocratie». D’accord. Mais se pose alors la question : «qui a le pouvoir et qui gouverne ?»

Aujourd’hui des milliers d’écologistes espèrent que le geste de Hulot provoquera un électrochoc et réveillera, enfin, les consciences. Autre voeu pieux ?

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