C’est quoi une mafia…

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On entend souvent parler du terme mafia. Dans les films, les bouquins, dans la vie de tous les jours, nous tombons sur des mafieux de tous poils et acabits. Si le mot mafia est lourd d’évocations romanesques ou fantasmiques, ce mot, d’origine sicilienne, souffre de l’absence d’une définition précise.

Le terme mafia désigne des unions secrètes. Certains ont cru juste d’universaliser cette notion de mafia et de l’appliquer à de multiples organisations, criminelles ou pas. Plusieurs organisations internationales, dont l’ONU, ont identifié plusieurs caractéristiques pouvant aider à identifier une mafia. En voici quelques-unes :-

• Une collaboration entre plus de deux personnes. Si pour une histoire de grosses commissions, trois membres d’un gouvernement, disons Pravind Jugnauth, Roshi Bhadain et Ravi Yerrigadoo, séquestrent, un soir du 16 février 2015, deux représentants d’une firme étrangère (Dufry) au domicile de l’ex- Attorney General – avec l’aide de Rakesh Gooljaury – est-ce que cela s’apparente à une pratique mafieuse ?

• Des tâches spécifiques sont attribuées à chacune d’elles. Au sein d’un gouvernement, il y avait un membre du KGB qui essayait de descendre son rival qui tentait de contracter un emprunt de la banque du gouvernement pour spéculer sur l’or (le fameux épisode Euroloan, en date de mars 2015). Si le parrain a décidé de sanctionner le premier (même si ce dernier voulait lui faire ériger une Heritage City) et de protéger le second (quite à le rétrograder des Finances aux Affaires étrangères), est-ce suffisant pour traiter le GM de mafia ?

• Le groupe opère sur une période de temps assez longue ou indéterminée. Au pouvoir depuis fin 2014, Lepep a trahi la confiance de tous ceux qui pensaient qu’il y aurait une Freedom of Information Act et une MBC indépendante. Or, après 1 353 jours, le groupe au pouvoir, qui accumule des rapports à cacher - par exemple ceux sur Sumputh et Choomka -, ne parle plus de transparence. Et la MBC devient pire que jamais – outre d’être un objet de propagande, voire une caisse de résonance, la radiotélévision nationale est devenue un outil pour tenter de déstabiliser des journalistes libres et indépendants – mots qu’une mafia gouvernementale ne peut, par essence, tolérer…

• Le groupe opère avec une forme de contrôle. La police et l’ICAC sont aux mains du gouvernement. Il n’y a qu’à voir comment les adversaires du pouvoir sont harcelés par des officiers zélés alors que des proches du pouvoir (comme Yerrigadoo, Hanoomanjee, Lutchmeenaraidoo, Choomka, Sumputh, etc…) sont, eux, vaccinés.

• Agissant au niveau international. Après l’échec de Dufry-Frydu, les proches du pouvoir se sont rapprochés de l’Angolais Álvaro Sobrinho, qui avait des cartes de crédit et des Jaguar à distribuer, et des milliards d’origine assez douteuse. Outre Sobrinho, qui serait confronté aux dossiers de l’ICAC afin de coincer Gurib-Fakim (qui a osé traiter le PM de menteur), il y a aussi pas mal de secrets entre les deals faits avec des Chinois et des Indiens, autour des terres et des projets d’infrastructure.

• Recourant à la violence ou à d’autres moyens d’intimidation. Quand Showkutally Soodhun, après avoir été condamné pour le saccage des locaux de La Sentinelle à Port-Louis, menace d’utiliser, cette fois-ci, non pas des pierres mais le revolver de son garde du corps contre le leader de l’opposition, est-ce une menace ou pas ?

• Exerçant une influence sur les milieux politiques, les médias, l’administration publique, le pouvoir judiciaire ou l’économie. Quand, en 2015 toujours, Pravind Jugnauth envoie son émissaire, Sattar Hajee Abdoula, pour négocier à Paris avec Dawood Rawat (le bailleur de fonds de Navin Ramgoolam/ PTr, MMM et MSM, entre autres), n’est-ce pas un jeu d’influence, une forme de chantage ? Quand plusieurs noms sont évoqués lors de ces échanges – dont sir Anerood Jugnauth (qui était encore le parrain?) et Eshan Khodarbux (rédacteur en chef) – est-ce par pur hasard ? Quand ce même Sattar Hajee Abdoula, qui appelle Pravind Jugnauth «boss», fait partie de la commission d’enquête Britam pour écouter l’ancien allié Roshi Bhadain, n’est-ce pas planifié ?

• Agissant pour le profit et/ou le pouvoir. L’affaire MedPoint, dont le dénouement est annoncé en janvier 2019, est un cas de figure intéressant. Il va soit sceller le sort du fils de SAJ ou le propulser plus loin dans le jeu qu’il pratique. Selon l’article 416 du code pénal italien, l’association de type mafieux concerne «ceux qui se servent de la force d’intimidation résultant du lien associatif ou filial et de l’état d’assujettissement et d’omerta qui en découlent, pour commettre des délits, acquérir de manière directe ou indirecte la gestion ou le contrôle des activités économiques, des concessions, des autorisations, des marchés et des services publics, pour obtenir des profits ou des avantages injustifiés en leur faveur ou en faveur d’autrui, ou encore pour empêcher ou entraver le libre exercice du vote…»

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