Mettre en perspective

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Si vous avez eu le bonheur de visionner le documentaire Cosmos, produit par Neil deGrasse Tyson, ou de lire ses livres ou ceux de quelqu’un comme Carl Sagan, vous aurez peut-être compris, comme moi, la leçon d’humilité que nous impose l’univers dont nous ne connaissons avec certitude ni les limites, ni le commencement, ni la fin.

Ce que nous savons est à couper le souffle !

Notre galaxie à nous, la Voie lactée, est une galaxie parmi des milliards d’autres. De celles-ci, la paire de nuages de Magellan est notre voisin le plus proche, à 180 000 années lumières de chez nous, une année lumière représentant la distance d’un voyage accomplit pendant une année à la vitesse de la lumière, soit 300 000 kilomètres par seconde ! Arrêtez-vous un instant et considérez ce chiffre, car il en vaut la peine… Or, la circonférence de la Terre, que Phileas Fogg traversait, il y a encore peu, en 80 jours, ne fait en tout et pour tout que 40 075 km ! La lumière fait donc plus de 7 fois le tour de la Terre en une seconde et les Magellan sont donc à plus de 9 460 800 000 000 x 180 000 kilomètres de chez nous ! Vous imaginez ! (Ma calculette n’a pas les épaules assez larges pour afficher ce chiffre sans «e» !)

Ce n’est pas tout, puisque le satellite Gaia, lancé par les Européens en juillet 2014, comptabilisait avec précision et en trois dimensions à fin avril 2018, déjà plus de 1,7 milliard d’étoiles dans notre seule galaxie et les scientifiques estimaient que ceux-là ne représentaient que moins de 1 % du total !

Ça vous dépasse ? Moi aussi !

Mais ce n’est pas fini : le télescope spatial Hubble suggère que l’univers serait constitué de 2 000 milliards de galaxies. Dans la nôtre, seules 75 % de toutes les étoiles sont moitié moins massives que notre Soleil à nous, qui est à 8 minutes lumière de la Terre, une des huit planètes, Pluton ayant été disqualifiée depuis 2006 et l’on estime, en plus, que trois soleils naissent chaque année dans notre propre galaxie !

Mais c’est pour vous dire quoi, tout ça ? Simplement ceci : ici-bas, du protoplasme humain constitue 1,3 million de citoyens mauriciens habitant une parcelle de terre de 1 080 km2 , soit 0,00021 % des 510 millions de km2 de terres émergées de cette planète. Ces humains se choisissent des leaders chaque cinq ans. Ils sont 62. Un parmi eux est au pinacle de son petit territoire. S’ils veulent bien se mettre en perspective dans cet univers immense, ne (se) (nous) doivent-ils pas un devoir de modestie et de retenue ?

Sur ce seul plan, certains préfèrent piti à papa et même s’il se met encore souvent le doigt dans l’œil, comme par exemple cette seule semaine, en acceptant d’inaugurer une grotte dédiée à la Vierge Marie (il ne voit vraiment pas le précédent qu’il a ainsi créé ?) ou en nommant Beekharry de l’ICAC pour enquêter sur les personnes citées par le rapport Lam Shang Leen, alors que quelqu’un de franchement indépendant convenait mieux ; on le sent moins excessif, moins provocant, plus réservé, plus discret et dans notre grand théâtre politique national, cela tranche et semble rassurer de nombreuses personnes…

*****

On ne connaîtra probablement jamais tous les détails des tractations qui ont mené à ce que la SBM affiche un rare trimestre de pertes cette semaine. Ceci, après avoir provisionné, entre autres, un prêt de Rs 932 millions, apparemment crédité sur le compte d’un intermédiaire qui aurait alors… disparu avec le magot ! S’il est vrai que toutes les banques courent des risques de mauvaises dettes en faisant des prêts, la norme dans ces cas est de faire le prêt d’abord, de voir ensuite l’investissement requis se concrétiser et de constater quelque temps plus tard que le cash-flow qui devait permettre de rembourser le prêt ne se matérialise pas. Ce cas nettement plus exotique, mais point impossible, est à ranger avec ceux de Nick Leeson à Barings, de Robert Lesage dans l’affaire MCB-NPF ou de Jérôme Kerviel à la Société Générale, étant entendu que l’instigateur n’en profite pas nécessairement et que, par contre, de vrais voleurs arrivent à se faire oublier! Il sera, par ailleurs, intéressant de voir si l’ICAC, ayant poursuivi la MCB pour «négligence», ayant mené à l’affaire MCB-NPF va maintenant poursuivre la SBM au même titre…

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Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que la commission d’enquête instituée autour de notre exprésidente est un coup d’épée dans l’eau, une perte de temps, un gaspillage d’argent. La transparence n’est pas un luxe en démocratie, mais en constitue un ingrédient vital ! Madame Gurib-Fakim a été à la tête du pays pendant presque trois ans. Elle a représenté notre pays et a aidé à façonner son image. Positivement et négativement. Pour cela, elle a été payée des deniers publics, a utilisé le château du Réduit à son bon vouloir, touchera une bien belle pension pour la vie. Elle aurait sans doute préféré disparaître discrètement de nos horizons pour essayer de préserver l’attrait et les promesses du sien, mais elle a été happée par une commission d’enquête, nommée par ses amis d’hier, constituée de trois juges, pour enquêter, notamment, sur les méandres de sa tentative de mettre sur pied une commission d’enquête, alors que cela ne relevait pas de ses pouvoirs.

La clause (e) des attributions de cette commission permet, cependant, d’“enquire and report… on the resignation… of the president, in particular but not limited to the unlawful, improper or indecorous use of the office of the president and other matters directly related thereto”, ce qui permettra à l’ex-présidente de s’expliquer sur Sobrinho et de partager les responsabilités afin que nous puissions prendre nos leçons et mieux nous protéger la prochaine fois. Ceci est d’autant plus important que nous avons, depuis, vu le Finance Bill modifier la clause 64 de la Banking Act – qui favorisera l’opacité, contrairement aux tendances mondiales, – avons été avisés de la demande de Glenn Agliotti, Sud-Africain condamné dans son pays pour trafic de drogue en 2007*, pour produire et commercer dans les cigarettes à Maurice, et lu l’avis du senior lecturer Narsinghen dans l’express, ce mercredi. Pour avancer, il nous faut voir plus clair et il nous faut faire gaffe. Cette commission nous permettra peut-être de mieux comprendre les enjeux, avec moins de détours et de prendre les mesures avisées qui favoriseront le plus propre et le plus transparent ?

Entendu que c’est là ce que nous souhaitons vraiment !

*Mail & Guardian, 5 décembre 2007

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