Luchan et Strzok: agents spéciaux

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Coïncidence. Le matin où l’express publiait la photo de l’ASP Manoj Luchan, fièrement assis derrière Raj Dayal et Gilles L’Entêté, lors du comité central du MSM au Sun Trust, les journaux américains faisaient état du licenciement de Peter Strzok, un agent du FBI, qui a envoyé un SMS anti-Trump durant la campagne présidentielle US.

Si, aux États-Unis, un fonctionnaire peut être démis de ses fonctions (uniquement parce qu’il a exprimé en privé une opinion partisane), chez nous, un haut gradé de la police ne se gêne aucunement pour aller écouter les diatribes des politiciens, au quartier général du parti jadis décrit comme le «bâtiment de la honte» (en raison de son financement politique occulte). Dans la tête de Luchan, il n’y a rien à craindre ; au contraire, ceux qui veulent le toucher, devraient savoir qu’il est un proche des Jugnauth.

Il nous aura fallu, pour alerter l’opinion, publier la photo de Luchan, indiquer le personnage parmi l’assistance à l’aide d’une flèche jaune, solliciter les avis de ses supérieurs et des responsables politiques quant à sa présence, avant que le commissaire de police (dont l’indépendance est pourtant garantie par la Constitution) ne se décide à sanctionner le policier-agent politique. Mais la sanction, ici, s’avère davantage un trompe-l’oeil. Luchan ne sera pas démis, il n’aura aucun avertissement, il sera juste rangé aux oubliettes au sein de la Special Supporting Unit – le temps que la presse et les lecteurs oublient cet incident. Seul inconvénient : il aura à revêtir l’uniforme et porter un béret, et peut-être subir quelques quolibets aux Casernes...

Avant Luchan, il y a eu et il y aura d’autres policiers qui iront, temporairement, au garage de l’oubli, avant de ressortir à chaque transition politique, les crocs à l’air. Les transferts politiques au sein de la police sont monnaie courante. C’est ainsi car on cultive des suiveurs aux Casernes centrales.

Sous Trump, la pratique de régler des comptes commence à se répandre. «Strzok is the latest addition to a now-lengthy list of top Justice Department officials who have been fired after coming under attack from the president, including FBI Director James Comey and Deputy FBI Director Andrew McCabe – which will naturally raise some questions about whether there was improper political influence in Strzok’s firing», note le Washington Post.

Si aux États-Unis, comme à Maurice, les agents de police peuvent avoir et échanger des opinions politiques, en revanche, il est manifeste qu’utiliser les téléphones de service pour discuter politique n’est pas permis. Dans un échange avec sa collègue Page, qui voulait savoir si Trump pourrait être élu président, Strzok avait répondu : «No. No, he won’t. We’ll stop it.» Si par «we», Strzok voulait dire le FBI – qui avait ouvert une enquête sur l’ingérence russe pour faire élire Trump durant cette même période cela pose inévitablement la question si Strzok pensait pouvoir impacter l’élection présidentielle US en utilisant sa position comme agent du FBI. Chez nous, on doit se demander si un Luchan, un Jhugroo, ou un Bhojoo peut influer sur le vote mauricien ?

Lors de son audition au Congrès, Strzok s’est défendu d’avoir laissé ses opinions personnelles influer sur l’exécution de sa mission au sein du FBI. Il avait affirmé que son message «On va l’en empêcher» faisait référence aux «électeurs américains» - et non pas à une opération du FBI qui serait chargée de faire dérailler la candidature de Trump. «J’aurais bien pu, si je le voulais vraiment, passer un coup de téléphone à un journaliste pour faire fuiter le fait qu’une enquête visait Donald Trump avant le scrutin», a avancé Strzok pour appuyer ses dires.

Si l’avocat de l’agent Strzok, Me Aitan Goelman, estime que le limogeage de son client, qui a servi au FBI pendant 21 ans, est «inhabituellement sévère», Donald Trump, lui, n’a pas attendu longtemps pour jubiler sur Twitter : «Enfin, l’agent Peter Strzok a été viré. La liste des ripoux au FBI et au DOJ [le ministère de la Justice] ne fait que s’allonger. Et-ce qu’on va laisser tomber la chasse aux sorcières du fait que Strzok en avait la charge ?» s’est interrogé le président, qui a déclaré, dans un autre tweet, qu’il ne veut pas faire obstruction à l’enquête de Robert Mueller (Trump a toujours nié tout lien avec les Russes pour influencer l’issue des élections), mais qu’il ne fait que «répondre aux coups ». Pour rappel, le procureur spécial Robert Mueller, qui a repris l’enquête du FBI sur une possible collusion avec la Russie, avait d’abord recruté Peter Strzok dans son équipe. Mais il l’a écarté deux mois plus tard, quand il a appris l’existence des fameux SMS. Cependant Trump insiste, la simple présence de Strzok jette le doute sur l’impartialité de l’enquête.

Et si un jour Luchan devait enquêter sur Ramgoolam, cela donnerait quoi chez nous ?

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