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Alors qu’à Maurice, l’élection de renouvellement du bureau du Mauritius Council of Social Services (Macoss) est reportée pour cause d’irrégularités, à une demi-heure d’avion plus loin, une étude recensait, presque à la même période, l’existence de 822 entreprises sociales. Vous l’aurez compris : il s’agit bien évidemment de nos voisins réunionnais.

Réalisée conjointement par le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux 974 (Mouves) et l’Agence Française de Développement (AFD), l’étude comptabilise 21 000 emplois au sein de ces entreprises. Avant de tirer des conclusions hâtives, il est nécessaire de définir l’entreprise sociale.

Selon l’AFD, une entreprise sociale recherche un impact social fort et une autonomie financière grâce à son activité. Le social business construit une gouvernance cohérente avec son approche sociale. Mouves estime, pour sa part, que l’entrepreneuriat social est tout simplement une manière d’entreprendre qui place l’efficacité économique au service de l’intérêt général.

La finalité est donc de répondre à des besoins sociaux par des activités économiques.

Malheureusement, de telles pratiques ne sont pas contagieuses. Sinon, on aurait souhaité la contamination de ceux qui sont chargés de promouvoir le développement social et communautaire à Maurice. Le Macoss, dont l’objectif premier sur papier est de «stimulate and promote economic, social and cultural activities for the advancement of the community», gagnerait à se remettre en question s’il parvient à élire, sans transgresser les règles, un nouveau bureau dans les semaines à venir. Cette introspection est d’autant plus nécessaire pour l’organisme fondé en 1965 face à l’émergence de nouveaux enjeux sociétaux et économiques. Il y va de sa crédibilité aux yeux du public mais aussi, et surtout, au regard de ses affiliés, les organisations non gouvernementales. Laisser planer le doute quant à l’application des principes de bonne gouvernance, c’est condamner le conseil des services sociaux à n’être qu’un spectateur du changement.

«La finance citoyenne pourrait être une option» 

Or, le rôle des organisations non gouvernementales est trop important dans la société, d’autant plus qu’elles interviennent là où très souvent l’État est absent, pour accepter qu’elles soient condamnées à mort. Déjà, avec les changements de directives en matière de responsabilité sociale – à quatre reprises – les ONG ne savent plus sur quel pied danser.

Certes, l’épisode des bulletins manipulés lors des élections reprogrammées du Macoss n’est que le reflet d’une dégénérescence sociétale, mais elle pourrait être l’élément déclencheur d’une réflexion profonde sur l’avenir des organisations sociales. Dans un monde dicté par l’obligation de résultats à pratiquement toutes les étapes de la vie, les organisations sociales gagneraient à contempler la voie de la professionnalisation, notamment celles qui sont toujours sur des modèles très dépendants du bénévolat.

Se muer en véritables acteurs du changement implique également un nouveau rapport aux subventions publiques. La finance citoyenne pourrait être une option pour pallier le manque d’engagement des acteurs publics et privés dans certains domaines. Mais en l’absence de structure appropriée, ce levier n’est pas facilement accessible. L’occasion est donc rêvée pour des assises nationales afin de mettre toutes les parties prenantes au diapason des nouveaux défis et, partant, répondre efficacement aux besoins de la société.

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