Quitte ou double

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«Nous ne pouvons pas continuer à construire sur une fondation qui est pourrie». À ne pas s’y méprendre. Ces propos ne sont pas d’un opposant au régime de la coalition Lepep mais ceux de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il les avait tenus dans un entretien à Business Magazine sept jours avant qu’il ne soit porté aux affaires par l’électorat.

Plus de trois ans après, ce constat demeure toujours d’actualité. L’ancien ministre des Finances devenu ministre des Affaires étrangères avait vu juste en évoquant le pourrissement des fondations. Cette situation qu’il essayait de nous décrire, en clouant au pilori ses adversaires à la veille du scrutin de décembre 2014, ne s’est nullement améliorée en dépit du changement de régime.

Le rapport de l’ancien juge Paul Lam Shang Leen sur la drogue met d’ailleurs en relief les ramifications qui s’étendent jusqu’aux structures de l’État. Il existe bel et bien des ponts entre la politique et le trafic de drogue. La démission forcée de la ministre de l’Égalité des genres, Roubina Jadoo-Jaunbocus, et du vice-Président de l’Assemblée nationale, Sanjeev Teeluckdharry, en est la conséquence.

Même s’il est le premier à en faire les frais, il est nécessaire de concéder que c’est le gouvernement Lepep qui a institué – comme promis dans son manifeste électoral –, la commission d’enquête sur la drogue. Le commanditaire se retrouve donc avec de très solides arguments pour agir.

Il incombe désormais au chef du gouvernement de saisir la balle au bond. Objet de nombreuses critiques de la part de ses adversaires, Pravind Jugnauth a beaucoup plus à gagner qu’à perdre en initiant un exercice pour purger le système. Il aura surtout à démontrer une capacité à surmonter les handicaps qu’on lui prête, notamment une faible emprise sur la troupe qu’il a héritée de son père. La résultante serait, selon ses détracteurs, les scandales qui ont vu l’éviction de leurs postes de plusieurs membres de la majorité.

Alors que la politique s’emballe à nouveau, le Premier ministre ne devrait surtout pas s’attendre à vivre des jours apaisés. D’ici à quelques mois, il sera confronté au jugement du conseil privé de la Reine dans l’affaire Medpoint. Un avis défavorable de cette instance contribuera à fragiliser Pravind Jugnauth au point probablement de le forcer à tenir des élections générales anticipées. En revanche, cela ouvrira de nouvelles perspectives au leader de la coalition gouvernementale si le conseil privé décide de confirmer le jugement de la Cour suprême de Maurice. Rien n’est joué ! Les acteurs politiques le savent. D’où l’intérêt de chacun à garder les options ouvertes.

Ce qui n’arrange en rien les choses du point de vue de la population. Car qui dit repositionnements sur l’échiquier politique, dit également que les électeurs seront mangés à la même sauce aux prochaines consultations populaires. À moins que Pravind Jugnauth ne décide de jouer à quitte ou double. Ce qui lui laissera que très peu voire une seule option : faire le ménage au Kärcher autour de lui tout en respectant les engagements phares de son manifeste électoral. À commencer par l’introduction d’une Freedom of Information Act afin de garantir la transparence et permettre la libre circulation des informations. Cela marquera le début de la purge réclamée eu égard aux retombées éventuelles sur les mentalités. Une loi sur le financement politique et l’introduction d’une télévision privée vont également dans le sens de la consolidation promise de la démocratie. Des thèmes sur lesquels l’alliance Lepep s’est d’ailleurs engagée.

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