Une alliance MSM-MMM pour (tenter de) sauver les meubles…

Avec le soutien de

Pravind Jugnauth serait naïf de croire qu’il pourra surfer sur le rapport Lam Shang Leen afin de scorer des points politiques. À bien voir, il lui sera de plus en plus difficile de garder son équipe soudée jusqu’aux prochaines législatives. Chaque jour qui passe, désormais, apportera son stress grandissant. Comment, en effet, montrer qu’il «mean business» dans son combat contre la drogue alors qu’il est le capitaine d’une équipe dans laquelle évolue un Sanjiv Teeluckdharry qui pourrait démissionner (dès que l’on nommerait son successeur) – et partant provoquer une partielle au n°5 (fief de Ramgoolam) – car il n’a plus rien à perdre (d’autant qu’il sait que sa Judicial Review est mal partie, avec la nomination du même Paul Lam Shang Leen pour traquer les 16 kilos de drogue qui auraient disparu). Attention : un départ de Teeluckdharry pourrait signifier un retour de Navin Ramgoolam au Parlement...

Comment le Premier ministre va-t-il aussi gérer la frustration des Jaunbocus (qui seraient des membres d’une «lakwizinn» désormais en ébullition) et celle de Raouf Gulbul, qui a déjà perdu la Law Reform Commission et la Gambling Regulatory Authority ?

Comment nous faire croire qu’un autre comité interministériel produira des résultats avant les prochaines législatives (qui sont pratiquement derrière la porte) après le travail de fourmi de Lam Shang Leen, Sam Lauthan et le Dr Ravind Domun, ainsi que la courageuse équipe d’Hector Tuyau ? Nous savons tous que les comités interministériels sont des artifices pour gagner du temps. Exemples : celui sur la soi-disant réforme électorale qui devrait aussi proposer une nouvelle formule pour le financement des partis politiques, sans parler de celui sur l’industrie sucrière qui tente de souffler le chaud et le froid…

Comment redorer le blason de la police après les révélations du rapport Lam Shang Leen et le départ d’un Nobin qui ne contrôle plus rien et qui serait remplacé par un proche du ministre Jhugroo ?

Comment garder des Soodhun, Dayal, Sesungkur… après avoir perdu Bhadain et le non-élu Yerrigadoo ? Comment minimiser les dégâts que peut provoquer la commission d’enquête sur Ameenah Gurib-Fakim, tout en caressant le ML, dont le leader a perdu la raison en regardant dans les yeux de Sobrinho ? Comment garder secrets les rapports sur Sumputh et Choomka tout en promettant une soi-disant Freedom of Information Act devenue de plus en plus obscure ? Comment améliorer la MBC alors que la boîte à propagande doit faire le contrepoids d’une presse libre qui ne sait plus où donner de la tête tellement il y a des scandales qui se ramassent à la pelle ? Comment contrer la menace des drogues synthétiques tout en restant conservateur sur le gandia naturel ? Comment gérer le procès MedPoint au Privy Council tout en restant serein ? Tout miser sur le procès Chagos devant la CIJ ou attendre que Metro Express éblouisse le public voyageur ? Ou trouver, dans les prochains mois, un partenaire quelque peu crédible...mais qui ?

***

 Le roman autobiographique de Marie-Danielle Selvon retrace le parcours fort louable d’une fille de charpentier, au caractère d’acier, née au sein d’une famille modeste, «lors bitations», dans un village de l’Ouest. Un village traversé par des senteurs de tamariniers qui évoquent Baudelaire. Mais il y avait aussi des bilimbis, des manguiers, de la canne à sucre et du frangourin qui rendaient la vie moins amère à supporter. Grâce à l’éducation gratuite, Danielle arrive à s’émanciper pour faire entendre sa voix au milieu des «camps misérables» des laboureurs et des ouvriers d’usine. Et ce, même si sa famille n’avait pas de quoi lui acheter un cahier scolaire. Bien des années plus tard, porté, une fois de plus, par sa voix, son destin croise celui du journaliste Sydney Selvon, qui deviendra plus tard le rédacteur en chef du Mauricien, avant d’être nommé ambassadeur en Australie par sir Gaëtan Duval. Ensemble, le couple va alors sillonner le monde, collectionner des diplômes, élever trois enfants, et travaillera, après son séjour «down under», en Europe, au Canada et en Chine. Une vie bien remplie jusqu’ici…un exemple pour beaucoup.

En 2010, retour définitif à Maurice pour les Selvon. «Sur la base de mes qualifications», le MSM des Jugnauth approche Marie-Danielle par l’intermédiaire d’un journaliste «connu» (dont l’identité demeure mystérieuse). Le parti soleil est dans l’opposition et se prépare à reconquérir le pouvoir contre le PTr de Ramgoolam et le PMSD de Duval. «J’ai beaucoup discuté avec mon mari, un ex-dirigeant du MMM, dont le MSM est une émanation», avant de dire oui. «Je voulais participer à une belle aventure politique visant à mettre des idées nouvelles au sein du pays.» Danielle accepte le défi de se porter candidate au n°1, «où le MMM avait toujours gagné depuis 38 ans». Comme elle n’avait pas d’assises au sein de la circonscription, on lui donne perdante. Mais après avoir travaillé le terrain avec son Sydney de mari, elle remporte son siège de députée, devancée par son colistier Patrice Armance (du PMSD), mais devant le militant Veda Baloomoody. «La grande leçon que m’a apprise mon mari, c’est qu’aux élections, il faut davantage s’appuyer sur la majorité silencieuse que sur certains artifices électoralistes traditionnels et excessivement coûteux, considérés souvent à tort comme efficaces.»

Mais après son élection, malgré son admiration pour SAJ, Danielle Selvon démissionne du MSM «lors d’une controverse autour d’une loi qui, à mon avis, menaçait gravement les petits et moyens entrepreneurs qui constituent le plus employeur de maind’œuvre du pays (sic)». Elle siège en indépendante, se lâche sur des sujets comme le cannabis et sur comment approfondir la démocratie, et subit l’arrogance de SAJ qui lui lance, un jour de décembre 2016, la boutade suivante : «Vous pourrez avoir l’occasion de faire mieux que moi si vous devenez Premier ministre...» Quelques jours après, le «trust familial» est légué au fils – en plein exercice du pouvoir.

 Puis, après une grève de la faim à Belle-Vue Maurel, Danielle est courtisée par les mauves. Elle intègre le parti de Paul Bérenger, qu’elle avait choisi de combattre en 2014. Mais sa liberté de parole (sur Facebook) est contestée par le nouveau président du MMM, Reza Uteem. Elle refuse de participer «au silence des agneaux» et va rencontrer Bérenger à River Walk avec sa lettre de demission dans la poche. Séducteur malgré tout ce qui lui tombe sur la tête, Bérenger arrive à la convaincre de ne pas partir. Depuis, silence de mouton, malgré la série de défections au n°1 au sein des mauves.

 Qu’a bien pu promettre Bérenger à la fille du charpentier ? Une winning formula avec les Jugnauth ? Le poste de présidente de la République en cas de victoire ? On le saura peut-être dans un prochain roman politique…tout aussi émouvant par Danielle Selvon. Mais un roman de plus en plus pathétique pour le Mauricien moyen que nous sommes…

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