L’humanité est bizarre !

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Le monde est certainement plus que bizarre par moments ! Ce constat est vérifiable du presque futile aux situations les plus sérieuses.

Je pensais au consumérisme l’autre soir. L’humain en est, par exemple, au point où il peut se mettre sous sa douche et s’enlever la graisse naturelle de ses cheveux pour ensuite, après s’être séché, les enduire à nouveau de gras divers, y compris de gel ! Sans y trouver de contradiction !

Qu’est-ce qu’il y a de plus important que la santé ? Et pourtant, on parle de la surmédicalisation comme un des moteurs principaux de l’explosion des coûts de la santé ; les traitements inutiles ou dont les coûts/ bénéfices sont anormalement élevés, étant de plus en plus fréquents.

Une estimation des traitements et diagnostics superflus, faite par l’Académie Médicale des États- Unis, cite à cet effet un chiffre de 200 milliards de dollars ! C’est presque trois fois leurs dépenses au titre de l’éducation. En 2013, la France estimait le taux de bilans complémentaires inutiles à 28 %. Et dans nos hôpitaux et cliniques, alors ? Scientific American, en novembre 2017, parle de stocks massifs de médicaments renouvelés même avant leurs dates de péremption, elles-mêmes anormalement courtes pour faire vendre plus, de gouttes pour les yeux qui sont délibérément grossies, d’oreilles percées à l’hôpital pour 1,877 $. La médecine, cet art d’accompagner, de soigner et de guérir qui accomplit, grâce aux nouveaux remèdes et au progrès de la chirurgie, tant de positif peut malheureusement aussi se laisser ensorceler par le fric. Pendant ce temps-là, on peut encore mourir de maladies parasitaires apparemment simples à éradiquer : malaria, typhus, bilharziose…

Ne trouvez-vous pas bizarre cet engouement presque fétichiste pour de l’eau embouteillée qui coûte beaucoup plus cher que l’eau du robinet (300 fois plus chère aux États-Unis, mais 2 000 fois plus chère si le coût de la bouteille est inclus…), sans compter que cela pollue la planète ? On est parti en guerre récemment contre le single usage plastic, c’est bien, mais par un effet bizarre de contagion (ou de propagande), on attaque les pailles à boire et les cuillères et fourchettes en plastique d’abord, sans trop se soucier des bouteilles PET qui véhiculent l’eau ainsi que toutes les boissons gazeuses, par ailleurs.

Quand on néglige trop la qualité des ressources en eau, comme en Chine, le phénomène devient colossal !

Avec 20 % de la population mondiale, mais seulement 6,5 % des ressources en eau et une industrialisation à cadence phénoménale, est-il étonnant que le ministère des Ressources en eau ait déclaré, en 2016, que 4/5e de l’eau souterraine est contaminée au point de ne pas être utilisable ? Résultat ? Même si la consommation d’eau embouteillée en Chine par personne est à 1/5e du niveau américain, les ventes doublaient entre 2010 et 2015 et tripleront jusqu’en 2021. L’eau du robinet en Inde a très mauvaise réputation. L’eau embouteillée aussi – si elle n’est pas branded – et même là, on fait du faux, paraît-il. Qui se plaint de l’eau de la CWA à Maurice ? Pas moi ! Ah ! Un dernier fait bizarre : une des eaux en bouteilles les plus chères au monde s’appelle Fiji Water. Grâce à un marketing qui ne s’arrête à rien, elle se vend 10 000 fois plus chère que celle du robinet. Elle provient d’un pays avec un taux d’eau courante vraiment faible, soit 47 %...

Autre sujet, même bizarrerie. La nourriture ! Nous vivons dans un monde où on estime la population ne mangeant pas suffisamment à sa faim pour mener une vie saine à 870 millions (Food and Agriculture Organisation (FAO)). Or, on jette ou on laisse détruire ou on gaspille 1,3 milliard de tonnes de nourriture par an, soit 4 fois plus que nécessaire pour assouvir ceux qui ont faim. Je n’ai pas déjeuné en écrivant cela. Je mange déjà trop de toute façon, selon Bouddha, qui recommande de ne manger que ce que peut contenir le creux de nos deux mains…

Mais la nourriture que je n’ai pas consommée à la cantine, on en fait quoi ? Dans les pays en voie de développement, là où la nourriture fait le plus défaut, on estime que 30 à 40 % de la production se perdent avant d’atteindre les marchés. En pays développés, cette équation est minimisée. Par contre, les subsides mal avisés engendrent des montagnes de production non souhaitées dont il faut périodiquement se débarrasser, on surstocke son frigo duquel il faut périodiquement éliminer les «plus tout à fait frais» ou le carrément moisi et on laisse des restes dans son assiette… En Europe et en Amérique du Nord, on estime le gaspillage de ce type à 10 kilos de nourriture par tête et par mois.

Alors que la population mondiale qui doit être nourrie est passée de 1 milliard en 1800 à 7,5 milliards à ce jour* et sera à plus de 9 milliards en 2040, chacun continuant à exiger et à obtenir de mieux manger, y compris de la protéine animale ; les stocks de poisson s’écroulent. Ainsi, 85 % des espèces marines (BBC) sont déjà surexploitées. De larges pans du fonds marin sont détruits pour longtemps encore ayant été raclés par d’immenses filets à dents, dévastateurs. Les flottes qui ont tout détruit chez eux, par avidité, sont aujourd’hui en partie subventionnées pour aller pêcher «ailleurs», chez ceux qui n’ont pas, de toute manière, les moyens de se défendre, même s’ils ont des ministres rondouillets s’occupant d’économie «bleue» ! On se rabat aussi sur l’aquaculture, qui représente déjà 50 % de la production mondiale. Ce qui n’est pas sans problème car une nourriture «végétarienne» des pensionnaires de ces fermes ne produit pas l’Oméga 3 qui donne ses vertus majeures et son goût au poisson. Or, le saumon ou le thon mangent 20 fois leur poids par jour, sous forme de petits poissons faiblement commercialisés – ce qui, pour les besoins de la farine de poisson, mène à la disparition rapide de ce maillon aussi de la chaîne alimentaire…

Ça vous effraie ? Il y a de quoi !

Et l’on propose quoi, en regardant devant nous ? «America First!», disons ? Poutine et Kim seconds, mettons ! Une nouvelle course aux armements ? À 4 % du PIB, vraiment ? La négation du réchauffement de la planète ? Ou pour paraphraser un peu Michael Foley ** : des services publics améliorés sans hausse de prix, ni taxe ; des droits, sans obligation ; la célébrité sans accomplissement ; du sexe sans autre forme de relation ; une opinion avec un minimum de réflexion ; un maximum de cours avec un minimum de travail ; le pouvoir sans le savoir, la guerre sans morts (du moins dans son camp), des raisins sans pépins… et bientôt du poisson sans arête, sans doute !

*Fait intéressant : nous ne sommes que 7 % de tous les humains ayant jamais existé !
** The Age of Absurdity, Michael Foley, Simon & Schuster, 2011

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