Coupable de faire son travail !

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Une fois n'est pas coutume, le ministre mentor mérite des applaudissements ! Sa réponse franche à l'Assemblée nationale, à la suite d'une question parlementaire d'un député rouge autour du transfert d'une policière, est tout à son honneur. «Elle a été punie car elle a donné une contravention au Chairperson du Conseil de Village de Bois-des-Amourettes», reconnaît l'ancien Premier ministre au Parlement. Cet aveu de taille de SAJ est grave, inacceptable et démontre à quel point l'ingérence politique ronge notre système, permettant ainsi de sanctionner nos hommes et nos femmes en uniforme, ceux-là devenus coupables parce qu'ils font leur job. Quel étrange signal envoie-t-on à nos policiers, essentiellement aux jeunes recrues. 

Pendant que des brebis galeuses, allant des policiers vagabonds à ceux devenus maillons d'une toile d'araignée de trafiquants de drogue, ternissent l'image de la police, voilà qu'on sanctionne ces autres qui veulent faire respecter la loi. Si ce n'est pas le monde à l'envers, cela y ressemble. Ainsi donc, dans l'affaire qui nous concerne, une policière affectée au poste de police de Vieux-Grand-Port a pris en contravention, lors d'un contrôle routier, un président de Conseil de Village, pour n'avoir pas mis sa ceinture de sécurité.

Trois jours plus tard, la policière reçoit une lettre de transfert pour Plaine-Magnien. «Elle était dans tous ses états. Elle a dû être transportée à l'hôpital», témoigne courageusement un de ses collègues dans les colonnes de l'express samedi. Si après avoir alerté un des syndicats de la police, elle fut mutée à Mahébourg, voilà que le 13 juillet, la policière a pu réintégrer son poste à Vieux-Grand-Port. On devine facilement que c'est le tapage qu'allait provoquer la question parlementaire – posée le 17 juillet – qui a accéléré les choses, permettant ainsi à la jeune femme de retrouver son ancienne affectation.

Devrait-on se contenter de cet épilogue ? Non car cette affaire est extrêmement préoccupante et il faut désormais veiller à ce que SAJ concrétise son engagement déclaré au Parlement : «Je vais m'assurer que des actions soient prises. Ce genre de chose ne peut être toléré.»

À l'heure où des bruits de couloir font état d'une proximité avec un ministre ayant permis ce transfert ; à l'heure où il semblerait qu'un certificat médical vient d'atterrir par magie dans le dossier du président qui, au moment de son interpellation, avait fait ressortir qu'il n'en avait pas, il faut dénoncer vigoureusement toutes ces complicités qui ouvrent la porte à d'inadmissibles passe-droits. Et si cette affaire mérite que l'on s'y attarde, c'est parce que le transfert punitif doit être dénoncé et combattu, sachant qu'il est une arme brandie par tous les gouvernements pour intimider notre force de l'ordre. Et cette histoire n'est qu'une parmi  tant d'autres. Nobin a beau tenter de démentir, il ne convainc personne si ce n'est que nous avons affaire à un gouvernement qui fait dans la continuité de la politique de son prédécesseur.

Comment oublier que, jusqu'au dernier moment, soit le jour même des élections générales en décembre 2014, Ramgoolam, alors Premier ministre, n'avait pas hésité à faire transférer un assistant surintendant de police ? La raison ? Des partisans scandaient le slogan Vire mam à son arrivée, en présence du haut gradé. La colère du chef fut telle que le transfert avait eu lieu dans les minutes qui ont suivi l'incident. La sanction fut ensuite – heureusement – enlevée par le gouvernement Lepep. C'est dire donc que l'arrogance du pouvoir ne connaît pas de couleur politique. Les voies des bonnes connexions sont pénétrables pour l'entourage des gouvernants. L'alternative a cela de vrai : elle permet aux anciens princes de céder la place à ceux du jour ! Indignons-nous !

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