La macronie comme modèle ?

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L’euphorie de la Coupe du monde n’aura duré qu’un court moment pour Emmanuel Macron. La douce émotion de la victoire au pays de Poutine a vite cédé la place à la colère amère du public français. Un public choqué en découvrant les images publiées, il y a quelques jours, par le journal Le Monde montrant le garde du corps privé du président de la République, le désormais notoire Alexandre Benalla, casqué et portant un brassard comme des policiers antiémeutes (usurpation d’uniforme !), frappant, en pleine rue, un manifestant, le 1er mai dernier, à Paris. Avec une violence qu’on croyait disparue dans les démocraties modernes. Une scène qui rappelle les «tontonsmacoutes » des régimes totalitaires.

L’affaire Benalla (en raison de la proximité de Benalla avec le couple Macron) est devenue, ce week-end, une affaire d’État en France, soit le premier gros scandale politique que doit gérer le régime Macron. Un régime qui avait promis de faire de l’«exemplarité» le maitre-mot du présent quinquennat. La République en marche promettait ni plus ni moins : un «monde nouveau», soit le slogan du parti de Macron.

Mais cela peut arriver qu’un agent de sécurité bouscule quelqu’un, non ? À Maurice, les VIPSU, à l’instar de ceux qui entouraient à un moment Ameenah Gurib-Fakim, bousculent souvent nos journalistes. Nous ne sommes pas en fait dans ce cas de figure. Ce qui gêne dans l’affaire Benalla, outre la violence inouïe contre un opposant politique, c’est la tentative éhontée de l’Élysée, avec la complicité de la police nationale, de protéger une figure de proue de la «Macronie» (terme qu’on pourrait traduire par «lakwizinn» chez nous) et ce, en dissimulant les faits, au mépris total du respect de la loi et des règles républicaines.

C’est sous la pression insoutenable des médias, alors que le sommet de l’État entretenait un silence complice et embarrassé, qu’Alexandre Benalla a été interpellé, peu après avoir été tardivement licencié par le chef de l’État français. Qui a essayé en vain de protéger celui qui le suivait jusqu’ici comme son ombre.

Au-delà du grave incident lui-même, qui impactera durablement sur l’image de Macron, désormais l’on s’interroge sur les dérives d’une présidence qui aurait trop de pouvoir et qui s’adonne à une pratique du pouvoir «hypercentralisée» - un peu comme Pravind Jugnauth tente de le faire chez nous, lui qui aurait pris Macron comme modèle politique (du moins poussé dans cette direction par certains de ses proches collaborateurs). «Le président aime agir avec ses fidèles en mode commando. C’est ce système dans lequel la loyauté prime sur tout le reste qui a conduit le président à commettre une faute politique majeure», souligne l’éditorialiste du Monde. Qui ajoute que le comportement de Macron n’est certainement pas celui de quelqu’un qui entend rompre avec les pratiques de l’«ancien monde».

Heureusement que la presse et la justice fonctionnent toujours en France. Car, quand le pouvoir vous monte à la tête, seuls les contre-pouvoirs qui fonctionnent peuvent rétablir l’équilibre. Afin que la République reste inaltérable, indépendamment de ceux au pouvoir. La République, doit-on le souligner, s’est précisément constituée, avec la Révolution française, pour agir comme le rempart des citoyens contre l’arbitraire. Et en République, le recours à la force n’est pas l’effet d’un caprice, mais l’exécution d’une loi que le peuple, par ses représentants, a élaborée. L’usage de la force est strictement encadré.

À Maurice, nous n’en sommes pas encore là. Quand la presse libre et indépendante révèle que le fils d’un ministre du Logement s’est fait Rs 48 millions à nos dépens, elle reçoit du papier timbré avec des réclamations à la hauteur d’un demi-milliard de roupies. Au moins, me diriez-vous, c’est un progrès. Soodhun aurait bien pu fracasser, une deuxième fois, les panneaux vitrés de nos bureaux...

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