Dîner des souverains: la Constitution et le Droit international en méchoui !

Avec le soutien de

Le dîner du lundi 2 juillet, pour princes étrangers et locaux, est peut-être derrière nous. On l’a oublié un peu, comme tout scandale qui enfonce un pays dans sa phase de déchéance politique. Moult critiques ont été formulées et la parade de nos dirigeants a consisté essentiellement à nous répéter que c’était une affaire privée, comme pour nous demander de la fermer. Et cela, même si l’événement était du domaine public et impliquait une participation des représentants de l’État mauricien : ce fut loin d’être une partie de bouffe entre copains.

Mais ne nous égarons pas de l’essentiel : il importe peu de savoir si ce fut un dîner privé ou public. Le fait de n’avoir invité que les hommes du cabinet ministériel et non les femmes qui pourtant le composent, pose un sérieux problème d’éthique politique. Peu importe de savoir qui était au courant ou pas si même la vice-Première ministre n’allait pas être invitée, puisqu’étant femme : le fait de l’avoir évincée, ainsi que toutes celles qui représentent pourtant la moitié de la population mauricienne, est troublant. La pente que nous prenons est dangereuse, car les invitations, peu importe qui les a lancées, sont fondées sur des considérations étrangères à notre pays, notre manière de vivre, notre philosophie politique, notre Constitution.

Oui, c’est de la méconnaissance de notre Constitution, voire son piétinement, qu’il s’agit. Certains ont fait peu de cas de ce qu’elle dit sur la non-discrimination basée sur le sexe. Cet aspect a été vivement décrié de toutes parts, sauf bien entendu par ceux et celles que les intérêts égoïstes aveuglaient, ce qui les empêchait d’y voir quelque inconvenance. Mais plus grave encore, on lira dans toute cette affaire le délitement de la souveraineté du pays : une forme de trahison que cautionnent ceux qui sont censés défendre l’article 1 de notre Constitution.

Cet article est des plus clairs, inscrit comme pour nous rappeler, à nous tous Mauriciens, dirigeants et peuple, princes autoproclamés et conseillers mandarins, que notre pays, comme tout pays indépendant, ne dansera pas à la guise d’un État étranger, ni à celle des représentants de cet État, qu’importe s’ils mettent la main à la poche et nous jettent quelques poignées de dollars en échange de notre dignité.

Et même si ce n’était pas inscrit dans notre Constitution, le principe que renferme le terme souveraineté relève du basique, tout comme l’est la notion d’indépendance. Pas besoin d’être juriste pour connaître la signification du concept de la souveraineté : sur le sol mauricien, l’État mauricien n’est sous l’autorité d’aucun autre État. L’État mauricien est guidé seulement par le Droit International et ne saurait être sous l’autorité des lois, conventions, coutumes et usages d’un autre État.

Nous devons refuser de banaliser ce qui s’est passé et tout reléguer, par facilité complaisante, au rang d’un simple manquement protocolaire. Et même si c’était le cas, est-il besoin d’expliquer que le protocole n’est que la traduction dans la pratique des règles fondamentales du Droit international. Et dans le cas présent, le protocole a une valeur constitutionnelle puisqu’il touche notamment à l’article 1 de la Constitution.

En matière de relations extérieures, prime la Charte des Nations unies sur l’égalité souveraine des États, qui suppose qu’aucune coercition ne doit être exercée sur un État par un autre État. Nous refusons de croire que les invités étrangers, soucieux de préserver l’image de leur pays et respectueux du Droit international et des Conventions, aient exercé quelque pression sur le gouvernement mauricien pour que les femmes soient absentes du dîner.

Par ailleurs, nous pouvons comprendre l’aubaine que représentent 5,3 milliards de roupies pour un gouvernement qui veut remplir ses caisses. Il va brandir l’argument du réalisme du ventre, et par un revers de main, va repousser toutes les critiques, les qualifiant de ‘salon’. Mais de grâce, évitons que ne s’établisse un dangereux précédent, faisant fi de notre Constitution et du principe de la souveraineté de notre pays, et nous obligeant à la prosternation devant l’argent.

Restons pauvres, sans souverains*, mais soyons dignes.

Il faut faire de sorte que le pays ne perde pas son âme !

(*le souverain était autrefois un terme utilisé à Maurice pour mesurer le poids de l’or)

Kris M valaydon

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires