En attendant notre finale

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La fièvre de la Coupe du monde est descendue, les albums Panini sont refermés avec leurs stickers manquants, même si les dribbles du prodigieux Kylian Mbappé perdurent dans les esprits. Reléguée pendant un mois, la politique mauricienne va, en l’absence d’une équipe nationale de foot qui pourrait faire notre fierté, reprendre sa place comme loisir préféré des Mauriciens.

Déjà se répand cette impression qu’à chaque déplacement du Premier ministre, il se passe des choses jugées (par la rue) comme étant impopulaires. C’est un peu comme si Pravind Jugnauth et le MSM laissaient à Ivan Collendavelloo et au ML le soin de calmer les ardeurs.

Mais ce n’est pas vrai, me disait hier un proche du PM. En fait, Pravind Jugnauth, «en bon père de famille», est simplement allé à la Graduation Ceremony de l’une de ses filles, raison pour laquelle il n’a pas pu présenter lui-même le Finance Bill…

Au-delà de la communication, le sort des sinistrés de Berguitta, six mois après, interpelle à plus d’un titre. C’est le syndrome d’un gouvernement qui navigue à vue, en tentant de plaire à tout le monde.

En début d’année, dans le sillage de Berguitta toujours, le gouvernement Lepep avait déjà pris la mesure de la colère déclenchée par son porte-parole d’alors, le ministre Étienne Sinatambou – qui avait provoqué, avec ses conseils aux réfugiés (de se contenter de l’eau et des biscuits secs), des dégâts bien plus importants que la tempête elle-même.

Même si on aura noté que certains «réfugiés» profitent de la situation, Sinatambou devait être interdit de parole - un sparadrap ayant été mis sur les lèvres du volubile ministre. La politique obéit à des lobbies. Sinatambou a été sacrifié sur l’autel sociopolitique. Le père Maurice Labour, entre autres voix contestataires, avait fait comprendre au gouvernement que Sinatambou «est venu infliger un deuxième coup aux sinistrés».

Aujourd’hui, avec les réfugiés qui refusent de quitter les abris temporaires, on assiste, encore une fois, à de la surenchère - si certains réfugiés sont des cas «genuine», d’autres profitent de la situation et de la présence des caméras des médias, sachant que le gouvernement finira bien par céder.

Tout le monde a compris que Pravind Jugnauth souhaite, d’ici les législatives 2020, une embellie par rapport aux scandales déclenchés par ses ministres et certains de ses collaborateurs, dont les soeurs Hanoomanjee. C’est pour cela qu’il a choisi, depuis qu’il a pris le relais de son père, de se défaire des Yerrigadoo, Soodhun et de pousser la présidente à prendre la porte. C’est un peu plus compliqué pour Prakash Maunthrooa et Gérard Sanspeur…

En tentant un nettoyage de son entourage, Pravind Jugnauth fait comprendre qu’il avait hérité d’une équipe - tout comme il avait hérité du pouvoir - sans être le sélectionneur. Et qu’il fait de son mieux pour conjuguer avec. Mais pourra-t-il, tel Didier Deschamps, mener son équipe vers la victoire finale en 2020 ? Les paris sont déjà lancés… Les prochaines villageoises feront office de matchs préliminaires.

***

Flashback. Le 11 décembre 2014 voyait l’élection incontestable de l’alliance Lepep. Cette date marquait aussi la lourde chute de l’alliance, autoproclamée «imbattable», composée du PTr de Navin Ramgoolam et du MMM de Paul Bérenger - qui sont un peu comme nos Christiano Ronaldo et Lionel Messi, du moins considérés comme tels au sein de leur équipe.

À la veille de la finale des dernières législatives, les deux inamovibles leaders des deux plus grands partis, trop confiants, avaient tout prévu : une conférence de presse de la victoire à l’Hôtel du gouvernement ; un 60-0 ou, à la rigueur, une majorité de trois quarts des sièges pour initier des réformes électorales et constitutionnelles allant vers une IIe République ; le ministère des Finances à Rama Sithanen, un superministère à Reza Uteem, la Justice à Jim Seetaram. Ramgoolam et Bérenger voulaient aussi s’embarquer sur le méga projet de métro léger, dont le financement de l’Inde avait déjà été trouvé (Rs 24 milliards). Ils croyaient avoir tout anticipé… sauf cette lame de fond qui a traversé le pays et qui a porté une alliance impréparée au pouvoir (une alliance aujourd’hui étêtée des coqs du PMSD, vite remplacés par quelque cinq transfuges)…

Fin décembre 2016. La rumeur devenait réalité. SAJ passait la main à son fils (une passation qui n’était pas à l’ordre du jour de leur manifeste électoral), mais les spectateurs avaient déjà compris que SAJ, l’octogénaire, était un peu comme un Olivier Giroud, survendu mais incapable de scorer le moindre but, sauf contre son propre camp en raison de son langage, rendu plus croustilleux avec l’âge. Sauf que personne au sein de Lepep ne pouvait le lui dire.

En prenant le pouvoir en demi-finale, Pravind Jugnauth a eu plusieurs feux à éteindre concomitamment : une économie prise dans le middle income trap qui ne décolle pas malgré les bonnes notations de la Banque mondiale et de Mo Ibrahim, attaques simultanées de l’Inde et de l’Afrique contre notre offshore. Après avoir géré crise sur crise, il lui reste désormais un seul Budget (encore plus sirupeux que celui qu’il vient de présenter ?) et le projet Metro Express (à mener à bon port) jusqu’à la fin du match, qui s’annonce de plus en plus agité : rapportLam Shang Leen, réforme électorale, le cas MedPoint au Privy Council, affaire BAI, les deux procès Ramgoolam, entre autres…

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