Maladie hollandaise et maladie américaine

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Qu’est-ce que c’est que cette maladie tout particulièrement mauricienne qui fait que nous sommes incapables d’affronter la plupart des problèmes qui affectent le pays sans personnaliser le débat, sans se crêper le chignon, voire s’insulter copieusement ? Quel est ce défaut dans notre psychisme citoyen que nous ne semblons pas être capables de nous arrêter aux seules idées contraires pour en débattre méthodiquement et qui nous pousse à cataloguer celui qui présente le point de vue opposé et à le mettre dans une petite boîte portant soit l’étiquette «zot bann» ou «bann-la», même si aux dépens du bien commun ?

Cette semaine, voyez l’offshore ! Un rapport préliminaire de l’ESAAMLG, qui veut crucifier Maurice, a mené l’ancien ministre des Services financiers, M. Bhadain, à qualifier l’actuel ministre, M. Sesungkur, d’incompétent et à demander sa démission. En retour, M. Sesungkur n’est pas tendre non plus en accusant son prédécesseur de n’avoir rien fait pour aider son époque. Le réquisitoire de M. Bhadain est à l’effet que M. Sesungkur a donné les mauvaises réponses lors de la visite/investigation l’an dernier, en juin 2017. Si c’est vrai, c’est clair qu’en tant que ministre, M. Sesungkhur est responsable de ce qui est sorti de son ministère et qu’il aurait pu demander à voir, avec droit de réponse éventuel, un avant-projet du rapport, mais cela m’étonnerait beaucoup que ce soit lui et non les personnes de circonstance à son ministère, à la FSC ou à la FIU, qui ait personnellement complété le questionnaire et validé les réponses…

Dans lequel cas se pose la question plus générale de la compétence des services financiers dans leur ensemble, ce qui était, à juste titre d’ailleurs, le souci de Paul Bérenger le 15 avril dernier. Il demandait alors si la FSC était assez bien équipée pour s’occuper de l’affaire Sobrinho et Global Quantum/ Bastos et demandait, en passant, le remplacement du ministre aussi.

Notre souci à nous tous, quand on a la prétention d’être un centre financier de qualité, est de nous assurer que nous avons les compétences en conséquence. Est-ce qu’un audit de compétences, incluant la BoM, a déjà été fait et a rassuré le gouvernement et les opérateurs ? Si oui, nous n’en avons pas connaissance. Si non, il est grand temps de se remuer les fesses avant une vraie catastrophe. En attendant, ceux qui peuvent aider le pays en la circonstance ; opérateurs, Bhadain et Sithanen compris, ont intérêt à aider le ministère à répondre au rapport sur le fond, plutôt qu’à faire du lobbying «copain-copain». Faute de quoi, nous aurons, pour des questions d’ego surdimensionnés, tous aidé à décomposer un secteur à la valeur ajoutée indéniable, surtout quand on en dépend autant !

Car n’oublions surtout pas que ce secteur contribuait, par exemple en 2017, Rs 91 milliards de retours financiers divers à la balance des paiements, ce qui nous permettait de couvrir un déficit de balance commerciale de plus de Rs 100 milliards… et de vivre ainsi au-dessus de nos moyens, tout en augmentant encore «nos» réserves nationales en devises ! Cet état de fait, qui souligne notre vulnérabilité vis-à-vis de l’étranger, peut même nous faire qualifier pour rejoindre le catalogue des pays souffrant de la maladie «hollandaise» («dutch disease», https://www.investopedia.com/terms/d/dutchdisease.asp).

Sauf que la ressource «naturelle» découverte dans notre circonstance locale est de nature financière et que le robinet, ce n’est pas nous qui le contrôlons ! Faisons gaffe !

***

Comme souvent depuis janvier 2017, Trump a encore dominé l’espace médiatique cette semaine et pas pour les bonnes raisons. La petite farandole de Singapour à la suite de laquelle Trump se vantait d’avoir éliminé la menace nucléaire de la Corée du Nord est maintenant suivie de douches… glaciales, apparemment ! La visite du secrétaire d’État, Mike Pompeo, le week-end dernier, fut ainsi boudée par Kim, qui préféra visiter une plantation de… pommes de terre ! Ayant donc négocié avec un général plutôt, la Corée du Nord décrivait les méthodes de Pompeo comme des méthodes de «gangster». Ça promet !

Trois jours plus tard, Trump atterrissait à l’OTAN et, comme à son habitude, chahutait et bousculait tout le monde autour de lui, en particulier l’Allemagne, qu’il décrivait comme prisonnière de la Russie ! À son départ, il s’auto-congratulait d’une écrasante victoire qui avait mené les membres de l’OTAN à augmenter significativement leur contribution au budget. Ce qui fut démenti dans les heures qui suivirent, tant par Macron que par Merkel ! De l’autre côté de la Manche, Trump débarquait chez ce que l’on croyait être son «meilleur allié», mais qualifiait le «deal» Brexit proposé par Theresa May de «mauvais» tout en disant que Boris Johnson, démissionnaire du cabinet de May, ferait un «excellent Premier ministre». Si c’est à cause de leurs tignasses respectives, je comprends encore, mais si ce n’est pas de l’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays tiers, je ne comprends plus rien…

Avant de partir de Londres, il prenait le thé avec la reine, à Windsor, ce qui menait certains commentateurs à s’exclamer, avec grande sincérité : «God save the Queen !» À l’heure où nous écrivons, elle était toujours qualifiée de «femme formidable», ce qu’on lui concède volontiers, après des décades de vie commune avec le prince Philip.

Lundi, Trump sera à Helsinki pour une réunion sans agenda aucun avec Poutine, l’homme que toutes les agences de sécurité des États-Unis, de même que la commission Mueller, accusent d’intervention massive dans les élections américaines, dont le comité olympique vient d’être banni des Jeux d’hiver depuis décembre 2017*, que les Britanniques accusent d’utiliser le Novichok pour tuer sur leur territoire, que les Européens accusent pour l’invasion de la Crimée et la déstabilisation de l’Ukraine. Après s’être achoppé avec le Mexique, le Canada, la Chine, l’Allemagne et le reste de l’Europe, cette réunion devrait être, comme celle avec Kim, une occasion de se détendre et de souligner ses satisfactions mutuelles, si ce n’est d’être généreux ?

«The Art of the deal» semble donc être un cheminement désormais bien prévisible de menaces, suivies de négociations, une approche d’autant plus «crédible» que l’on est le pays le plus puissant de la planète et que l’on porte désormais des Tomahawks et non plus des Colts à la ceinture… ? Cela ressemble drôlement à notre «Mordé, Soufflé» local. C’est prometteur !

*Selon Wikipédia, la Russie est le premier pays du monde par le nombre de ses athlètes disqualifiés aux Jeux olympiques pour dopage : 51 jusqu’ici, soit quatre fois plus que le prochain pays

© THE ECONOMIST
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