Sur la corde raide

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Figé. À première vue, c’est l’impression qui se dégage du paysage économique à la fin de ce premier semestre. Cette image est renforcée par la comptabilité nationale qui montre un taux de croissance inchangé à 3,6 % au premier trimestre de cette année comparé à la même période en 2017.

Les données disponibles pour les trois premiers mois de l’année laissent donc présager une performance similaire à celle de l’an passé. Soit une expansion du produit intérieur brut de l’ordre de 3,8 %. Non, selon Statistics Mauritius. L’agence gouvernementale ne voit pas les choses de la même manière. Elle estime que l’économie mauricienne va lentement mais sûrement croître de 3,9 % en 2018.

Cette progression annoncée repose sur une équation simple : une augmentation de la consommation couplée à une hausse de l’investissement public. Si, dans le premier cas, la tendance s’est clairement dessinée depuis quelque temps avec les mesures sociales que d’autres n’hésitent pas à qualifier de populistes de même que l’injection de milliards de roupies dans l’économie à travers le salaire minimum, l’augmentation de la pension de vieillesse ou encore la réduction d’impôt, en revanche ce n’est pas gagné pour l’investissement public.

En hausse, la croissance réelle de la consommation finale des ménages et de l’État est calculée à 3,2 % cette année alors qu’elle n’était que de 2,8 % l’an dernier. Par contre, ce qui devrait nous inquiéter, c’est la baisse envisagée de l’investissement privé. Après une expansion de 7,3 % l’an passé, celui-ci se contractera de 3,6 %. Pour compenser cette contraction, l’insti- tut de statistiques mise sur un rebond de l’investissement public de 23,7 %. Cette reprise devrait intervenir dans le sillage d’un repli estimé à 2,9 % en 2017. Sauf que l’expérience a démontré que nous ne pouvons nullement nous fier aux annonces du secteur public pour établir des équations. Le dernier MCB Focus se charge d’administrer la piqûre de rappel.

Les analystes de la banque soulignent à l’intention de ceux qui ont tendance à l’oublier que le fossé entre les dépenses projetées initialement et celles décaissées réellement dans le cadre du programme de dépenses d’investissement demeure élevé durant l’année financière 2017/18. «The under-spending stood at Rs 16.4 billion, consistent with an overall execution rate of some 61%, which is lower than the corresponding ratio of 69% as estimated for FY 2016/17», relèvent-ils.

La fragilité de la situation devient plus évidente en observant de plus près la structure économique. Il en ressort que le secteur tertiaire générera 75,9 % de la valeur ajoutée brute cette année. Lorsqu’on considère la pression qui pèse sur le secteur des services, il y a de quoi ronger son frein pour les objectifs de 2018.

Déjà, à l’amorce de cette deuxième partie de l’année, l’on relève la posture prudente du bureau des statistiques sur les arrivées touristiques. Un ton modéré qui se reflète dans sa projection de croissance pour le secteur de l’hébergement et des services de restauration. Elle a été fixée à 3,6 % contre 4,6 % en 2017.

Toutefois, le plus gros danger viendra vraisemblablement des services financiers. Ce moteur de croissance contribuant à hauteur de 11,8 % du Pib est actuellement dans la tourmente avec de gros nuages qui assombrissent les perspectives du global business. D’un côté, le rapport d’ESAAMLG éclabousse le centre financier local et met en péril la stratégie africaine et, de l’autre, l’Inde, qui a permis à l’offshore mauricien de prendre son envol, se retrouve avec une liste de high-risk jurisdictions. Maurice y figure en bonne place en attendant de savoir si le SEBI, régulateur du marché boursier, sera sensible aux arguments de Port-Louis pour enlever le nom.
  
Ces événements mal maîtrisés augurent des lendemains difficiles pour le global business à moins de déployer des moyens à très haut niveau de l’État pour circonscrire ce qui s’apparente à un début de crise.
 

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