Petits arrangements entre amis…

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Dites, comment fait-on de la politique autrement à Maurice ? Question bête ! Il suffit juste de dire qu’on fait de la politique autrement. Pas compliqué ! Faut s’égosiller, répéter inlassablement qu’on représente une nouvelle manière de fonctionner, que tout ne sera jamais comme avant et qu’on incarne une autre génération de politiques. Ensuite ? Euhhh, rien ! Parce qu’en politique, on ne fait jamais ce qu’on dit. Donc, on continue comme avant. On reprend les mêmes méthodes et on se perfectionne dans l’art de faire croire. N’est-ce pas pratique ?

Voyez Ganoo et son Mouvement patriotique (MP). Pendant les trois années de la courte existence de son parti, il n’a pas raté une seule fois de nous bassiner avec son objectif de faire de la politique autrement. Mais, à l’écouter lors de son congrès-anniversaire, dimanche dernier, on en vient à deux conclusions : soit ses pairs et lui n’ont rien compris à cette expression dont il abuse (et quelques âmes généreuses devraient sérieusement les aider), soit il prend les citoyens pour des imbéciles. Et, avouez qu’on en a l’habitude ! Ainsi donc, le leader du Mouvement patriotique a réussi à nous dire, dans la même phrase, qu’au MP, «nou fer politik pou servi lepep, nou pa fer politik pou fer larzan», et – ne riez pas – qu’il sera en alliance électorale pour gagner les élections. Mais, pas avec n’importe qui, hein ! Comme s’il avait un large choix ! Ça veut se donner politiquement à un autre. Mais ça tente de garder un  peu de respectabilité ! «Nou bizin swazir enn  parti ki pa pou kouyonn lepep. Nou pou fer enn lalians digne.»

Que Ganoo voulait rivaliser avec Dhanraj Aubeeluck du Parti Malin et il n’aurait pas mieux dit. Il est vrai que ça se saurait si le ridicule tuait ! En clair donc, celui qui veut faire de la politique autrement fait exactement ce que tous les partis font : un petit arrangement entre amis sous forme d’une  alliance électorale pour tenter de gagner les prochaines législatives.  Le voilà ainsi qui, devant les dirigeants du PTr et du PMSD, invités à son congrès, flatte ses soi-disant beaux atours («MP enn la fors inkontournab zordi. Li ena kredibilite.») Et bla-bla-bla ! Se battre contre le système ?  Non ! Se battre pour faire partie du système ?  Oui !  Au fond, le MP ne déroge pas d’un iota au schéma classique.

Y a-t-il une différence entre la gestion du pays par l’alliance MSM-ML, et ses prédécesseurs ? Que non ! Après la saga de la politique des petits copains, bienvenue dans l’ère de la politique-business. D’un côté, Dayal empoche Rs 15 millions sur le dos des contribuables, après un petit arrangement entre amis avec le gouvernement dans lequel il siège ; de l’autre, le fils Soodhun fait une très belle affaire (Rs 48 millions) en revendant, à des Chinois, un bail (terrain à Grand-Baie, pieds dans l’eau) obtenu de l’État. Bail décroché en 2015, (à lire l’enquête d’Axcel Chenney dans l’express samedi) quand son père (Showkutally Soodhun) était alors ministre des Terres. Et, quelques petits arrangements entre amis plus tard (acte notarié par Wenda Sawmynaden, épouse du ministre de la Technologie, signature de SAJ…), l’on ne peut que conclure qu’il y a de ces enfants à qui la chance sourit bien plus qu’à d’autres. Et, ce n’est pas parce qu’ils sont fils/filles des hôtes du Parlement. C’est parce que leurs parents font de la politique autrement !

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