Pas géométriques, pas trop catholiques

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En février 2018, le bureau du Premier ministre informe un businessman chinois de son éligibilité à un permis de résidence permanente parce qu’il aurait investi au moins 500 000 USD comme requis par l’Investment Promotion Act. On lui conseille, alors, de déposer son business plan auprès de l’Economic Development Board.

 Jusqu’ici, tout semble être dans les règles du jeu. Maurice qui s’ouvre aux investisseurs et aux capitaux étrangers, comme maintes fois annoncé.

 Sauf que M. Sun Yu fait, comme pure coïncidence, partie d’un groupe de quatre investisseurs qui ont racheté les droits du bail d’un terrain de l’État, à Grand-Baie, octroyé, en 2015, par le ministère des Terres… au fils du ministre de tutelle d’alors, Showkutally Soodhun. Les Chinois ont repris pour quelque Rs 23 millions les actions de la compagnie détentrice du bail (de 60 ans) obtenu de l’État. Ce bail avait été accordé à un prix nettement inférieur que le prix de revente obtenu pour le simple transfert des actions (Voir notre enquête en pages 4-5).

Alors que le débat pour «vendre» le passeport et la citoyenneté s’enflamme, il serait bien de faire la lumière sur les procédures d’octroi des biens de l’État mauricien aux investisseurs étrangers. Dans le cas de l’ancien ministre Soodhun, jusqu’ici nul ne peut dire s’il aurait enfreint ou non les articles 7 (2) et/ou 13 (1) de la Prevention of Corruption Act (PoCA) quand son ministère a approuvé un transfert de bail à son fils Umeir Soodhun ? Ou lorsque son ministère a approuvé un nouveau bail à la Société Mohamad Umeeir Ibne Showkut, gérée par celui-ci ?

***

 Pas facile d’être ministre des Terres sans succomber à la tentation des Pas géométriques. Au fil des ans, mandats et gouvernements, nous assistons, impuissants, au phénomène d’accaparement des terres de l’État. Qui vise, en toute opacité, à récompenser principalement des agents politiques et autres proches des politiciens, ou, à chaque changement de régime, à les déposséder de ces biens, à l’instar des terres arrachées au pandit Sungkur et à Rakesh Gooljaury par le même Soodhun. D’une main il arrache et de l’autre il prend…

Dans les années 80, on parlait de véritable «Festival des terres». Puis, c’était au tour d’Alan Ganoo d’être mis au banc des accusés à cause d’un terrainoctroyé à l’une de ses connaissances, et puis par rapport aux modifications apportées au Town and Country Planning Board de Vacoas-Phoenix. Ensuite, il y a eu l’affaire concernant l’ancien MMM Jayen Cuttaree par rapport à l’allocation des pas géométriques pour le projet Sunset Boulevard, à Grand-Baie. Dans un autre gouvernement, c’est Mukesswur Choonee qui s’était retrouvé à l’ICAC suivant les allégations faites contre lui dans le cadre d’un projet hôtelier à Palmar.

 À bien voir, le marché des terres de l’État demeure structuré par les liens qu’entretiennent des acteurs économiques – légaux comme illégaux, locaux comme étrangers – avec la sphère étatique – elle-même soumise au forcing des politiciens du jour. Qui manipulent sans scrupule les institutions de l’État. Et qui font du due diligence une grossière farce.

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