La voie fiscale

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Le Premier ministre et ministre des Finances n’a pas réinventé la roue lors de son grand oral, la semaine dernière. D’ailleurs, il aurait été étonnant de le voir changer de cap à moins de deux ans – s’il tient jusque là – du rendez-vous de la coalition gouvernementale avec les urnes.

Le Budget 2018-19 s’inscrit donc dans la continuité de la voie tracée une année auparavant. Dans le précédent comme dans le présent exercice financier, Pravind Jugnauth joue à fond la carte de la fiscalité. Ce levier qu’il privilégie particulièrement pour avoir été le socle de sa stratégie devrait, du moins espère-t-il, le porter dans ses ambitions.

Sur la base de son objectif affiché, soit «l’amélioration de la qualité de vie dans une société plus juste et équitable avec le citoyen au centre du développement », le choix de l’instrument fiscal devient plus évident. Car cet outil est d’une efficacité certaine lorsqu’il s’agit d’avoir une influence réelle sur les inégalités.

Raison pour laquelle cette posture ne soulève pas des vagues, contrairement à l’annonce sur l’octroi de la nationalité mauricienne à des étrangers. D’autant plus que les changements apportés jusqu’ici par le biais de la fiscalité pointent vers une réduction des écarts entre les groupes économiques.

L’enquête de Statistics Mauritius sur le budget des ménages en date de 2017 est révélatrice de ce renversement de la tendance. Elle montre que le revenu moyen disponible des foyers a progressé de 25,1 % entre 2012 et 2017, passant de Rs 29 420 à Rs 36 810. Après ajustement de l’inflation, la croissance réelle s’élève à 13,7 %, ramenant ainsi le coefficient de Gini de 0,414 en 2012 à 0,400 l’an dernier. Outre la portée populaire et le capital politique à en tirer, ces données permettent de mieux situer l’engagement du chef du gouvernement dans la voie fiscale.

Et au-delà de l’aspect moral, la réduction des inégalités s’avère nécessaire pour éviter de fragiliser le tissu socio-économique. Plusieurs études menées par les agences multilatérales sur la relation entre inégalités et croissance ont établi que l’agrandissement du fossé entre les plus hauts et les plus bas de la pyramide sociale a un coût économique direct. D’où la nécessité d’élaborer et de mettre en oeuvre des politiques ‘redistributives’. En matière de redistribution, la Bolivie est un exemple régulièrement cité. Ce pays a réussi à faire reculer les inégalités qui caractérisaient son économie à travers un meilleur partage de la richesse émanant de ses exportations par le biais d’une augmentation de l’investissement et du salaire minimum.

Ici, il est donc bien clair. Il s’agit d’un partage de la richesse. Cette richesse, il est impératif de la créer, voire de l’augmenter, avant de pouvoir la distribuer. Cette notion est capitale et ne doit nullement être minimisée lors de l’élaboration de politiques publiques. Pravind Jugnauth est maladroit lorsqu’il dit que le “transformative journey” dans lequel il a embarqué le pays ne doit pas être jugé “by the amount of wealth and jobs we create but it shall also be about inclusiveness and sustainability”.

La croissance économique, tout comme la création d’emplois, est un indicateur de référence dans le cadre de l’évaluation de la pertinence des mesures budgétaires. Jusqu’ici, les actions du gouvernement n’ont donné lieu qu’à de timides frémissements. En témoigne la croissance poussive. Il aurait fallu saisir l’opportunité que nous offre l’embellie sur le plan mondial pour consolider nos acquis et restructurer l’économie. Or, dans sa démarche à vouloir parer au plus pressé – apaiser la colère de la rue face à la récente hausse des prix des carburants et préparer l’échéance 2019 –, le gouvernement favorise les politiques conjoncturelles au détriment du structurel. À quel prix ? Car les moyens déployés pour doper la demande auront certes un effet sur la croissance mais l’effet n’est pas soutenable dans le temps.

La structure économique exige également des actions fortes au niveau de l’offre mais ces initiatives sont à peine perceptibles. Le Budget 2018-19 est une indication qu’elles le seront encore moins avec Pravind Jugnauth poursuivant ses incursions sur le front social afin d’essayer de se démarquer de la pensée économique qui nous a conditionnés jusqu’ici. S’il choisit d’aller au bout de son action, ce Budget sera donc l’avant-dernière salve avant les législatives.

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Il a conclu son grand oral. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui a enfilé son manteau de ministre des Finances, a-t-il pu répondre aux attentes de la population et des acteurs économiques avec le Budget 2018-18 ? Eléments de réponse.

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